Acétylène

L ‘ acétyléne

J’ai toujours aimé bricoler. Ce terme un peu réducteur, désigne un penchant à se servir de ses mains pour réparer, transformer à l’aide d’outils. L’efficacité était souvent nulle, mais les moyens dont je disposais pour arriver au génie étaient quasiment inexistants. La guerre ne faisait qu’empirer les chose, mais pas mes idées.
Mon livre de Chimie de cinquième m’avait ouvert les yeux sur les propriétés de l’acétylène, ce gaz mystérieux utilisé dans les lampes à lueurs vives, éblouissantes.
L’hiver, habitant en bordure de l’étang de l’Olivier,qui jouxte celui de Berre, mon père tentait de pêcher le muge, de nuit…. je dis tentait. Le pourtour de l’étang s’illuminait la nuit tombée, de ces lampes au carbure pour pêcher ce poisson très estimé. Il avait la partucularité de vivre en eau douce et en eau salée et d’être attiré par la lumière, un défaut mortel pour lui..
Un moment de détente, pratiqué par tous, avec plus ou moins de bonheur. Armé d’une fouïne, sorte de trident à long manche comme Neptune, la ficelle en plus pour ne pas la perdre, le jeu était d’arponner ce poisson curieux, attiré par le cercle de lumière d’une lampe à carbure, braquée dans l’eau. L espoir pouvait durer uné soirée, dans le froid, l’habilité faisait le reste.
Emmitouflé dans ma pèlerine, mon béret enfoncé sur le crâne,il m’arrivait d’être le porteur de cette loupiotte qui empestait le carbure, une odeur écœurante et tenace. Le choix de la place était important, légèrement surélevée pour voir arriver la victime, la lampe au raz de l’eau je braquais le flux lumineux le cœur plein d’attente. Une attente ancestrale je suppose. Je ne priais pas Saint Pierre par méconnaissence de ses capacités à aider les pêcheurs,je faisais plus confiance aux petites boulettes de mie de pain, que je lançais comme appâts supplémentaires. Vous dire à quoi pensait un gamin de 10 ans, tenant une lampe tentatrice, dans le froid d’un bord d’étang, de nuit, ne m’a pas laissé de souvenirs, à part l’espoir de voir surgir de l’ombre un mulet, autre nom plus connu de la proie.
Nous rentrions pour le souper, heure de la soupe vespérale. Le mot dîner était le repas de midi, le déjeuner, avec café au lait et pain trempé, celui du matin, enfin chez le peuple, avec un peu de beurre le dimanche, avec droit de….tramper !
Nous revenions quelquefois,avec un poisson percé de trous, comme Saint Sébastien de flèches. Le lendemain il avait droit à un court bouillon avec aïoli et pommes de terre, ou les jours fastes, au four avec vin blanc et citron. .
Les éclairages des vélocipèdes, absolument obligatoires comme les plaques de redevance, utilisaient ce type de lampe, après un cérémonial d’initié pour la recharger. J’étais un initié, expert dans le nettoyage de cette espèce de suie un peu grasse, et l’étanchéité du robinet d’eau à pointeau, qui s’entartrait
En lisant l’allégresse de ce gaz pour exploser avec un mélange ad-hoc d’oxygéne, je décidai de vérifier de visu.
Pour quelques monnaies, le quincailler tira d’une boite en fer étanche, quelques morceaux de carbure de calcium, sorte de cailloux grisâtres. Moi aussi j’avais prévu une petite boîte de pastilles vide. La moindre humidité était proscrite,car le carbure se délite en silence.
J’avais tout prévu. Une assiette et un pot de fleur en terre suffisaient. Un jeudi je posai l’assiette sur un muret avec un petit morceau de carbure et y renversai le pot dessus. La boite d’allumette en main, je versai un peu d’eau dans l’assiette et présentai la flamme devant le trou du fond du pot. Bien sûr l’explosion ne tarda pas. Le pot fut projeté en me rasant les moustaches et redescendit en se brisant en quelques morceaux. La leçon fut immédiatement suivie d’effets. Je ne pouvais sacrifier ces potiches pour la science. Il fut remplacé par une boite de conserve vide, préablement percée d’un trou et l’allumette de mise à feu remplacée par un morceau de bougie. Il suffisait d’allumer la bougie collée prés du trou, avant de verser de l’eau. La boite montait à 4/5 métrés. Mes groupies exultaient, moi aussi.
Ayant trouvé un morceau de tuyaux de chauffage central de 50 centimètres, plié en angle droit à une extrémité, et un vieux bidon d’huile moteur vide, je voulus améliorer la technique de tir.
Le Tuyau s’encastrait dans le bidon en forçant, un hasard prometteur. Une petite boite devant servir de projectile et de mise à feu, se fixait au bout de ce canon original.
Le dimanche il était de tradition de mettre ses beaux habits, de s’endimancher, surtout pour aller à la messe.
A cette époque, les gens « bien » s’y retrouvaient à la sortie, pour dire du mal des absents.
Un dimanche je passai à l’action. .le bidon chargé de carbure et d’eau, je boutai le feu à la bougie. Le résultat fut imprévu car le bidon explosa en projetant les composants un peu partout, et surtout sur mon beau pull. Une eau blanchâtre, à odeur éceurante, dont je fus félicité abondamment pour ses nouvelles couleurs. J’abandonnai ces cailloux du diable car un article sur les inventeurs de la poudre noire, les Chinois, vantait la beauté des feux d’artifices. Si le salpêtre ne posait aucune difficulté dans nos écuries désaffectées, il suffisait de racler les murs, le charbon de bois pulvérisé ne manquait pas, le soufre oui. Mais un jour….

One Comment

  1. Répondre
    Virginie 2 septembre 2017

    Mon cher Henri ,

    Si vous n’êtes devenu l’alchimiste de vos expériences enfantines , vous avez développé l’admirable capacité de ressuciter le temps .. Je vous imagine , armé de votre lampe , éclairant les projets de votre père et ruinant ceux d’un poisson trop curieux . Quelle pêche étonnante que je ne connaissais pas ! L’évocation de la messe où les gens bien s’en venaient médire sur les absents …. j’ai connu et rien ne semble avoir changé !
    De beaux souvenirs de temps dont vous nous faîtes don via cet article .
    Continuez de remonter le fil de cette mémoire si précieuse . Elle fait notre bonheur .
    Affectueusement .

    Virginie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *