Histoire chevaline

image

Je vais vous conter l’histoire d’un cheval. Pas n’importe quel cheval ,non ,celui de Troie, pas la ville de la Champagne Crayeuse, mais celle un peu plus loin……en Asie mineure,en Turquie.
Toute cette histoire débute par une pomme, encore me direz-vous ! Et bien oui car ce fruit rond est à la base de tous nos maux. Souvenez-vous d’Eve,et de ce petit bout qui nous est resté en travers de la gorge,à nous pauvres hommes, et celle qui nous fit découvrir la gravité en tombant sur une tête pensante et celle d’une de ses petites-filles,très belle, qui dormit cent ans dans un bois, je passe sous silence celle qui, un peu entamée, dévore nos économies en écrans plats. Elle fut également à la base d’une guerre qui dura… dura …..au moins dix années.
Les acteurs, je devrais dire les protagonistes, furent nombreux à y participer. D’abord Hélène,avec son charme fou, puis Pâris ce beau gosse dragueur, surnommé Alexandre par toutes les filles. À eux deux, ils forment l’ossature principale du drame. Eux, plus une légion de valeureux guerriers, rusés, batailleurs, des archets un peu huppés, des fantassins redoutables, avec à leurs têtes des rois accompagnés souvent de leurs fils, et des reines, des reines aimées ou détestées mais ne laissant personne indifférent , ainsi qu’il convient à la gent féminine et surtout à des reines de beauté.
Et enfin…des Dieux descendus de l’Olympe.
Le roi de Phthie , Pélée, déjà vieux comme Hérode, avait eu une vie de bâton de chaise.
ll tua accidentellement son frère et après son mariage avec Antigone, tua non moins accidentellement son beau-père . Il alla trouver refuge chez le roi Acastre dont la femme,repoussée dans ses avances pour lui, médisa pire que pendre auprès d’Antigone qui se suicida. Exilé encore une fois,il revint tuer le couple royal, simplement, pour l’honneur. Veuf, il se remaria avec Polydore mais on perd la trace de cette fille de Prières ( son père )
Thétis, nymphe marine par sa mère, fut tout d’abord aimée par Zeus qui, séduit, voulu l’épouser. Fine mouche, ne voulant pas convoler si jeune,elle l’envoya aux pelotes en annonçant une prédiction qui fit réfléchir dans les hautes sphères.Elle était un peu voyante et portée sur la magie. Une reine de la métamorphose.
 » Mon fils sera plus fort que le père. » Lança t’elle à la cantonade. En y réfléchissant,les Dieux préférèrent la laisser à un roturier et choisirent Pélée pour l’épouser. Il fallait la caser même contre son grè.
La noce fut grandiose car tous y étaient invités, les Dieux, les divinités, les muses, les princes, tous et toutes sauf une seule…..Eris ! La princesse de la Discorde ! Elle était méchante, portée vers la haine par nature et avait coiffé St. Catherine depuis longtemps. Elle aussi apportait un cadeau….une pomme en or superbe avec une inscription : » Pour la plus belle. »
Dépitée, cette mégère lança sa pomme au milieu des invitées.
Trois déesses prirent personnellement la chose à coeur et se disputèrent à qui toucherait ce pactole : Athéna, Héra et Aphrodite. Ne voulant pas se mêler à un jugement aussi délicat pour leur tranquillité, les Dieux demandèrent à Pâris d’arbitrer ce concours de beauté improvisé… Ce modeste berger, abandonné par sa mère dans sa prime enfance, à cause de rêves divinatoires, et sauvé par des éleveurs, était très beau, il écouta les trois grâces plaider leurs causes.
Athéna lui promit la victoire dans tous ses combats.
Héra lui promit de devenir roi de toute l’Asie.
Aphrotide lui promit …..la belle Hélème.
Cela peut sembler un choix cornélien, pas du tout pour ce tombeur de Pâris qui, sans hésiter alla conter fleurette à cette créature superbe. Elle est tout de même la fille que Léda, sa mère, eu avec Zeus le cygne masqué et elle est aussi la sœur protégée des jumeaux Castor et Pollux. Des peintres célèbres immortalisèrent la scène et nous pouvons admirer ces trois grâces dans le plus simple appareil, un peu dodues, mais appétissantes, dans ce banquet de noces,où elles faisaient des entrechats.
Profitant que son cher et tendre est parti pour la Crète ( selon Offenbach ), elle abandonne son foyer, sa fille Hermione,et
Nicostrate son fils, pour s’enfuir avec ce baratineur. Où ?
…. à Troie, où ils sont reçus avec plaisir car cette ville retrouve son Prince qu’elle croyait perdu depuis ses premières couches culottes.
On peut s’interroger sur les raisons, les motivations d’Hélène, mais force nous est de constater que ce que nous appellons le démon de midi était aussi valable pour les femmes de l’antiquité, que pour nos modernes vedettes, un peu fripée, mais cougars adorant les bad boys.
Alors là, c ‘est le branle-bas de combat. Mélénas époux bafoué, revient dare-dare par le premier bateau, souffle dans son buccin, rameute tous ses copains à coups de trompettes de Jéricho, fait battre les tambours de bronze, embouche son olifant d’ivoire et, dans toute la contrée, avec son frère Agamnemnon chef des armées, il décrète la mobilisation générale lors d’une tournée marathon.
Par diplomatie cependant, accompagné d’Ulysse,il va voir les Troyens pour négocier des réparations à cet affront et récupérer sa femme. Ils repartirons bredouilles, de justesse pour leur liberté, la rage au cœur.
Au début, ils sont tous d’accord pour s’allier et venger leur ami,…mais Ulysse dont sa femme Pénélope,infatigable travailleuse, vient de lui donner un fils, Télématique, fait l’Arzeimer de service,ayant perdu le souvenir, avant d’être démasqué, et ramené à la raison, son excuse étant un peu tirée par les cheveux. Pélée veut protéger Achille le dernier fils qui lui reste, et l’envoie se planquer dans une sorte de couvent pour filles, mais il est démasqué lui aussi, et ramené avec son talon toujours fragile, résultat d’un bain de jeunesse dans le Styx par une mère un peu distraite. D’autres ne sont pas prêts à visiter Troie, ville pourtant accueillante pour les amoureux. D’autres ne se sentent pas dans leurs assiettes et préfèrent attendre un peu et revoir leurs pénates. Il faut donc sonner encore une fois la charge et envoyer par clairon un coup de semonce à ce qui semble être la fin des haricots.
Mais enfin ça y est,la guerre est désormais dans les tuyaux.
Pendant une dizaines d’années les Grecs et les Troyens vont se taper dessus avec des hauts et des bas et surtout des flèches qui pleuvent comme des hallebardes. Les héros vont périr tel Achille que Pâris abat d’une flèche acérée dans le talon,avant d’être laissé sur le carreau lui même, par Pholoctète.
Cet archet avait hérité des flèches magiques d’Héraclès, prodigieux héros très connu pour ses douze travaux de force,mais en dévoilant la cache de ces armes qu’il voulait garder pour lui, il se blessa au pied et fut exilè sur une île à cause de l’odeur affreuse de cette blessure, pendant des mois. On peut dire que c’était une vrais plaie. Hector, le chef des Troyens passa l’arme à gauche descendu par Achille. Puis le propre fils de Zeus, Sarpédon, étendu par Patrocle, plus que copain avec Achille, avant que Hector fasse un carton sur lui. Machaon au doux nom de papillon, illustre médecin, ayant soigné de très nombreux blessés, fils d’un Dieu, fut tué par Eurypypile qui lui même….Dix Amazones participèrent aux combats,mais toutes mordirent la poussière…. bref, j’en passe et des meilleures. Dans les deux camps ils furent très nombreux à se couper le sifflet
Il vint tout de même un moment où les héros fatigués de mener cette vie de patachon, cherchèrent un moyen d’en finir avec des jérémiades sans fin et cette kyrielle de morts. On n’allait pas attendre 107 ans ou l’âge de sucrer des fraises,il fallait changer de braquet. Un grand conciliabule des sages fut organisé, tous les penseurs eurent voix au chapitre et furent invités à penser à leur avenir. L’un d’eux, Ulysse pour ne pas le nommer, proposa de construire un immense cheval dans lequel quelques valeureux guerriers, triés sur le volet, pourraient se cacher. Dévorés de curiosité,les Troyens le rentreraient dans leur cité et la suite coulerait de source. Epéios, guerrier qui n’était pas sorti de la cuisse de Jupiter, ne prenant pas feu, mais bricoleur doué comme un charpentier de marine, fut chargé de la construction de ce piège à souris géant. Il fut aidé par Athéna cette super déesse 4 étoiles pour sa gentillesse et sa sagesse.
Troie observa avec intérêt et curiosité, du haut de ses remparts, l’assemblage laborieux et hétéroclite de ce truc bizarre, monté sur roulettes. Et puis un jour,sans crier gare, les grecs s’évanouirent en repliant leurs tentes et leurs gaules.
Les assiégés étonnés et circonspects, firent sortir un homme pour inspecter les lieux et en conclurent que ces grecs devaient avoir une araignée au plafond. Enthousiastes, ils firent entrer cette prise de guerre dans la ville, tout en se posant des questions sur ce bazar de bois, muet comme une carpe, même en lui parlant cheval. Ils étaient tombés dans le panneau et c’étaient fait avoir comme des bleus.
Les derniers tonneaux de vin en provenance des Danaïdes, furent mis en perce et les festivités de victoire commencèrent. Ils firent la nouba toute la nuit. À l’aube, la populace était grise et leurs chefs étaient noirs, dans les vapeurs, endormis sous les lauriers.
C’est alors que sans bruit, les pattes de cette monture démente s’ouvrirent dès potron-minet et les grecs, qui s’étaient tenus éveillés toute la nuit par peur de ronflements révélateurs, livrèrent Troie aux guerriers revenus en douce près des portes de la ville.
La répression fut terrible, la ville entièrement détruite et brûlée ses habitants passés au fil de l’épée. Ce fut la Bérézina.
Le Deus ex machina de cette épopée, Ménélas,retrouva sa femme qui après la disparition de son séducteur adoré, s’était remariée derechef, sans tambour ni trompette, avec Déiphobe un frère insoupçonné de Pâris. ( Cela confirme l’impression qu’elle était tout de même portée sur la bagatelle ). Le malheureux ne survivra pas aux présentations entre maris. L’outragé lui coupa les vivres en deux temps trois mouvements pour faire bonne mesure.
Hélène la volage échappa aux foudres de son ex qui voyait rouge depuis quelques temps, et cet auguste roi décida de regagner son palais. Il était retombé amoureux de ce somptueux repos du guerrier…Hélène….une aguicheuse de première.
On ne peut pas dire qu’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfant, non. Le retour ad-hom dura 8 ans. Ils visitèrent du pays. Mais ceci est une autre histoire comme le dit Kipling.
Après la mort de Mélénas, Hélène trouva refuge à Rhodes mais la reine Polyxo, veuve de guerre éplorée et mesquine, la fit étrangler dans son bain, et la fit suspendre à un arbre. Une forme de vengeance je suppose, assez rare, mais comment savoir ce qu’une femme rancunière peut faire pour terminer une légende ?

Depuis cette guerre se déroulant dans l’antiquité, avec des personnages connus dans le monde, vous remarquerez que les expressions toutes faites ont fait florès. Voulant bien dire ce qu’elles veulent dire. Nous les utilisons journellement, sans nous en douter, tant elles sont entrées dans la langue française. Avec elles, nous pouvons raconter des histoires, sans queue ni tête, ce n’est plus la mer à boire de se tailler la part du lion
Bien sûr il ne faut pas être d’une ignorance crasse pour faire un tube. Mais il suffit de connaître un minimum de mots de liaison et l’affaire est dans le sac. Vous venez d’en lire la preuve !!

Conte de contes pour les petits grands

image

La flèche se planta en vibrant dans le tronc du chène, à quelques centimètres de son visage. Prise de panique,elle quitta le sentier en courant et se dirigea vers la maison des 7 nains, tout en constatant que sa marâtre, Mauvaise reine des Près en Friches, une harpie, avait encore une fois tenté d’éliminer une rivale, Cela durait depuis que son père était tombé amoureux raide mort de cette gourgandine qui elle, ne consultait qu’un miroir aux alouettes en or, prédisant
les résultats des concours de beauté.
Elle entra sans frapper en tirant la chevillette afin que la bobinette chûtat, et referma précipitamment la porte, encore essoufflée de sa course.
Les nains lui demandèrent aussitôt si elle n’avait pas rencontré Atchoum, car ils étaient sans nouvelles de lui.
Il avait quitté la mine un peu plus tôt, pour un rendez- vous avec Dyler le marchant de drogues. Une décoction de poivre vert dans une infusion de fleurs de moutarde de Dijon devait s’avérer très efficace pour atténuer son allergie permanente en éternuements pour un oui ou un non. La potion l’attendrait pour un essai.
Vaguement inquiète Blanche Neige entreprit de prépare la sempiternelle soupe de pois du soir.
Le Roi des Causses, chagriné d’apprendre que sa fille Purée avait passé une très douloureuse nuit dans la plus confortable chambre de son château en Espagne, à cause d’un petit pois, avait décidé de bannir de ses terres tous les pois, même en pots. Prof toujours pratique, s’était rendu acquéreur de la totalité des stocks. Ainsi, les nains ne mangeaient plus rien d’autres.
Évidemment Grincheux n’arrêtait pas de protester car il commençait en avoir sa claque, les pois sans mesure lassaient. Timide n’osait rien dire, Simplet n’avait pas encore réalisé la situation, Dormeur et Joyeux ne comptaient.pas, Atchoum quant à lui ne cessait de faire trembler son assiette et de répandre ces billes vertes.
Un petit coup frappé sur la porte les fit se précipiter pour l’ouvrir. Ce n’était que la petite Chaperon Rouge, en larmes et complètement hors d’haleine qui venait leur annoncer une cruelle nouvelle.
Sa mère-grand mal remise de son séjour dans le Loup, un lieu très humide,l’avais envoyée chercher des pommes avec lesquelles elle se concoctait un sirop anti-asthmatique de son cru, avec des graines de pavot et un verre d’alcool de mirabelles distillées amoureusement dans sa cave, l’hiver, â l’abri des regards du fils du roi,percepteur des taxes.
La petite était partie chez Discorde la marchande des 4 Saisons. Une très belle femme, établie dans une grange en revenant d’un mariage raté où elle avait semé la zizanie. Son commerce était devenu florissant malgré son caractère un peu rancunier. Elle s’était spécialisée dans le commerce des pommes, car elle aimait en croquer.
En revenant par le bois Sansoif, malgré l’interdiction qui lui en était faite, elle entendit des cris déchirants et vit avec ses yeux de lynx et avec stupeur, l’Ogre saisir Atchoum et le gober comme un œuf en deux temps trois mouvements. Il faut dire aussi que ce nain était vraiment petit. Tremblante et sans bruit,elle courut comme une dératée pour chercher refuge chez ses amis les nains.
Après sa méprise pour avoir confondu les petits Poucet et ses filles, la femme de l’Ogre, outré, l’avait mis dehors, ne voulant plus le voir. Le chassant de sa vie, dé.fi.ni.ti.ve.ment lui cria- t’elle.
Honteux il s’enfonça dans la forêt profonde où, à part le coucou on n’entendait que le vent dans les ramures. Sa botte droite blessait son talon. C’était sa troisième paire et il songea à rendre visite à son bottier, le père Bouif, pour vérifier les coutures.
Il devenait difficile de trouver des grandes peaux de vaches car les fermiers ne voulaient plus vendre leurs bêtes. Le lait était devenu bien plus rentable depuis l’arrivée de Cléo, une belle de nuit ayant acheté la grande maison au bout du village, qui était, chose incroyable, pourvue d’une salle dite de bain. Le lait coulait à flots . Après cette terrible révélation, les pleurs et les cris éclatèrent. Blanche Neige s’efforça malgré son chagrin. de consoler les 6 nains, et la petite Chaperon Rouge décida de regagner ses pénates et rentra chez elle, laissant ses pommes pour les emmener chez sa grand-mère dès le lendemain.
Ainsi au matin, ayant repris du poil de la bête, ils repartirent dans leur mine, le cœur lourd mais ayant eu un sommeil réparateur car non troublé par les éternuements intempestifs et nocturnes de ce malheureux Atchoum.
Vers les onze heures, Blanche vit arriver une pauvresse portant un gros fagot de bois mort sur le dos et qui lui demanda la charité d’un peu d’eau.
Avec sa gentillesse habituelle, la jeune fille lui prépara un bouillon de pois et la vieille femme avisant des pommes, en prit une, la coupa en deux, lui tendit une moitié en disant : partageons ma belle l’amitié de cette rencontre.
Ah ! Malheur, à la première bouchée, Blanche Neige tomba en pâmoison sur la terre battue et Méchante, car c’était elle déguisée en pauvresse, s’enfuit en ricanant, persuadée d’être redevenue la plus belle du royaume.
En rentrant d’Helliello,leur mine de plomb, les nains la trouvèrent tombée dans les pommes,en catalepsie et la couchèrent délicatement dans son lit. Ne sachant que faire, Grincheux décida d’aller chercher le docteur Typhon réputé pour ses sirops guérissant toutes les maladies.
Cheminant dans l’herbe qui verdoie , il rencontra le Chat Botté réputé lui pour avoir toujours une solution de bon aloi aux problèmes domestiques. N’avait- il pas sauvé de la faillite son maître le Marquis de Carambar ?
Il le dissuada d’aller chez ce charlatan de Typhon et le persuada de naviguer de conserve avec lui pour voir Mère l’Oye. Riche veuve,elle faisait volontiers dans le social aidée par sa sœur Anne à la vue basse.
Elle écouta attentivement l’histoire de Grincheux et envoya un domestique quérir son jeune ami le Prince Konsort. Cet agréable jeune homme arriva derechef sur Pigeon son cheval prodigieux qui savait voler ! Les paysans le voyaient souvent évoluer gracieusement au dessus de leurs champs et se disaient : tiens Pigeon vole. S’en était devenu un jeu.
Le Prince, en 5 eme année de médecine des plantes connaissait toutes les infusions, toutes les préparations à base de bulbes, oignons et même opiums et feuilles que le peuple fumait dans ses chaumières. Il va s’en dire que la cuisine le passionné également pour ses mélanges d’épices, d’huiles, d’aromates..Depuis peu il faisait des expériences sur des emplâtres qu’il appliquait sur une jambe de bois.
Vivement intéressé par les symptômes décrits par Grincheux, il siffla son cheval et ils partirent dans le vent, au galop de ses ailes.
Blanche Neige, très pâle sur sa couche. impressionna le Prince par sa beauté et après un examen attentif, il prit dans sa trousse portative une paille de seigle coupée à la pleine lune noire. Il en chatouillât délicatement les narines et……oh miracle, elle éternua et ouvrit ses yeux. Les nains au comble de l’émotion se prosternèrent devant ce docteur en herbes en louant son savoir et le portant au pinacle. Le Chat Botté en miaulait, Pigeon hennissait dehors et Mère l’Oye qui venait aux nouvelles, en pleurait comme une Madeleine de joie en cancanant toute seule, car sa sœur Anne avait préféré rester dans sa tour d’ivoire. Ainsi la soirée se termina en apothéose, arrosée évidemment d’un sirop de pois que mère- grand, prévenue on ne sait comment, améliora avec sa mirabelle.
On n’entendit plus jamais parler d’un Ogre et, dernière nouvelle le Prince et Blanche Neige sont amoureux.

Réflexions sans importance

Mais moi,je n’ai aucune difficulté à vivre ma vie de  » vieux  » j’ai fort heureusement un environnement familial uni, attentionné. Ma vie antérieure à été conforme à celle tracée. Certainement par un choix d’abord professionnel de devenir un spécialiste de l’aviation, au sein de l’armée de l’air, choix rêvé depuis mes 7/8 ans, ensuite de fonder une famille avec mes 65 ans de mariage, mes 2 enfants, mes 5 petit- enfants, mes 4 arrières p-e, le tout aidé sans doute par une éducation catho- protestante, laīque par une école et sa morale qui n’était pas encore déclarée hors la loi, et un caractère à n’envisager que des questions auxquelles il existe des réponses concrètes, restant à trouver. Une paresse de l’esprit ? Un manque d’intérêts pour le ….spirituel ? Non, une philo venue en lisant beaucoup, en observant et écoutant tous les donneurs de leçons, en mémorisant les contracdictions qui nous engluent, en me plaçant observateur dans un monde qui s’agite comme des feuilles, qui tombent aux automnes, en frottant ma cervelle contre celle d’autrui me suggère Montaigne. La quiètude vient POUR MOI, de l’absence de crainte de la mort. L’au- delà vous occupe et vous questionne beaucoup et semble une cause de ….tourments quant aux conséquences d’un …jugement. Non si vous postulez dès le dèbut que tout s’arrête. Depuis des milliers d’années, depuis que l’homme est apparu, bien avant qu’il s’invente, en les complicant à loisir, des religions différentes, des croyances imaginaires voire des divinités tutélaires qui l’ont sorti de la barbarie en le faisant accéder â une spiritualité, à un état d’homme pensant, en l’aidant certes à vivre le quotidien, mais ont fait de lui, comme nous dit Péguy  » ce puit d’inquiétude « .
Depuis donc son apparition, l’idée de sa disparition n’est pas un blasphème,elle nous replace dans cette nature, née sans doute grâce à un concours extraordinaire de hasards et qui est si belle,si merveilleuse quand nous prenons le temps,la peine de la découvrir dans sa fragilité et heureusement dans sa pérennité.
Alors l’âme me direz- vous ? Et ben voilà, nous en revenons pour moi à ces sortes de questions qui n’ont pas de réponses concrètes
Curieusement je garde en moi le sens du sacré, il me semble nécessaire à l’homme pour assurer une part de sa spiritualité
En toute simplicité et tolérance.

poulpe

Blog

le-papy-blogueur

bonjour à vous.

Pour tous ceux qui ont manifesté un intérêt débordant et enthousiaste lorsque toutes les cloches se sont trémoussées de joie à la mise en ligne de mon blog, je vous souhaite la bienvenue. Alléchés par un article dithyrambique d’une jeune journaliste, moi qui vivais heureux auprès de mon arbre, vous voilà nombreux pour venir écouter ou lire mes élucubrations destinées initialement aux miens.

Le système FB consiste à récolter le plus possible d’amis. Une sorte de challenge pour des inconnus qui n’ont souvent  qu’un nom d’emprunt et la fidélité des oiseaux de passage, dixit Françoise Hardy. Il me paraît aberrant de se déclarer ami avec un chien, une baudruche ou même un chat aussi beau soit- il, et présenté comme son profil.

J’ai donc reçu, dans la foulée de l’euphorie, de nombreuses invitations pour bavarder avec mes neurones, mais, le cercle étroit de mes amitiés suffit pour les triturer. Une autre anomalie de FB .à une demande on ne peux que répondre oui où pas maintenant, excluant toutes recherches ou demandes de motivations..

Je ne peux répondre oui, mais devant votre gentillesse et votre intérêt je ne peux répondre pas maintenant qui est une forme de refus .

Mais mon blog vous est bien sur ouvert et les colonnes de FB . Merci

Trois

Fausse. Note.

Sur les notes d’un piano.
À remontée mécanique
Vous m’avez quitté subito.
Sur les notes d’un piano.
Moi qui nageais dans l’allégro.
Je me noyais en musique.
Sur deux notes d’un piano.
À remontée mécanique.

Rêve

Un jour je parcourrai le ciel
Sur le dos de ma mère l’oie
Irrisant tous les arcs- en- ciel
Un jour je parcourrai le ciel
Avec des semailles de miel
Pour donner au monde la joie
Un jour je parcourrai le ciel
Sur le dos de ma mère l’oie

Fugacité

Ce petit trottin qui passe
Dans sa candeur de jeune fruit
Me ravit et l’oeil pourchasse
Ce petit trottin qui passe
Mais déjà s’enfuit la grâce
Et seul encore l’esprit poursuit
Ce petit trottin qui passe
Dans sa candeur de jeune fruit

PROVENCE. MIENNE

– Où tu étais quand tu étais petit ?
– Quand j’étais petit, je n’étais pas grand, j’allais à l’école de monsieur Bertrand, j’avais des culottes…
– Grand-père dis-le moi.
Devant le regard noir de ma petite-fille je comprends que ma comptine n’est pas drôle.
– J’étais …j’étais en Provence.
Je tente d’esquiver.
– C’est quoi la Provence ?
Et me voilà piégé. Évoquer la blessure ne l’atténue en rien.
Comment en peu de mots trouver l’essentiel, échapper aux clichés, aux images magiques. La lumière du ciel qui baigne ces lieux n’a cessé d’éblouir les touristes curieux et ce pays est tellement changé,saccagé parfois par l’inéluctable et indispensable modernité .
Comment lui dire que la Provence, la mienne, est indissociable de ma jeunesse nourrie de mer et de soleil, de mistral et de sable, bercée aux contes de Daudet et de sa chèvre vagabonde.
Comment lui dire mon émoi de me rappeler ce qui fut ?
Marie Mauron, qui faisait chanter les cigales, me souffle avec charité :
 » Partir d’abord avec le vent par le travers de Crau  »
Ce grand océan sec et aride, encombré de cailloux.
Et les voici ces lieux évocateurs comme une litanie.
Nîmes la belle romaine aux arènes superbes pour corridas cruelles, où tout à commencé, m’a donné son accent, cette clé du soleil.
Puis Istres la ligure, avec ses collines de pins baignant dans ses étangs aux crin-crins des cigales, aériennes et têtues.
Le village vivait au souffle des hélices en bois des avions de toile, des records du monde et des acrobaties. La belle Hélène Boucher devint la femme la plus rapide avec son Caudron, avant de nous quitter sur son  » Rafale  » au nom prédestiné.  » Léno  » faisait naître une légende.
Les nuits d’hiver, sous le falot blafard d’une lampe empestant le carbure,l’on y pêchait le muge à l’aide d’une fouëne, ce trident redoutable. Malheur au poisson trop curieux ayant vu la lumière.
L’été sous les drapeaux d’une fête votive,des jouteurs haut perchés, vêtus de blanc,se précipitaient l’un vers l’autre au rythme des rameurs, et tombaient pêle-mêle au milieux des clameurs. Pendant qu’à quelques lieues, Mirèîo se mourrait d’amour et de tourments dans cette plaine immense de Crau. Seuls,les moutons pouvaient s’y plaire, et encore ils transhumaient. L’automne voyait revenir leur procession docile, roulante comme une onde en tintinnabulant et bien souvent le baïle portait entre ses bras un nouvel agnelet étonné et gracile, suivi d’une brebis bêlant son inquiètude.
Bientôt dans les moulins coulerait l’huile blonde.
De Marsiho la grecque et la cosmopolite, j’ai appris à rêver du haut de son massif superbe et désertique, en contemplant la mer, nostre mar d’entre- terro, festonner les calanques et écouter le vent me raconter les îles, en tenant les mouettes comme des cerfs- volants. Vertige de l’esprit dans une solitude.
D’Aix  » antico capoulièro de la bello Provènço  » me rappelle Mistral, j’ai gardé nostalgie des fontaines jasantes et de cette harmonie qui imprègne ses rues,ses hôtels et ses places.
Saint Rémy aux antiques,enchâssé dans le charme,enfoui dans la beauté,où me sièu marida à l’ombre des figuiers et où le vent, souvent, fait gémir les charpentes de ses vastes maisons tutélaires et sombres, et trembler dans leurs gonds les robustes volets.
Ce roi fou qui dure, perdure
Ce maître absolu le Mistral.
Mais la tutelle de Rome, par les ruines de Glanum et par le mausolé admirablement conservé, témoigne encore depuis César, de la pérennité des protecteurs de ces lieux.
Cachée par ses cyprès et ses très vieux platanes,niche Chateaurenard la corne d’abondance,le berceau de ma mère. La richesse s’entasse en des remises immenses aux relents de fruits mûrs, d’herbes ou d’aïoli.
En remontant par Arles, coiffe de ma grand-mère,
carrefour des esprits,au musée légendaire,au poète amoureux…
Quand l’ombre est rouge sous les roses,
Et clair le temps
Prend garde à la douceur des choses.
et passant les jumelles du Rhône, la Tarasque endormie, c’était le sourire d’un gamin apercevant au virant doù camin, se découpant sur l’horizon, les tours de la cité ducale d’Uzès. Nous arrivions enfin dans la joie des vacances.
Mes racines sont là, où reposent mes pères,là où j’ai tant couru à travers les garrigues, raganeù, argelas griffant mes jambes nues. Mi recampàvi sus lou tard,
l’estouma dins li taloum, aclapa de lassige, en ramenant du thym cueilli dans les cagnards.
Tous ces lieux invoqués comme une litanie, m’ont légué chacun d’eux, des parcelles d’amour où des signes de reconnaissances.
Le Pont du Gard en majesté, d’où l’un des miens, félibre à ses heures, débaussa sur li roucas en tâchant de son sang ses pierres millénaires.
Ces Baux en feux dans le soleil couchant,attendant patiemment l’heure du crépuscule pour dresser leurs contours dantesques, menaçant l’amandier aux fleurs suaves et douces, l’olivier tourmenté par ses rameaux de paix, dont personne ne veut.
Revenant d’Aigues-Mortes, recroquevillé au fond d’une Trèfle Citroen, sorte d’ultra léger motorisé à roulettes, traversant la Camargue dans la nuit avancée, c’était, passé le bac de Barcarin, la crainte des taureaux nonchalants et serins qui erraient sur la route, ivres de liberté….Eri mort de pou.
Fos n’était que ténèbres bruissantes de moustiques transparents de famine,méchants comme la gale.
Tandis que les vagues du golfe roulaient sur ses plages infinies les débris d’amphores des bateaux engloutis,je m’émerveillais sur ce mystérieux Chemin de Compostèlle, de la splendeur du ciel et du feu d’artifice plein d’étincelles d’or tiré par les étoiles.
Comment lui dire ces non-dits,ces impressions fugaces gravées au fond de moi,ces instants fugitifs tout comme la lumière changeante au fil des heures,l’odeur subtile après l’orage de l’air frais du jardin,les couleurs des matins d’été dans la chaleur qui monte aux senteurs de résine mêlées de romarin.
Berre alors se mirait dans un ciel de lavande au bord de ce joyau qu’était son étang.
Comment lui dire la douceur de ce jardin des Dieux. J’étais leur invité,je ne le savais pas.
C’est dans le silence et la chaleur accablante de Juillet,à l’ombre bien-faisante de quelque canisse,le murmure de l’eau coulant dans les roubines,ces petits canaux d’irrigation distribuant cette vie équitablement partagée, et bue avidement par la terre brûlée.
C’est aussi par la fenêtre entrouverte d’une petite école la voix grave du Maître apprenant aux enfantst d’origines diverses,au patois hésitant, l’hymne de ralliement que tous ici se devaient de connaître, noste cant :
Prouvençau veici la coupo
Qui nous verse à plein bord toutes les connaissances, apprend tous les secrets et fait de nous les initiés de cette Provence mystique qui, de la Tour de Constance, des Saintes Maries à la Sainte-Beaume, de Sainte Victoire à Saint Gilles, nous invite peut-être à la prière, mais toujours à la méditation.
Soudain voici mes santons surgi de leur boîte à chaussures avançant tout joyeux comme une farandole. Oh, ils sont bien éclopés ! Mais ils sont ce qui me reste de mes Noëls passés.
La Marguerido se fas vieilo, mais dans ses yeux usés se lit encore toute la tendresse pour un Jésus de cire, aux bras déjà tendus, et cassés maintes fois par des petites mains, souvent très maladroites.
Seuls, mes deux jouvenceaux se tenant enlacés n’ont point subi du temps l’irréparable outrage, quand on aime il est vrai …
En prêtant bien l’oreille s’élève doucement de leur mince cohorte un chant, que mon tambourinaïre avec sa main cassée à bien du mal de suivre,ne jouant que d’un doigt sur son vieux galoubet
Et mes lèvres avec eux remuent à l’unisson pour fredonner enfin l’antique pastorale :
De bon matin
J’ai rencontré le train
De trois grands rois qui partaient en voyage ..
Mais,au poids léger qui pèse à mon épaule, il me semble que le mien se termine avant d’avoir commencé, car que de choses encore je pourrais lui conter
Elle s’est endormie,aggroumeli su ieu.
Je n’ose plus bouger, les instants de grâce sont si rares per lou tems que cour ! Alors je regarde ce petit saxe aux traits tout en douceur, aux cils en démesure, et dont les doigts me tissent, tous les jours, des cordonnets de joie qui amarrent ma nef dans ce port d’un ailleurs .
Quand sa voix me murmure :
– Grand-père continue,c’est si beau ta Provence.
M’en voilà tout ému…es aco l’espéranço.
Et si Aubanel avait raison ?
Quau canto
Soun mau encanto.

Ces souvenirs font appel à des notions très localisées de ma Provence.
Mais les mots de patois et les quelques expressions en provençal sont faciles à comprendre dans le contexte. Ils et elles sont là pour donner vie à l’histoire et font partie de ma prime jeunesse. Je n’ai pas voulu ajouter une traduction,voulant faire partager une part d ‘imaginaire dans la lecture.
Cette Provence n’existe plus, que dans mon cœur, elle s’est envolée avec l’âme des miens.
Mais,d’autres petits doigts continuent à tisser pour moi. Alléluia.

20130201-120032.jpg

Julos

20130123-182700.jpg

On ne présente pas Julos Beaucarne, on le lit, on l’écoute,on le médite. Ce grand Monsieur est dans mon blog comme une petite lumière qui jalonne ma route.
J’aimerais être capable de m’exprimer comme lui,avec tant d’humanité,d’espérance. Voici un de ses petits textes que j’aime car il exprime une philosophie, une vérité…se prendre en charge, pleinement.

Souvenir d’un moment de partage inoubliable!

« Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents,
Ne vous laissez pas attacher,
ne permettez pas qu’on fasse sur vous des rêves impossibles…
On est en Amour avec vous tant que vous correspondez au rêve que l’on a fait sur vous,
alors le fleuve Amour coule tranquille,
les jours sont heureux sous les marronniers mauves,
Mais s’il vous arrive de ne plus être ce personnage qui marchait dans le rêve,
alors soufflent les vents contraires,
le bateau tangue, la voile se déchire,
on met les canots à la mer,
les mots d’Amour deviennent des mots-couteaux qu’on vous enfonce dans le coeur.
La personne qui hier vous chérissait vous hait aujourd’hui;
La personne qui avait une si belle oreille pour vous écouter pleurer et rire
ne peut plus supporter le son de votre voix.
Plus rien n’est négociable
On a jeté votre valise par la fenêtre,
Il pleut et vous remonter la rue dans votre pardessus noir,
Est-ce aimer que de vouloir que l’autre quitte sa propre route et son propre voyage?
Est-ce aimer que d’enfermer l’autre dans la prison de son propre rêve?
Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots au bout de vos dents
ne vous laissez pas rêver par quelqu’un d’autre que vous même
Chacun a son chemin qu’il est seul parfois à comprendre.
Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent,
Si nous pouvions être d’abord toutes et tous et avant tout et premièrement des amants de la vie,
alors nous ne serions plus ces éternels questionneurs,
Ces éternels mendiants qui perdent tant d’énergie
et tant de temps à attendre des autres des signes,
des baisers, de la reconnaissance
Si nous étions avant tout et premièrement des amants de la vie,
Tout nous serait cadeau
Nous ne serions jamais déçus
On ne peut se permettre de rêver que sur soi-même
Moi seul connait le chemin qui conduit au bout de mon chemin
Chacun est dans sa vie
et dans sa peau…
A chacun sa texture
son message et ses mots »
Julos Beaucarne, Femmes et hommes

Le vaisseau fantôme

20130121-233626.jpg

Il surgit soudain devant mes yeux incrédules dans un déchirement de la pluie et du brouillard. Son apparition me parut surnaturelle et être le fruit de mon imaginations,de mes peurs,de mes angoisses.
 » Navire droit devant « . Le hurlement effrayé de la vigie postée sur notre avant,me fit prendre conscience du danger imminent d’un abordage. Mais,déviant sa course,je le vis avec stupeur glisser lentement par notre bâbord et sa silhouette confuse s’estompa, s’évanouit doucement dans le crachin et dans cette brume blanchâtre qui rendait encore plus irréelle sa lente disparition,et inexplicable cet évitement.
Seul,un morceau de la vergue d’artimon qui venait battre contre son mat brisé,troubla le silence ouaté et ajouta l’angoisse au mystère.

La bibliothèque idéale .

20130105-125943.jpg

A mon tour,je me suis posé la question de savoir ce devrait abriter ma bibliothèque comme livres les plus célèbres, les plus lus, les plus universellement connus, eeles plus dignes d’y figurer, Depuis mes huit ans je suis dans la lecture, un virus attrapé lorsque je reçus pour Noël un abonnement à un journal pour la jeunesse : Pierrot.
Une publication bien pensante, que je dévorais les jeudis, après les devoirs terminés. Il existait d’autres publications qui me faisaient envie avec des aventures plus passionnantes telles que celles de Mandrak, ce magicien étonnant, ou les premières de Tintin et Milou. On envie toujours ce que l’on a pas.
Mon premier vrai livre fut « Les compagnons de Jehu » trouvé par hasard, mais qui fut également ma première frustration lorsque je m’aperçus que le second tome était manquant. Dumas à mes onze ans,c’était une découverte de cape et d’épée. Puis sans doute  » La croisière noire  » et  » La croisière jaune  » pour l’aventure Citroën, reçues en cadeaux. Mes goûts n’étaient pas établis,je lisais tout ce qui pouvait me passer dans les mains, mais dans une famille peu portée sur les livres, le choix était maigre, cependant je garde un souvenir très vif pour  » Les lettres de mon moulin  » et une chèvre vagabonde. Daudet sentait mon terroir, ma Provence, ainsi que Pagnol, ce chantre à l’accent indispensable.
Puis vers mes treize ans,j’eu l’idée de mettre les pieds dans la bibliothèque municipale. Ebloui ! Je restai là ne sachant comment faire un choix. Étonné fut le bibliothècaire en voyant ce gamin, en culottes courtes, lui présenter un ouvrage pris au hasard.
– Celui là, il n’est pas pour toi.Tu es trop jeune. Prend celui-ci tiens.
Premiers conseils.
Je le remis en place sans chercher une explication. Première censure.
Le Petit Écho de la Mode publiait des romans à l’eau de rose à la Delly, dans ses encarts. Réunis et cousus de fils blancs,je les lus tous lors de leur découverte dans une armoires. Maria Chapdelaine m’initia aux douceurs de l’amour, et des romans de gare!
Fenimore Cooper, Jules Vernes, Paul d’Ivoi et ses cinq sous, René Bazin avec ses Oberlé faisait vibrer ma fibre patriotique,puis Hervé Bazin et au hasard de la vie qui avançait, tous les auteurs qui soient Russes, Anglais, Américains,Italiens, Allemands, Espagols…
Tous, pêle-imêle, avaient un ou des livres passionnants que je dévorais. Mes choix étaient très diversifiés,je me gardais bien cependant de faire partager mes goûts aux lecteurs éventuels.
Après la période scolaire, des Vilon aux Racine, Molière,La Bruyère, Sévigné, vinrent ceux que l’on appelle les  » classiques « , les grands auteurs, Victor Hugo, Chateaubriand, Stendhal, Balzac, Maupassant, Colette, Giono, Romain, Cesbron, cités sans ordre de préséance, aux caprices de ma mémoire, et au pur hasard de mes trouvailles…Georghius, Melville, Hemingway, Remarque, Vialar, Troyat, Jules Roy, Claudel Philippe, Céline… puis deux femmes, Brigitte Friand pour sa vie de Reporter et son  » Regarde toi qui meurt « , Irène Nèmirovsky pour sa  » Suite Française « .
Saint-Exupéry à été lu et relu pour l’aventure aérienne à laquelle je suis attaché, ainsi qu’une magnifique correspondance avec Consuelo, sa femme. Mais,j’avoue avec honte ne pas avoir lu  » Le petit Prince  » ou alors quelques extraits.
Pourquoi ? Je ne sais pas. Le tissu de mes lectures est un filet à larges mailles et les livres sont si nombreux.
J’ai eu des époques de lectures comme vous tous, liées aux auteurs, à la mode,à la notoriété, et comme vous tous je suppose, le romain policier tint sa place très honorablement.
Depuis les Masques de 1950 jusqu’aux derniers de Cornwell, Rendell, Dunant, sans oublier les nordiques excellents eux aussi. Ils sont reposants, passionnants.
Les BD ont aussi leurs places, non négligeables, elles donnent envie d’en savoir plus, et sont pour la jeunesse un tremplin. Il m’arrive de lire celles de mes petits-enfants. Gaston Lagaffe est génial non ?
Un hommage doit être rendu aux écrivains nombreux qui décrivirent les horreurs de 14/18, et ceux qui nous sensibilisèrent à la déportation. Ils occupent une place privilégiée dans l’émotion, le recueillement, la folie des hommes.
La question piège serait de savoir quel ouvrage emporter sur une île déserte. Les critères du choix me permettent d’éliminer les romans car trop éphémères, un ouvrage scientifique ? un peu ardu pour moi. La bible me semblerait interêssante par sa densité de même qu’une mythologie complète pour rêver d’un monde imaginaire et merveilleux,et aussi une anthologie de la poésie, celle de Georges Pompidou par exemple et aussi me rabattre sur Proust et…ah! Me voilà en train de tricher. Car ce sont des livres universels qui témoignent de la volonté pour l’homme de se trouver des Dieux, une obligation vitale pour lui de croire à n’importe quoi, tant sa crédulité est ancrée en lui avec ses peurs ataviques encore présentes, ou de se raconter.
La question subsiste donc de savoir quelle serait la bibliothèque idéale. La réponse n’est valable que pour moi tant les opinions sont diverses. Chacun de nous a dans l’esprit des livres qui l’ont marqué tout particulièrement. Nos goûts à l’occurrence divergent, et sont révélateurs de l’infinie variété que l’écrit nous offre. Si je ne devais garder que les célèbres, les plus dignes de perdurer sur mes rayons, je reprendrais les mêmes dans leur éclectisme, leurs imperfections, leur modestie, leur gloire, car à un instant de ma vie,ils m’ont donné d’infimes moments de réflexions, de joies intellectuelles. Certains avec panache, dans le flamboiement d’un style, la complicité avec un auteur, d’autres dans l’incognito de leurs écrits partagés,une communion de pensée.
Je ne porte aucun jugement de valeur sur les idées que tous ces écrivains ont exprimées. Au nom de la liberté que je reconnais à tous de défendre leurs écrits. Mais tous ont laissé une empreinte pour me faire évoluer vers un vaste échange de vues, une compréhension non nécessairement approbative des thèses exprimées. Cependant,j’ai détruit un jour un livre,un seul,de Henri Miller,non contre son œuvre,non par pruderie, mais contre l’excès de pornographie qui entachait cet ouvrage et son auteur. Un livre doit mériter le respect
– J’ai accompli de délicieux voyages embarqué sur un mot me rappelle Balzac, alors je ne peux répondre,je ne peux choisir car j’ai voyagé sur tous les mots de ma bibliothèque,aussi anarchique soit-elle.
Maintenant que j’en ai tant lu, les écrivains et leurs publications étant si nombreux, les choix si aléatoires, j’ai trouvé un truc : faire comme pour les melons… Au feeling !
-Le poids et le volume pas trop importants pour ne pas fatiguer les mains qui le soutiennent.
-Un papier agréable, ne réfléchissant pas la lumière pour les yeux qui fatiguent,avec une police de caractères bien visible, plus de papier bible.
-Pas de couleurs genre rouge sur fond noir. Le daltonisme n’est pas rare du tout. Un texte vert sur rouge n’est pas lisible par tous,il est une méconnaissance du monde des lecteurs.
-Des dialogues dans les textes, ils sont une respiration naturelle, et allègent l’histoire en la rendant, quand cela est possible, plus facile à lire.
-Une couverture, une reliure qui permettent une lecture à plat, sans effort. Certaines techniques de reliures ne permettent pas une ouverture facile du livre.
Et puis l’instinct qui nous guide, avec quelques phrases saisies en compulsant rapidement.
 » N’espérez pas vous débarrasser des livres  » , du froissement et de l’odeur de leurs papiers, merci Humberto Eco.
Vite, ouvrons cette porte enchantée.

Rosace de la cathédrale de Strasbourg

20121230-173557.jpg

Une dentelle de pierre,une harmonie de couleurs,une conception parfaite de la symétrie,des verres peints dans un éblouissement qui laisse l’oeil étonné et qui transmet à l’esprit une spiritualité ,une élévation de notre pensée. Que des hommes,voilà des siècles ,aient eu le génie d’élaborer des plans,de tailler dans la noblesse de la pierre,d’assembler des morceaux de verre coloré,de maîtriser ces techniques pour nous léguer les cathédrales,témoignent de leur intelligence mise au service de leur mysticisme.
Croyants ou incroyants,la question n’a pas de sens, seul le profond respect pour l’œuvre subsiste. La foi fut le moteur guidant leurs mains dans l’habileté et la création. Mais je pense qu’un agnostique avait sa place dans l’Oeuvre par la spiritualité, ou la fierté, qu’il pouvait trouver dans un travail aussi complexe.
Un reportage sur cette cathédrale,vue par l’oeil d’un amoureux des pierres et par ces hommes qui les ont façonné. Une étude passionnante où l’outil à laissé ses traces et les tailleurs des marques très discrètes, une sorte de signature. Et puis,après avoir parcouru les galeries en hauteur,les escaliers dérobés,toujours à la recherche de la petite histoire,par exemple a t’on le droit de refaire une signature sur une pierre entièrement retaillée,car elle n’est plus du même ouvrier ? notre guide a ouvert une petite porte en bois, et devant nos yeux éblouis, magnifiée par le soleil, cette rosace nous fut révélée à notre hauteur, dans toute sa majesté.
Cette porte ne servait qu’à cela, le plaisir de nos yeux et l’élévation de l’esprit.

Soir de fête

20121225-235617.jpg
Pour ceux qui ce soir pleurent leur vie qui s’est enfuie et qui restent seuls avec leurs souvenirs.
Pour vous tous qui dans ces soirs de fêtes regardent les images de joie avec dans le cœur des larmes du passé
Pour vous dont la solitude est devenue le quotidien, et n’ont plus, quelques fois, pour ultime compagnon qu’un animal fidèle sur lequel vous reportez tout la tendresse qui envahie encore votre cœur. Cette tendresse que vous rêvez parfois d’offrir, de partager, mais qui se perd dans votre isolement, dans l’indifférence de notre société.
Pour vous qui avez souvent le sentiment de ne plus appartenir à notre monde, à ce monde que vous ne comprenez plus tant il est devenu étranger à celui que vous avez connu. À cette vie de travail,souvent de sacrifices que vous ne pouvez plus évoquer qu’avec ces voix qui se sont tues.
Je pense à vous en ce soir de Noël, moi qui a cette immense chance d’avoir les miens attentifs et aimant. Je pense à vous pour vous encourager,vous dire que la vie peut vous sourire encore.

Souvenirs prismatiques

20121222-142456.jpg

_ Grand-père c’est quoi un prisme ?
Jérôme se coule entre le journal et moi pour faire appel à mon inépuisable savoir d’ancêtre. Il est vrai que le CM 2 est toujours à ma portée…j’ai encore le beau rôle .
_ Un prisme ? C’est….heu…comme une pyramide allongée.
Ma main tente une esquisse maladroite.
_ Ah ! Et pourquoi on voit de travers ?
Un flash illumine mon cerveau.
_ Tu veux parler du prisme optique, je dois en avoir un quelque part,nous allons le chercher,tu comprendras tout de suite.
Son regard s’éclaire, et nous voici dans le grenier, ce lieu magique.
Il abrite tous les oubliés, les inutiles pouvant servir, les livres de références et les confitures référencées, et une boîte parmi les boîtes.
Pour l’instant elle repose sous une pile de 78 tours Belle Epoque où Caruso et Paillasse dorment d’un juste sommeil, et une montagne de revues que je déplace avec impatience sous l’oeil ravi d’une Brigitte Bardot au charme inusable.
La voilà enfin ! Je soulève son couvercle abritant des regards indiscrets et de l’usure du temps, ces jouets d’adultes que sont nos souvenirs. Je déballe d’un papier de soie un petit morceau de verre soigneusement taillé en prisme.
Au même instant mes yeux se voilent et je me retrouve dans une classe de mon vieux collège Jean Racine. La dernière heure de la matinée s’égrène sur un cours de
Français,dans la douceur de ce mercredi 4 Juin 1941.
Soudain le rugissement d’un avion frôlant la toiture nous fait sursauter.
Et puis une explosion, suivie d’un silence angoissé… Il est tombé.
Midi nous précipite toutes voiles dehors en bousculant le concierge effaré.
Une fumés noire s’élève vers le state,nous sommes cinq ou six à dévaler la rue, enfiler celle du State avant de nous arrêter le souffle court,les yeux écarquillés, à l’entrée de la petite rue des Carmélites.
L’appareil achève de brûler à une centaine de mètres, les pompiers s’affairent. L’inquiétude me gagne car notre grange et notre jardin sont à ce niveau. Je repars en courant et rencontre Paul, mon copain en scoutisme et en pugilat. Au trot, nous arrivons devant la maison familiale où un attroupement, sur le bas côté de la route, nous intrigue.
Un moteur détaché sous la violence du choc, à survolé la maison pour venir rouler dans l’herbe. Quelques tuiles sont cassées, soulevées, et une masse noire a percé le plafond et pend au dessus de mon lit, retenue par quelques fils dans le lattis. Nous en restons éberlués.
Le fond de notre jardin donne sur le lieu de l’accident par un portail en bois accolé à une grange. Elle vient d’échapper d’extrème justesse à la destruction, et va nous permettre d’assister au dernier acte du drame par sa porte à fourrage s’ouvrant à l’étage, sur la ruelle, avec une vue imprenable sur la propriété des Carmélites.
Nous grimpons là de temps à autre pour arroser, sans bruit, les rares passants à l’aide d’un  » véritable irrigateur  » à clystère et à ressort, pour surprendre ces petites sœurs muettes dans leurs travaux agrestes, ou tout simplement nous rouler dans le foin.
L’odeur âcre caractéristique de ces accidents imprègne l’air. Les pompiers achèvent d’éteindre les derniers débris encore fumants lorsque deux d’entre eux extirpent, avec précaution, le dernier membre de l’équipage.
Nous restons cloués sur place par le saisissement et la stupeur à la vue de ce corps carbonisé,noirci.
Le bimoteur,un Potez 63 de la Base de Nîmes, volant trop bas, avait heurté la cime d’un cyprès avant de s’encastrer dans l’angle des clôtures du Carmel, l’aile gauche tombant dans la ruelle, à nos pieds.
Mes trois carottes et ma ration de pain rapidement englouties, j’allais sur l’épave, désertée, pour récupérer quelques morceaux déchiquetés mais prometteurs. Je cachais mes trouvailles dans le foin avant de filer dare dare en classe. Le temps s’était étrangement rétréci.
Le lendemain jeudi, l’arrivée de la commission d’enquète interrompit le défilé de mes condisciples. La masse noire fut retirée de sa position instable par l’officier chargé d’évaluer les dégats. En me voyant saliver,il me la tendit en disant : tiens va mettre cette magnéto sur le tas.
J’oubliai soigneusement cette suggestion,c’était mon anniversaire le lendemain. 6/6 …Une date prédestinée.
Toute l’épave fut chargée dans un camion et le moteur hissé avec un treuil, sous mes regards envieux!
Le soir,il ne restait plus sur ces pans de murs noircis et détruits, que le souvenir de trois jeunes hommes victimes de leur imprudence.
Entreprendre le démontage de l’attirail hétéroclite récupéré relevait de l’exploit. J’avais un marteau de cordonnier ,le tournevis de la Singer,une vieille tenaille édentée et une clé à molette ramollie par l’âge. C’était peu, mais j’étais un récidiviste, à 11 ans n’avais-je pas farfouillé avec délectation dans le puzzle carbonisé d’un avion sur la Base d’Istres ?
J’y employai, durant l’été, le temps des vacances non consacré à des devoirs, aussitôt oubliés qu’écrits, à des jeux et promenades, à tous ces riens qui nous occupaient constamment à plein temps, et à m’acharner avec mes outils vétustes.
La foi qui déplace les montagnes et les néophytes m’animait, tout comme la magnéto. Elle se manifestait par des décharges sournoises,élevées, paralysant mes doigts et ceux de mes groupies, admiratifs mais survoltés. Devant sa mauvaise volonté à se laisser dépouiller je l’achevais à coups de marteaux afin de prélever ses composants. La rotation d’un aimant dans l’entrefer d’une bobine avec un condensateur n’avait plus de secrets pour moi.
Un petit voltmètre au boîtier calciné, fut transformé en moteur alternatif. Avec des ciseaux, je sectionnais l’ aiguille et les deux spiraux de rappel pour libérer son cadre mobile.
Je m’étais aperçu d’un déséquilibre du secteur 110 v. Entre le tuyau du gaz et le neutre,il y avait 1,5./ 2 volts alternatifs, assez pour faire tourner la tête à un rescapé en le posant sur l’aimant de la magnéto. De temps à autre les plombs sautaient de joie car je me servais aussi du secteur comme antenne de mon poste à galène, en intercalant une capacité.
J’en reste encore étonné.
Le Collimateur-correcteur, dixit sa plaquette signalétique, assurait selon le Petit Larousse,la…. colimation. Terme hermétique évocateur de volutes.
Il me révéla dans son intérieur une anatomie émouvante, délicate et subtile. Une petite lampe éclairait un réticule de visée et le projetait par un prisme et un objectif à deux loupes, sur un écran transparent. Le viseur des armes de bord, l’ancêtre de nos modernes projecteurs de diapos. À noter que je conservais avec une respectueuse considération une cartouche de mitrailleuse, rescapée de l’incendie.
Une petite pompe à palettes m’intrigua longtemps, puis j’eus l’idée de fare participer au rébus l’huile de notre ration mensuelle. Son fonctionnement impeccable m’éclaboussa généreusement, et me fit réfléchir sur les risques de gaspillage en cas de disette.
Il va s’en dire que pour les petites vis rencontrées, j’avais confectionné de bric et de broc des outils éphémères, en fil de fer.
Le morceau du récepteur radio m’ouvrit des horizons immenses. Un de ses bobinages était en fils de Litz, son noyau en ferrite, avec de petits condensateurs variables de réglages. En bref, le rêve pour essayer de construire un poste à galène « moderne ».
Même si ce fil,nouveau pour moi, était difficile à manier pour décaper tous ses brins.
J’étais fana depuis des années pour la simplicité des montages, sans comprendre le rôle d’un petit morceau de galène brillante qu’il fallait titiller délicatement de la pointe pour entendre de la musique ! Après de nombreux échecs, je réussis à obtenir des stations ondes courtes.
Tapi comme une araignée au milieu d’une nappe de fils à moitiés brûlés déployés en antennes, je captais un soir d’Août Radio Brazzaville et le compte-rendu de la visite d’un général DE GAULLE.
Quelques minutes d’exaltation, non patriotiques, mais du seul fait pour moi d’entendre des paroles cohérentes venues des profondeurs de la nuit, affectées d’un épouvantable fadding et d’une cacophonie déconcertante de voix venues, elles, du monde entier.
Le fadding, cet évanouissement des ondes dû aux hautes couches de l’atmosphère, m’était incurable de même que ce manque de sélectivité, j’avais atteint les limites de mon empirisme. La galère de la galène si je puis dire.
Ainsi.à la rentée d’octobre,j’étais certainement un des élèves les plus calés sur des technologies en peu restreintes, mais modernes, et surtout le seul ayant reçu pour son anniversaire une magnéto d’un moteur d’avion Gnome-Rhône,un tantinet ébréchée.
Quel dommage que le programme de quatrième comporta des lacunes ,sans cela,que j’eusse brillé.
_ Grand-père je peux prendre le prisme pour leur faire voir ?
Immédiatement alerté par ce pluriel indéfini,le Dieu lare préposé à la conservation des objets d’un culte quitte ses pénates pour me souffler :
_ Attention,ils vont te le casser…
Mais au travers du regard de ce petit-fils qui a tout juste fait dix fois le tour du soleil, une autre image se superpose,pastélisée par le temps,celle, dans une cour de récréation, d’une bande de collégiens attroupés autour de ce morceau de verre brillant.
Alors,ma voix se brise pour murmurer…oui,fait attention.
Ah ! Il ne peut plus m’entendre. Sûr de ma faiblesse il a déjà dévalait les marches du vieil escalier pour tester auprès de ses sœurs un savoir tout neuf.
Et je reste là, immobile, un peu désemparé,les lunettes en bataille et embuées, à la poursuite de ma jeunesse encore insouciante, malgrè la tragédie qui déferlait sur le monde.

Motamot

20121209-124227.jpg

J’aime les mots pour les écrire, pour savourer leurs consonances parfois étranges, souvent musicales et les voir cheminer en cordées sur la blancheur d’une feuille.
Ils sont le véhicule de notre pensée, et si certains décrivent l’inimaginable, la noirceur de nos folies, d’autres sont éclatants de notre spiritualité, de notre sensibilité, de notre humanité.
J’aime les verbes, leur puissance d’évocation, l’action qu’ils sous-entendent et surtout cette conjugaison qui en fait des voyageurs du temps.
Elle situe avec précision toi, moi nous, aujourd’hui, hier, et demain. Et même,luxe étonnant, ce qui c’est passé dans le temps, avant le passé !
J’aime le verbe  » aimer « . Il est le premier de tous.
Son imparfait  » nous aimassions  » n’est guère séduisant mais il prouve une chose, aimer ne souffre pas d’imperfections. Il ne tolère que le présent car le passé  » nous aimâmes  » évoque des regrets, comme des âmes mortes.
Aussi délicieux que puissent être nos souvenirs, ces jouets d’adultes, ils peuvent se montrer destructeurs en nous faisant ressentir des différences, réelles ou supposées. Ils jalonnent le temps inexorable qui enlise nos vies, nos sentiments, notre façon changeante de ressentir, de juger. Le présent nous force à anticiper le futur, l’espoir.
Nul besoin d’épithètes. Dans la marguerite des  » je t’aime, un peu, beaucoup….. » il perd du poids avec les pétales semés d’une main légère dans le vent, comme des promesses
J’aime la fidélité invariable de leurs cousins les adverbes. Un peu lourdauds, ils sont là pour fixer les lieux ou figer le temps. Bien sûr il faut les utiliser congrûment mais non goulûment, afin de ne pas heurter l’oreille par une dissonance dans le balancement d’une phrase,de sa mélodie.
J’aime les articles qui donnent un sexe aux mots, ôtant par là même toute ambiguïté fâcheuse et ces adjectifs qui les qualifient à leur avantage ou leur détriment, en exprimant la vérité. Toute cette panoplie codifiée, précise, où même la ponctuation contribue à imposer un rythme, une respiration, une compréhension subtile et nécessaire.
J’aime les mots pour les écrire, pour qu’ils racontent des histoires réunis entre eux en bouquets.
Et des histoires, quelle joie de les raconter à nos enfants.
Trois ou quatre fois le tour du soleil ont suffi pour qu’ils gardent dans leurs yeux sa magnifique clarté, cette faculté de s’émerveiller, d’imaginer, de croire.
Ils ne comprennent pas tout dans cette mélodie écrite avec des lettres, loin de là, mais qu’importe. Ils ne se lassent pas d’écouter cent fois l’aventure. Ils s’habituent peu à peu à la magie des mots, s’ouvrent à la vie en apprenant le monde, parfois cruel.
Les plus réceptifs pleurent lorsque  » au matin le loup la mangea « , mais une citrouille transformée en carrosse pour la gentille Cendrillon, quelle revanche, quels sourires d’extase !
Tous ces mots mis bout à bout comme un puzzle reconstitué ne sont rien,qu’un souffle sur des lèvres,un grimoire sur du papier s’ils ne sont pas coordonnés, non seulement par des conjonctions, mais par la pensée. Et encore, n’expriment-ils pas grand- chose s’ils ne passent pas par le cœur, cet organe peu raisonnable, cet autre niveau, infiniment plus précieux par les sentiments de dignité qu’il suscite ou l’émotion qu’il fait partager.
Il y a quelques années, au siècle dernier, j’ai voulu participer à un concours de nouvelles. Le thème en était libre, oh joie, mais, oh stupeur, le texte devait trouver place sur une demi page !
Je protestai très gentiment, mais l’on me fit remarquer que cette décision découlait du grand nombre de participants et du nombre infime de correcteurs juges bénévoles et qualifiés.
J’avais une histoire attachante mais j’y renonçai car, résumée en quelques phrases,elle perdait toute sa saveur,tout son sel.
Comment évoquer le parfum tentateur des fleurs, la désespérance d’un Monsieur Séguin ou le charme, la beauté d’une Cendrillon ?
Oui, je sais, vous allez me dire que là, justement, réside la prouesse, faire court en disant plein de choses…..
Élaborer une histoire pour l’élaguer comme un bûcheron dépouille un arbre en ne gardant que le tronc, la substance du récit, cela est possible.
La poésie est un exemple de pureté, une quintessence de l’esprit.
Je ne vous la nommerai mie
Sinon qu’elle est ma grande amie.
Hélas, je n’ai ni le talent ni la grâce d’un Marot. Moi,j’aime les mots pour les écrire et faire rêver les enfants.

Ma vie

20121119-162921.jpg

Ils étaient là tous les trois blottis sur le lit comme des moineaux, et qui me demandaient la becquée d’une histoire avant de se coucher. C’était devenu un rite quand ils venaient en vacances dans cette maison de grand-père et de grand-mère. Oh! je ne suis pas un conteur né, et il me faut fouiller très profond dans mon imaginaire pour que je me souvienne des aventures de ma vie méritant d ‘être contées. J’en retrouvais parfois de délirantes, où j’étais le héros sans peur qui pouvais descendre dans mon puits, pour se retrouver en Chine à la poursuite de trafiquants de riz précuit dans de l’huile frelatée. Je pouvais descendre aussi dans des cheminées pour rendre service à un Père Noël fatigué, mais en ratant son rendez-vous, ma montre étant restée à l’heure d’été. Je pouvais bien sûr aller chasser le dernier mammouth qui vit dans l’Himalaya, et être sauvé par lui des attaques de tigres blancs, très féroces. Je me souviens comme si c’était hier de mon stage désastreux chez un marchant de cadeaux célèbre. Il m’avait dit  » très simple,si vous voulez reconnaître du verre ordinaire avec du cristal ,il faut taper dessus avec un petit objet. Le premier rend un son clair mais sans résonance alors que le cristal sonne très clair avec des résonances longues. » J’avais parfaitement compris, sauf qu’un marteau n’était pas l’objet adéquat. Devant le tas de verres brisés, j’étais devenu un éleveur de chats et de rats pour le compte d’un fourreur. Il vendait très cher les peaux pour en faire des manteaux et des gants pour les Esquimaux. Malheureusement les chats avaient chassé tous les rats. Alors, j’étais devenu cuisinier dans une cantine scolaire. Très difficile de contenter tous les enfants. J’avais résolu la question, je leur faisais des pâtes et des frites avec du saucisson à volonté. Arrosés de coca cola, tous les jours, ils adoraient ça. Mais à la fin de l’année ils étaient devenus tous obèses. Ils ne pouvaient même plus s’assoir sur leurs bancs devenus trop petits, mais ils me semblaient contents,plus que leurs parents, toujours critiques. Ils accueillaient ces souvenirs de ma vie avec des doutes pas complètement dissipés. Cependant,il n’y avait pas de fins tragiques. La petite chèvre de monsieur Séguin revenait blessée mais vivante, l’ogre ne dévorait pas ses filles, la petite chaperone échappait au loup. Ce Happy end sonnait l’heure de dormir, de rêver encore quelques instants en fermant les yeux, avant que le sommeil les prenne. Mais le rite demandait aussi de faire un bisou pour papa, un bisou pour maman, un bisou pour grand-mère, bref un bisou pour tous ceux qui prolongeaient encore quelques minutes cette communion, même la chatte y participait. Un peu plus tard,avant d’aller dormir à mon tour, je rentrerai sans bruit avec ma petite lampe de poche,comme un voleur,pour les écouter dormir. Fanny et Cindy enfouies dans le grand lit,Jérôme sur un matelas étendu par terre, pour ne pas séparer cette fratrie. Et je les regarderai comme un trésor, que ma vielle maison abrite pour quelques heures de tendresse et de joie.

20121118-205913.jpg

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent les voix

C’est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont chez eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre…

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

Aragon.

Chronique d’une journée ordinaire.

20121117-125741.jpg

Je garais ma deux pattes à l’ombre, le long d’un muret, extirpais ma valise contenant tout mon matériel de démonstration, et me dirigeais vers cette vieille maison un peu esseulée mais d’aspect cossu.
Je l’avais repérée dans mes pérégrinations de représentant. Il faut avoir un oeil de lynx si nous voulons vendre nos articles et nos produits. Comme le disaient nos anciens latins « aquila non capit mouscas ».
C’est à dire : on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Ils en savaient un rayon ! Ce métier n’est pas une sinécure.
Un ami et moi, avions mis au point un appareil à turbo aspiration que nous avions appelé « Lavaltout « par une fine allusion à la ville de Laval dont il était originaire et surtout le constructeur de cet aspirateur révolutionnaire. Moi, j’étais chef des ventes, bien que seul, mais nous commencions. Notre grande force résidait dans une super brosse roulette mise au point dans son garage avec deux brosse à dents associées avec une petite boite de conserve genre champignons de Paris, retravaillée, et découpée pour s’adapter au bout d’un tuyau standard d’aspirateur. Elle passait facilement sous les meubles bas,et ne laissait » nulle place où notre brossette ne passe et repasse  » selon notre slogan publicitaire provisoire, mais à améliorer.
Je sonnais, une voix féminine sortie d’un portier encastré dans le chambranle, me demanda de pousser un peu fort la porte car le bois avait gonflé. Au premier déclic je poussais donc mais pas suffisamment, au second,je pris mon élan, mais elle s’ ouvrit toute seule. Emporté par la surprise, je trébuchais sur la barre de seuil et m’affalais dans le vestibule d’entrée avec ma valise qui, évidemment, s’ouvrit totalement car son couvercle était astucieusement dégondable.
En me relevant à genoux, je me trouvais face à un immense chien jaune, interloqué, qui me fixait d’un œil inquisiteur. Je n’osais plus bouger d’un iota. Ma petite brosse échappée de sa case roula vers lui. Paniqué par cet ustensile inconnu, il fit demi tour en patinant sur ses pattes arrières et s’enfuit dans un couloir en glapissant quand une toute jeune femme se précipita pour m’aider, en riant du spectacle :
_ N’ayez pas peur, Pyram n’est pas méchant, un peu bête comme tout les jeunes chien, mais pas méchant. Moi je suis Lulu la ‘tite baby-sitter et vous ?
_ Représentant en produits ménagers et d’un aspirateur
 » Lavaltout  » unique en son genre.
Je ramassais mon attirail épars et mes lunettes dont le verre droit s’était desserti de la monture. Je pestais intérieurement contre ma maladresse tout en essayant de fixer ce verre, tant bien que mal, à l’aide d’un rouleau de papier cache. C’était mieux que d’être borgne, il n’était pas cassé, ouf! J’étais verni. Je le recollerai à la maison.
_ Je peux vous nettoyer pratiquement tout dans une maison… Essayez moi, vous serez surprise.
Elle me regarda dubitative, mais sembla assez intéressée pour me prendre au mot.
_ ah! Venez donc dans le salon.
Avant d’entrer elle me demanda de quitter mes chaussures pour ne pas salir un superbe tapis de laine auquel Madame tenait beaucoup.
En quittant mes tennis, je fis en sorte de masquer un trou dans ma chaussette en faisant glisser son talon sous mon pied.
La pièce était bourrée comme un oeuf, pleine de meubles, chaises, petites tables, divan imposant, armoire, mais surtout une immense cage, style pagode chinoise, laquée en blanc, où un époustouflant perroquet bariolé s’acharnait bec et ongles, à escalader cette volière.
Le fameux tapis ne cassait pas trois pattes à un canard, ce truc, vieux comme Hérode, ne risquait plus rien à mon avis. Avec un produit rénovateur,je pouvais peut-être lui rendre un peu de son lustre.
Je décidais de commencer par une démo de notre fameuse brosse roulette..
Je déployais mon matériel, fixait ma merveille, et avec aisance aspirais rapidement sur les coussins du canapé, et passais sous ce meuble sans aucun efforts ni contorsions inutiles. Soudain, le perroquet arrivé en haut de son ascension appella  » Pyram, PYRAMMMM VIENS  » Electrisé par cet appel, ce péril jaune, à l’affût d’un mauvais coup, passa sa tête et s’élança sur le canapé qui s’effondra sous son poids, sur mon pied droit et sur le tuyau en le coinçant complètement. Je demandais à la petite baby-sitter un coup de main pour m’aider à soulever ce meuble lourd. Elle lança une gifle sur la cuisse de Pyram qui descendit en pleurnichant, s’empara d’un balais et s’en servi habilement comme levier, en habituée de la chose. J’avais très mal à mon cou de pied mais n’en laissa rien paraître, il faut toujours faire semblant de rien devant le client.
_ Maintenant, il est urgent de le faire réparer, il a un pied cassé depuis des mois, mais personne ne m’écoute me dit-elle.
La rallonge était tordue, mais Dieu merci ma roulette n’avais rien. Par précaution je la démontais pour la mettre en sûreté et…en m’échappant des mains, roula vers Pyram. Cette fois, il la happa et s’enfuit en
caracolant poursuivi par Lulu.
Elle revint aussitôt en tenant un truc aplati, percé par des crocs. Il y a des moments je vous jure, où il vaudrait mieux faire la grasse matinée.
Très fâché contre ma maladresse et contre ce chien fantasque, je rangeais cette épave informe et passais au ravivage du tapis, sans entrain je vous assure. J’allais me faire remonter les bretelles.
Nous avions mis au point un liquide super concentré à base de bicarbonate de soude et de savon noir iodé. Il fallait en diluer la valeur de deux dés à coudre dans une cuvette d’eau pour obtenir une mousse très abondante, un peu abrasive, mais efficace contre toutes les salissures.
Je demandais un verre d’eau et entrepris de mélanger avec précaution le rénovateur dans ma cuvette lorsque une sonnerie stridente de téléphone me fit sursauter. De surprise, je lâchais le bidon qui tomba sur le tapis avec la cuvette et commença à se vider lentement avant que je réagisse.
Par réflexe, je pris mon aspirateur pour résorber ce trop plein sans penser qu’il pouvait se transformer, grâce à sa turbine, en un redoutable batteur à bulles. Immédiatement, une mousse fine s’envola dans toute la pièce, nous faisant tousser. Tandis que Lulu, auréolée de bulles, s’en prenait à ce perroquet téléphoniste pour essayer de lui clouer le bec, il la regarda d’un œil rond et impassible, avant de répondre  » Allôo ..ALLÔOOO…j’écouteeeee » à une sonnerie d’un portable parfaitement imitée.
Pendant que je me débattais avec mes bulles, le tapis détrempé, mes serpillères, l’éponge à gratter, le verre de mes lunettes refusant de tenir en place, la douleur de mon pied, mes tentatives pour détordre le tuyau… deux enfants arrivèrent de l’école en riant et en se bousculant, aidés par leur copain ce diable jaune émoustillé par ce jeu.
Je devinais sans peine que les carottes étaient cuites, et que ma démonstration était à vau-l’eau, surtout quand je vis passer dans le couloir une gamine assise dans le couvercle de ma valise, et poussée par son frère sous les bondissements d’un Pyram enthousiasmé de voir cette luge improvisée.
Je rangeais mes instruments à regret, demandais aux enfants de me rendre le couvercle. Évidemment une des charnières n’avait pas résisté à une mâchoire pleine de dents. Je cherchais ma tennis gauche sans la trouver. Lulu partit â sa découverte et revint, l’air contrit, avec une chaussure rongée, déchiquetée par ce chien malfaisant. Heureusement j’ai toujours des élastiques en cas de besoin, je parvins ainsi à faire tenir ce qu’il restait de la semelle. C’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase,en me faisant boire le calice jusqu’à la lie.
Je rafistolais ma valise à l’aide de ma rallonge électrique, et pris congé de Lulu avec regret, lui promettant de revenir dans de meilleures conditions, mais il était certain qu’elle riait sous cape de mon aspect, moi aussi, mais jaune c’est le cas de le dire.
Je rejoignis ma fidèle deux chevaux en battant la semelle des deux pieds et là… alors là,je vous le donne en mille, un PV glissé sous l’essuie glace me signalait que j’étais garé sous une interdiction de stationner !
Ah, vraiment, il y a des jours qui poussent le bouchon un peu trop loin, je vous assure… en plus, clou du spectacle, le verre de ma montre était fendu, sans que je sache ni le pourquoi ni le comment de la chose.

20121117-125811.jpg

Que la lumière soit

20121106-205707.jpg

Que la lumière soit… ( Dieu. )

De la façon dont je le vis empoigner le fusil, je me sentis envahi d’inquiétude. L’arme, un antique moukala arabe, long comme un jour sans pain servait, dans les fantasias populaires, à faire du bruit, mais l’incertitude quant à son fonctionnement possible et intempestif me faisait redouter le pire. Je me plaçais prudemment derrière lui lorsqu’il entreprit de le démonter en demandant au chef-d’orchestre bègue, là par hasard, de lui trouver un tournevis. L’étonnement crispa les traits du Maestro, mais il extirpa de sa poche gousset une lime à ongle qu’il lui tendit en hésitant.
– Vous n’avez que ça ? lui dit ce géant sans cesser de mâchouiller un truc verdâtre et odorant.
Et l’ apprenti armurier s’escrima à l’aide de cet outil improvisé à ôter une des vis qui retenais la platine porte silex.
L »exercice sembla facile. Cependant mes appréhensions redoublèrent lorsqu’il entreprit de remettre en force une des pièces éparpillées devant lui sur la table, en tapant avec un chandelier. Cet objet servait de décor, mais….
Le coup partit dans un épouvantable fracas. La bourre de coton compressé, durcie par le temps, frôla le Chef éberlué qui s’effondra comme une quille, avec un petit cri de souris lymphatique. Après avoir heurté l’ampoule du lampadère, elle ricocha sur une tête de Néfertiti qui trônait sur la déserte, et alla se blottir contre la vénérable comtoise qui elle, en sonna un coup d’émotion.
Le géant se mît à rire bêatement assis par terre car le recul de l’arme l’avait fait choir du vieux banc d’église sur lequel il s’était assis..
– vous avez vu,hein ! quelle fumée !
Effectivement, toute la pièce baignait dans un brouillard bleuâtre aux senteurs nitreuses. Par contre, on ne voyait plus rien !
C’est alors que surgit l’AUTRE.
Il entra par la porte du jardin restée entre ouverte, comme un éléphant dans une pâtisserie. Sur le moment, je ne pus distinguer ce qu’il tenait dans dans sa main mais son air excité me cloua sur placé. Il enjamba le Chef qui patiemment revenait à lui, redressa d’une patte ferme son copain réjoui, et lui ordonna de le suivre dans un langage hermétique en brandissant un tube de carton orange orné de fleurs aux couleurs vives.
Ils disparurent illico dans le jardin. Je me précipitais à la fenêtre, anxieux d’assister à la suite de cette histoire rocambolesque. J’y fus rejoint par le chef d’orchestre un peu pâle, mais ayant retrouvé ses esprits.
– croyez que ce ces gens soi soient nor normaux ? Susurra-t’il.
Je ne sus quoi répondre tant le surréalisme de la situation me dépassait. Je haussais les épaules.
Soudain, un coup de canon nous fit sursauter ainsi que toutes les assiettes de l’imposant vaisselier. À notre grand ébahissement, une pluie d’étoiles bleues et vertes se déversa au dessus de la maison. Il s’agissait d’une fusée de feu d’artifice car pendant plus de vingt minutes, ils mirent le feu à tout ce qui possédait une mèche. Le chat n’y échappa que grâce à ses talents de grimpeur.
Entre temps, le vacarme et les lueurs étoilées avaient alerté une patrouille de police qui vint se garer, sirène hurlante, devant le portail. Deux hommes surgirent de la voiture mais, quelque chose se détraqua dans cette symphonie de sons et de lumières. Pour une raison inconnue, l’une des fusées dévia de la verticale et adopta délibérément le vol horizontal et tout ce que cela peut comporter d’obstacles difficultueux.
Avec une queue impressionnante de comète, elle fonça sur les policiers qui s’aplatirent au sol, passa entre les barreaux de la grille, mis le feu à la voiture en la traversant comme une flèche par les portières restées ouvertes et alla exploser au dessus du lac dans une apothéose de couleurs étincelantes.
Le Chef laissa échapper un gémissement en forme de soupir et me demanda à quelle heure il pouvait prendre un train pour Bruxelles.
N’étant un habitué de cette direction, je ne sus là encore, lui répondre.
J’assistais impuissant au déroulement d’opérations étonnantes qui avaient commencées avec l’arrivée inopinée de ces deux êtres bizarres.
Ils s’étaient introduits, à la nuit tombante, dans la pension de famille où je séjournais. Sur les conseils du vieux doc de la famille, j’étais venu passer une semaine  » Aux sources calmes  » prendre du repos en contemplant le lac… Nous étions hors saison et la foule ne se bousculait pas dans les couloirs. Seul, le Chef d’orchestre, en panne de voiture en revenant d’Italie, avait demandé asile pour une nuit.
Le patron des Sources avaient bien tenté de les arrêter lorsqu’ils avaient prétendu entrer dans la salle commune.avec le cheval placide qui les accompagnai,mais rapidement maîtrisé,il devait dormir dans un placard de l’étage, le cheval aussi d’ailleurs qu’ils avaient réussi à faire monter marche après marche, nous conseillant par gestes énergiques de ne pas bouger de nos fauteuils. La menace était claire plus que leurs intentions qui nous apparaissaient totalement surréalistes, insolites et obscures, nous n’avions tout les deux aucune intention de nous manifester.
Tandis que la voiture de police achevait de se calciner malgré l’agitation fébrile des deux représentants de l’ordre, d’autres fusées horizontales parcouraient le parc en chuintant à la recherche de grands espace. De temps en temps, l’une d’elles venait éclater contre le tronc d’un arbre dans un embrasement d’apocalypse. Le comble fut atteint lorsqu’une gerbe pourpre se précipita vers nous, entra par la fenêtre en sifflant les premières mesures du « Pont de la rivière kwaī », tournoya dans la pièce, prit la tangente par l’escalier et disparue de notre champ visuel avant d’exploser dans les étages en projetant des milliers de confettis multicolores.
Le spectacle était grandiose. Il cessa je pense faute de munitions ! Les deux fous revinrent tout joyeux coiffés des casquettes et agitant avec désinvolture les armes des deux policiers. J’avalais avec peine une rare salive, redoutant le pire, tandis que mon compagnon renonçant à ses voyages, s’effondrait derechef et en douceur sur le parquet ciré.
Le ravi jeta les revolvers dans l’aquarium tropical qui bullait doucement, encastré dans le mur, tandis que son acolyte se dirigeait vers l’office. Je remarquais alors que ses yeux, indépendants l’un de l’autre, roulaient dans tous les sens comme ceux d’un caméléon. Cette faculté étonnante me plongeât dans une perplexité admirative. Il en ressortit presque aussitôt en tenant une bouteille de Champagne à l’envers. Tous les deux la contemplèrent longuement sous toutes ses coutures, visiblement embarrassés quant à son utilisation. S’approchant de moi, l’agité des yeux me demanda par signes à quoi ce truc pouvait servir. Comment expliquer une chose si simple sans faire une démonstration ? Timidement je la lui pris des mains et commençais à lui ôter son muselet…ce fut mon erreur.
Tripotée dans tous les sens, cette bouteille ne demandait qu’à perdre son bouchon. Il sauta avec un bruit sec, heurta le lustre en cristal de Baccara, faisant miroiter ses mille facettes, et retomba avec un bruit mou sur les genoux du Chef abasourdi et assis par terre. Le liquide mousseux arrosait généreusement les alentours lorsque les deux hurluberlus, effrayés,me sautèrent dessus. Je n’avais aucune chance de leur résister. Nous tombâmes sur le tapis et la bouteille choisit de se vider en s’y vautrant elle aussi.
Soudain, au milieu de nos ébats, une lumière intense, aveuglante, vive comme la poudre envahie le théâtre des opérations. Je tentais de me relever en profitant de la surprise génèrale, mais totalement ébloui, je ne trouvais appui qu’auprès du portemanteau tripode qui, entraîné par le poids des vêtements et du chapeau à large bord du Maestro, bascula sans hésiter. sur moi.
La fin de ce cauchemar fut rapide. Empêtré dans les vêtements je n’eus que le temps d’apercevoir les deux loustics de précipiter au dehors. vers ce phare d’Alexandrie et disparaître dans un nuage de fumée, de vents tournoyants, de confettis aspirés comme dans une gigantesque tornade blanche. Le calme revint enfin avec l’obscurité et le silence ne fut troublé que par le tac tic boiteaux de la comtoise.
Le Chef se releva circonspect et, à la faible lueur jaunâtre de l’aquarium bulleur, m’aida à soulever le perroquet qui m’étreignait encore. Puis, il brossa soigneusement son chapeau et se tournant vers moi, il déclara :
– Dé..déci..dêment ces ces gens ne sot pas nor normaux.
En ramassant deux casquettes informes gisantes sur le tapis brosse de l’entrée,je convint qu’il devait avoir raison
Depuis, il m’arrive souvent les soirs d’été de m’installer dans mon jardin pour surveiller le ciel. Je ne me lasse pas de contempler l’infini.
J’ai appris à reconnaître quelques constellations, mais plus porté vers la rêverie que sur les connaissances, je guette les étoiles filantes.
En réalité, j’espère voir ce que nous attendons tous…..la lumière.

Toussaint

 

Toussaint

Ces voix qui se sont tues et que nous gardons tout au fond de  nous même, dans un repli caché. Ces voix que nous aimions sans nous douter qu’un jour elles s’éloigneraient à tout jamais de notre quotidien, de notre vie, pour se dissoudre lentement au fil des jours qui passent sans que rien ne nous les rappelle. Certes, nous les écoutons encore dans les soirs de nos tristesses et les souvenirs défilent dans notre imaginaire, mais le son s’est évanoui et nous restons seuls dans nos regrets. Il ne nous restent que ces Images fugitives, des fragments évanescents que nous essayons de ressusciter autour d’un visage qui s’estompe dans le silence de nos cœurs.
Ces voix qui se sont tues et que nous aimions sans leur dire.

Lorsque j’étais petit garçon
J’aimais ouïr une histoire
J’écoutais sans trop la croire
Ma mère après  ma leçon

Elle m’enchantait sans façon
De sa douceur oratoire
Lorsque j’étais petit garçon
J’aimais ouïr une histoire

Depuis sa voix tel un poinçon
Marque toujours ma mémoire
Pour en retrouver la gloire
Je donnerais toute rançon

Lorsque j’étais petit garçon…

Quand mes petits-enfants étaient petits enfants.

20121020-120750.jpg

Vacances

Mercredi matin, premier jour des vacances de la Toussaint. Thomas arrive nonchalant, tête baissée, les pouces agités spasmodiquement sur une Game Boy qui ne le quittera pas de la matinée, sauf pour faire quelque devoir sur des opérations. Louise trotte sur ses chaussures neuves qui « font courir vite comme un cheval ». Elle semble très en forme et tient la chatte serrée contre elle par les pattes avants.
Une belle journée pluvieuse commence.
Ils suçotent d’abord quelques olives noires dénoyautées pendant que je découpe, en fines lamelles, un reste de la baguette de la veille. Frottées d’ail et de trois gouttes d’huile d’olive, elles constituent une gourmandise depuis qu’ils savent que ma grand-mère, quand j’étais petit, me faisait les mêmes.
En quelques minutes, arrosé d’eau qui pique, nom plus évocateur de la limonade, tout est dévoré.
Thomas réagite ses pouces. Elle, essaie de faire boire du lait à la chatte, qui n’en veut pas, et qui d’un œil surveille le réfrigérateur au cas ou il s’ouvrirait, et de l’autre me supplie d’occuper cette quinquennaire à d’autres jeux. À tout hasard je lance :
-Et si tu peignais ?
-Ouiii ! cri strident d’approbation. Je fais un drapeau.
Un peu étonné de ce choix, je cherche dans le dico la planche qui va bien mais, dédaignant de jeter un regard sur cette profusion de bannières colorées, elle veut faire « Français, une bande bleue, la feuille, une bande rouge ».
Super, vive la simplicité. Je range mon encyclopédie.
-Va chercher une feuille blanche.
Elle part au galop et revient illico après avoir sorti d’un tiroir du secrétaire, réservé à son usage, une poignée de feuilles.
La voilà installée sur la table de la cuisine, sur un journal de précaution, un tube de bleu, un tube de rouge, un pinceau étique (elle les mâchouille ) un peu d’eau dans un verre et, avant que je réagisse, la moitié du tube de bleu est sortie prendre l’air ! Enfin vu la grandeur de l’oeuvre et la taille de l’outil, elle en a pour un moment. J’en profite pour aller ramasser une brassée de feuilles éparpillées par terre, la clé du tiroir tombée sous le radiateur, une étonnante feuille d’endive posée sur le buffet et dont la provenance m’échappe. Je m’affale dans un fauteuil pour réfléchir à la suite des opérations. Tiens, mon stylo à disparu et la bonbonnière a perdu son couvercle d’émotion.
Quand, la revoilà, toute bleue mais pleine d’énergie pour « faire du rougte ». Je prépare le deuxième acte pendant que son frère l’appelle pour lui demander d’un air inquisiteur :
-Tu es sûre que tu n’as rien à faire ?
Silence, agitation modérée côté véranda.
Un peu plus tard je trouverai mon stylo auprès d’un cahier où elle devait recopier des ‘le’ et des ‘la’. Un seul « le » tourmenté témoignera de ses efforts acharnés pour maîtriser l’écriture.
Je change la page détrempée du journal protecteur, rince le poil du pinceau, mets un petit pois de rouge dans un bouchon de bouteille de lait et… elle n’est plus là !
Je la retrouve couchée sur un lit, essayant de ronronner avec la chatte qui a réussi, en nous faussant compagnie, à s’immiscer entre le drap et la couverture. Je ramène tout ce monde à la cuisine, la chatte alléchée pas le voyage qu’elle espère gratifiant en friskies, Louise que j’attèle au drapeau.
– Grand-père, il faut un bâton pour l’agiter.
Ben oui ! où avais-je la tête. Je vais au jardin choisir un rejet du noisetier, que j’épluche en revenant. Le drapeau est noyé dans sa gloire . Elle peint avec le manche du pinceau dont le poil est parti et elle rechigne à la tâche. Dilemme, je n’ai pas de rechange! Il faut toujours avoir des cordes à son arc !
Pour résoudre le problème, je lui coupe subrepticement une petite mèche de cheveux (sans aucun dommage, elle en a tellement) que je ligature avec du fil à coudre sur le manche, aminci au cutter. Je fignole la pointe de ce petit pinceau couleur des blés pendant qu’elle s’éclipse à toute allure, le pantalon déjà baissé sur une petite culotte blanche, pour aller faire pipi.
Cela dure…dure. Je m’inquiète car dérouler le papier toilette la fascine. Je rembobine. Inutile d’actionner la chasse, tout le réservoir y est déjà passé deux fois.
L’œuvre nationale terminée s’apparente à du Picasso, un tantinet informe. Sur une cacophonie d’un dessin animé où l’on ne voit que des bouches vociférantes, elle m’informe :
-Il faut que ça cesse !
Séchons, séchons, d’autant que sa grand-mère l’embauche pour râper du fromage et mouliner la purée de midi.
Je pars à la recherche de la chatte qui a disparu sur la pointe des pattes, encore une fois. Elle fait preuve d’une suite dans les idées remarquable. La voici vautrée sur le couvre-lit, les paupières obstinément baissées malgré mes rappels à l’ordre.
Thomas a abandonné (enfin ou hélas) sa Game Boy, la chatte n’a aucune chance. Elle est aussitôt saisie pas des pouces habitués aux efforts et trimballée, pliée en deux, à la cuisine où la table se met avec des craintes pour la manière désinvolte de manipuler les assiettes et les derniers verres rescapés des bandes dessinées de Lucky Luke.
Des cris « moi je suis là » « Non, MOI ». Diplomatie subtile, le temps de se laver les mains et de les laisser se servir de cette délicieuse purée faite par Louise, accompagnée d’une escalope.
Maniement du couteau à l’envers…des serviettes soigneusement ignorées, tout baigne… pas longtemps car les repas sont une perte de temps. Vite un ‘Super Mamie chocolaté’, ingurgité en trois coup de louche, malgré nos exhortations à la dégustation, et nous reprenons le fil des activités dirigées.
Elle me demande un journal pour le découper. Bonne idée. En voilà justement un qui passe, plein de pages, complet avec une paire de ciseaux immenses, à bouts ronds.
Elle s’affaire assise pas terre et son frère, allongé sur le tapis à son coté, a repris une agitation digitale, le ventre en l’air avec accompagnement de musique métallique lancinante. Ouf ! Cool !
J’écoute les informations tout en prenant un petit Nescaf. Soudain, elle surgit derrière moi affublée d’un vieux collant dont les jambes lui font deux nattes qu’elle agite, ravie de ressembler à une sorcière ‘ aloven ‘.-
– Grand-père, je peux avoir un café ?
Sa voix est déformée par le tissu qui lui comprime les lèvres.
Recasserole. Resucre. Retasse et la voilà en train de siroter son lait teinté. Moment convivial, bien que ce ne soit pas simple, avec ce truc sur le visage, de parler et de boire. Mais elle extirpe, par enchantement, une paille coudée de derrière son balai et ça marche. Trop vite même car elle s’éclipse pendant que je range les ustensiles, au passage, la télécommande s’en va pour aller grossir la masse des objets égarés mais… j’ai l’œil !
Encore quelques bribes d’informations avant que j’entende le silence. Que se passe-t-il ? Je trouve une statue de la désolation, en train de baigner sa main droite dans une cuvette d’eau chaude, additionnée de quelques gouttes de Javel, pour faire ‘mûrir’ une épine dans son doigt, récoltée Dieu sait comment. La recette est de sa Grand-mère qui à trouvé une astuce pour la stabiliser.
Je repars tranquille. Soudain un cri perçant nous fait sursauter la chatte et moi. Pleurs, gémissements, impossible d’en comprendre la raison balbutiée avec force, dans les larmes et les hoquets.
Et puis le choc ! Son doudou a disparu (lui aussi). Alors là, c’est l’apocalypse, elle ne sait jamais où elle abandonne ce fichu carré d’écharpe. Nous cherchons fébrilement, sauf elle bien sùr. Évidemment il est par terre, sous ses pieds. Rassurée, elle retourne à son bain de main où une minuscule rougeur vient d’apparaître avec défense de l’examiner.
Je regagne le refauteuil pour réfléchir au calme. Thomas a profité d’un rayon de soleil pour filer dehors.
Je la retrouve étendue sur le tapis à malaxer fébrilement son doudou refuge en suçant son pouce, le regard dans le spleen, un peu indolente. Je m’assieds près de cette petite sorcière édentée, aux yeux d’azur. Serait-ce la minute de grâce ? Des petits bisous mitrailleuse sur son front pour m’assurer de la chose et… le charme s’envole avec les notes du carillon de l’entrée. D’un bond, elle est à la porte pour accueillir les jumeaux, un garçon et une fille, qui viennent aux nouvelles. Une cabane se construit depuis quelques jours au fond du jardin avec des boîtes en carton et du plastique. Thomas y est déjà. Vite les bottes, le ‘Kavoué’, le drapeau, le doudou, un petit Tic Tac pour la route et ils dévalent l’escalier.
Je cherche des chaussures pour les accompagner mais impossible de mettre le pied dessus. Elles sont toutes emballées séparément dans les pages du journal, en paquets cadeaux et sont empilées dans un coin, en compagnie de tous les petits pots de la salle de bain, bien rangées dans un sac en plastique.
Tant pis, j’irai demain… s’il fait beau ! Après tout c’est l’heure d’un peu de repos et la chatte dort dans le fauteuil les quatre pattes en l’air alors… Je vais la rejoindre.

Automne

Colchiques dans les près
Fleurissent fleurissent…..
Et par un clair matin,sur quelques notes nostalgiques de cette vieille chanson scoute de ma jeunesse,ces petites fleurs discrètes pastellisent notre vie.
Redressant fièrement leurs corolles par dessus les herbes brillantes de rosée,elles proclament aux quatre vents :
L’automne est arrivé,l’automne est arrivé !
Oui,il est là dans sa douceur première,venu en tapinois à la pointe des jours,quelques feuilles jaunies sur les pelouses,une sensation de fraîcheur dans les derniers feux du couchant,une réunion d’information sur les voyages et sur un fil,pour de jeunes hirondelles bavardes, vite éparpillées dans des criailleries joyeuses.
Il s’est mis en place insidieusement,et la magie opère encore une fois pour faire ressurgir en ma mémoire,ces impressions fugaces des derniers jours de vacances de mon enfance.
J’essayais de bannir de mon esprit toutes pensées surgissant à l’improviste, comme un leit-motiv,pour me rappeler au cours de mes jeux,le décompte fatidique des jours restants avant la rentrée scolaire d’octobre.
J’éprouvais une sorte d’angoisse qui se répercutait dans mon ventre !
Elle découlait simplement de la perspective de perdre cette délicieuse sensation de liberté totale,où je me complaisais depuis près de deux mois,astreint seulement à d’illusoires et gâcheurs devoirs de vacances matinaux, vite griffonnés, et encore plus vite oubliés.
Déjà les matinées,portant en elles toutes les promesses de la journée,jeux,rêveries,lectures,promenades…tous ces riens qui m’occupaient à plein temps, raccourcissaient leurs heures. Je ressentais ce moment qui fuit comme je ressentais le plaisir de la première heure de la journée où rien n’était dit,rien n’était fait,où tout était en devenir,intact,devant mon bol.
La lumière devenait plus fine,moins éblouissante dans ses midis,les couleurs moins éclatantes avec des teintes virant au vieil or,les ombres plus discrètes.
La découverte sur la vielle treille du jardin, de trois grains de raisin noir un peu fripés,se balançant haut perchés sur un sarment dépouillé de ses feuilles jaunies,réveillait ma gourmandise et titillait mon ingéniosité sur la façon,parfois un peu tortueuse,
d’atteindre cet ultime grappillage.
C’était ensuite le bien- être ressenti en enfilant le pull préféré pour sa douceur, au sorti de l’antique armoire en noyer veiné de sombre. Elle était toujours parfumée par de petits bouquets de lavande sauvage séchés, façonnés en forme de flacons allongés,décorés savamment de rubans colorés entrelacés. Une occupation délicate de l’été.
Enfin la première couverture de laine, étendue sur le lit où je me pelotonnais avec délice.
Les premières pluies arrivaient dans la lumière tamisée et la nature se figeait dans l’attente de ce plaisir. Elle avait tant souffert en silence de la sècheresse et de l’accablante chaleur de l’été !
J’avais une prédilection particulière pour la pluie. Elle me transportait de joie. Je me précipitais dans le jardin avec l’immense parapluie familial pour m’accroupir dans l’herbe,regarder subjugué en respirant cette odeur de terre mouillée,écouter avec ravissement le crépitement des gouttes sur ce dôme noir.
En s’égouttant des petites pointes fixées à l’extrémité des baleines,elles figuraient les barreaux d’une cage dont j’étais l’oiseau captif dans sa solitude et dans sa rêverie.
Je rentrais accueilli par des exclamations:
 » Mais ce petit,il et un peu fada « .
Le terme n’exprimait nullement une colère,mais plutôt une sorte de tendresse étonnée,amusée,indulgente pour cet enfant qui ne ressentait pas tout à fait comme les autres.
Je déchirais alors un vieux journal pour en bourrer mes chaussures avec des gestes de taxidermiste,et ainsi en éponger l’eau qui en raidissait déjà le cuir.
Des cancanements insolites me font lever les yeux et mettent fin aux réminiscences de ma jeunesse enfuie. Ce sont des oies en pèlerinage. Leur V est un peu incohérent,indiscipliné,sans rigueur. Elles cherchent un gîte et un couvert pour la nuit et échangent leurs impressions sur les miroitements aperçus au loin,avant que leur formation s’incurve vers la région des étangs et de la Moselle
Je reste toujours respectueusement admiratif pour la science de leur vol,leur mystérieux instinct de groupe,leur connaissance du temps. Les apercevoir,les écouter majestueuses et bavardes est fascinant. Un peu émouvant devant cette intelligence,mais réconfortant aussi pour la pérennité de la vie qu’elles assument
Colchique dans les près
C’est la fin de l’été.

Bonjour

Bonjour,  Me voilà sur un blog. À mon âge ! Pas très sérieux. Mais ils n’ont dit : tu vas être célèbre grand- père. Argument imparable car depuis tout petit,je recherche cet état de reconnaissance de mes talents,il y a 86 ans….enfin. Alors,je n’ai protesté que mollement lorsque mes petits- enfants m’ont ,d’autorité ( si,si ) inscrit avec mon misérable iPad ,sous un non farfelu,entouré de ballons. J’aurais peut- être préféré des bulles car, à près tout c’est ce que je fait de mieux depuis que je pianote sur cet engin. Notez bien que là aussi,ils m’avaient convaincu que j’avais absolument besoin de prévenir l’arthritisme de mes doigts et m’ouvrir enfin sur le monde et ses jeux super intelligents,tels que les Tap Tap ou autres Paper Toss. Encore que certains d’entre eux,installés avec diligence par un fils zélé,peuvent également prévenir cette torpeur qui me gagne incontestablement à l’heure des siestes. J’ai acquiescé,encore une fois et ma vie est devenue trépidante car je suis sans cesse sollicité par la lecture des journaux,des livres vendus avec des réductions alléchantes,des propositions pour devenir propriétaire d’objets plus ou moins pourris,tels des abattants de WC dépareillés,  le temps qui fera 8 jours à l’avance afin de profiter de voyages au long cour,la généalogie de mes ancêtres les Gaulois,les actualités jamais à jour….j’en passe car en plus,ils m’ont inscrit sur Facebook, alors là,l’overdose. Plus vous avez d’amis,plus ils vous parlent en onomatopées et plus il vous faut envoyer des lol aux anniversaires. Je ne sais pas s’ils ne me disent pas tout,mais je sais que je ne comprends pas…tout. Mais comme ils me suggèrent: laisse tomber grand-père passe à autre chose quand tu ne comprends pas.Ben c’est ce que je fait avec ce blog,vous inviter à passer à autre chose de plus consistant.  Un petit détail tout de même,j’invite tous les troisièmes âge et même quatrième qui seraient tentés par ce moyen ultra simple de s’initier à la  » toile  » de ne pas hésiter à le faire ,surtout s’ils connaissent une solitude et si leurs moyens le leur permettent. Vous allez me dire comment profiter de ce conseil puisqu’ils n’ont pas accès à ce blog ! Bonne question! Une seule réponse,vous et le bouche à oreille.          Le prochain billet vous parlera de la constante de planque qui joue un rôle central dans le proverbe : pour vivre heureux,vivons cachés. Moi,j’aurais mis : couchés, mais….