Jason

Jason.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Nous connaissons tous ces vers de Du Bellay, comme nous connaissons tous Ulysse, ce fidèle, mais qui est cestuy-là qui parade avec une toison ? Oui, il est Jason pour les plus calés, mais encore ? Eh bien il est un héros de la Grèce antique, à la tête d’une bande de potes baptisés les Argonautes. Une confrérie qui regroupe entre autres Castor, son frangin Pollux, frères de la superbe, mais légère Hélène, et Héraclès ce travailleur de force flanqué de sa virevoltante massue.
Pour Jason la vie ne fut pas un long fleuve tranquille .
Il avait un oncle Pélias, redoutable bonhomme qui avait dépossédé Eson, son père avec violences à tél point que sa mère Alcimède, apeurée le déclara mort-né à sa naissance et pour éviter une vengeance terrible, alla le déposer sur le mont Pélion ou vivait le Centaure. Ces créatures étranges n’étaient pas de bonne compagnie sauf Chiron, la crème des Centaures, il devait son grand savoir à Apollon. Cet homme-cheval éleva l’enfant dans les règles de l’art, lequel revendiqua à sa majorité, le trône dont Pélias l’avait privé.
C’était de bonne guerre, cet oncle cupide aquieça à condition que ce neveu intrépide et prétentieux, lui ramène cette fameuse toison d’or dont tout le monde rêvait et fantasmait.
Son existence n’était pas banale.
Le regard de Poséidon se posa un jour sur Théophanée. Une nymphe nitescente de beauté dont bien sûr il tomba amoureux. Un péché mignon dont il était coutumier, ( on ne compte plus ses conquêtes )
vLes prétendants très nombreux, excitèrent sa jalousie et il exila Théo sur une île dont il transforma les habitants en moutons. Bonne idée car la plus belle brebis se trouvait à l’abri de la concupiscence. Idée malencontreuse car les soupirants ayant retrouvé sa trace, mangeaient les habitants-moutons à la broche. Il transforma ces hurluberlus affamées en loups puis, posant son trident, se transforma lui-même en un bélier superbe, irrésistible, et Théophanée donna le jour à un autre encore plus beau, avec les reflets dorés de sa toison érubescente : Chrysomallos.
Athamas était le roi d’Orchomène qui avait épousé Néphélé une nymphe olé olé, qui lui donna Ptryxos et Heilé un garçon et une fille. Un jour, il s’en lassa pour épouser Ino. L’herbe paraît toujours plus verte à côté. Cette intriguente lui fit deux fils, chassa comme un coucou les enfants du premier nid pour les offrir en sacrifice expiatoire, bécause une erreur de sa jeunesse qui avait privé la population d’activités vivrières !
Inquiète pour sa progéniture, Néphélé demanda aide à Hermès qui leur envoya Chrysomallos, fabuleux bélier flavescent, qui lui aussi savait voler, et les enfants s’évadèrent par la voie des airs. Malheureusement Heilé ne pu s’empêcher de regarder la terre malgré l’interdit, et tomba dans la mer victime du vertige et des transports aériens ( en souvenir, ce lieu s’appelle l’Hellespont )
Arrivé en Colchide, le premier soin de Ptryxos fut de tuer ce brave bélier et d’offrir ce sacrifice à Zeus puis de donner cette dépouille flavescente au roi Eétès. Flatté de recevoir ce présent doré sur tranche, celui- ci le suspendît à un arbre et ordonna à quelques gens d’armes de veiller au grain ainsi qu’à un dragon de monter la garde pour faire bonne mesure. Il faut dire que ces bêtes volaient elles aussi,et surtout crachaient du feu comme un vrai lance-flamme. Ils n’avaient pas inventé le fil à couper le beurre, mais leur méchanceté compensait. C’est la raison pour laquelle on les employait pour garder des trésors, de plus ils ne dormaient jamais.
C’est cette toison que Jason devait aller quérir, mais pour cela il lui fallait un bateau solide. Il en chargea un charpentier de marine, Argos, ( dit Argos voit tout car affublé de plusieurs yeux ) Aidé par cette ingénieuse Athéna, il abattit toute une forêt avec ses copains, appela son coursièr des mers Argo, en prévision des futures balises sans doute. Curieusement, Athèna ajouta une pièce de bois qui fit parler ce bateau, une voix de la conscience pour cette déesse de la sagesse.
Aux mugissements des buccins, les Argonautes embarquèrent avec armes et bagages pour une conquète prestigieuse…..la toison d’Or.
Le voyage était dangereux, plein d’embûches et…..long.
Arrivés dans l’île de Lemnos, ils furent les bien venus car Aphrodite avait tué tous les hommes pour avoir abandonné leurs femmes au prétexte qu’elles sentaient mauvais ! Ce en quoi ils n’avaient pas tort depuis que cette déesse leur avait envoyé un sort par Hermès le facteur. ( il tuera plus tard Argos dont les yeux allèrent décorer la queue d’un paon, il ne faut pas gâcher )
Si les voies du seigneur sont imprévisibles, que dire des voies de ces divinités susceptibles et ombrageuses ?
Les Argonautes intercédèrent et repeuplèrent l’île redevenue parfumée dit-on. Notre héros apporta sa contribution en faisant deux fils à la reine Hypsipyle, avant de poursuivre vers ces fameuses musiciennes qui avec leurs voix charmeuses de Sirènes, incitaient les pauvres marins à venir se baigner avec elles, au fond des eaux, dans le plus simple appareil !
Orphée tira de sa lyre à neuf cordes une mélodie bien supérieure à leurs chants, et les laissa muettes de stupéfaction étonnée.
Sur l’île de l’Ours, en mer de Marmara, ils se ravitaillèrent. On déboucha une amphore de vin du pays en leur honneur. Des géants plein de bras en profitèrent pour essayer de détruire Argo. Les malheureux ne connaissaient pas Hercule et sa massue, ils ne firent pas long feu avant de gésir sur la plage, dans un chaos de membres emmmélés.
En Bithynie , ce bon géant éploré se lança à la poursuite d’un……amant et abandonna l’équipage. Le coeur a ses raisons……
Arrivés à Salmidessos, le roi Amicos les défia car il adorait occire les vaincus de ses joutes, par cruauté pure. Pollux, lutteur émérite, se chargea de lui enseigner sa botte secrète, si secrète que personne n’avait le temps d’y réfléchir, on voyait tout de suite plein d’étoiles à midi.
En relâchant chez Phinée, ce roi trop bavard éventeur de secrets divins, ils trouvérent un être effondré, rendu aveugle et en proie aux Harpies envoyées en représailles par les Dieux. Ces oiseaux aux têtes de femmes laides et caquetantes, instruments de la vengeance divine, détruisaient toutes nourritures en les souillant et les déchiquetant. Phinée dépérissait à vue d’œil. Les Argonautes demandèrent à Calaïs et à Zetes de chasser et poursuivre ces affreuses au cours d’un grand repas organisé pour les piéger. Eux seuls savaient voler, un sport qui a complètement disparu depuis.
Ils volèrent donc dans des oiseaux déplumés, honteux et pressés de disparaître.
Enfin ils jetèrent l’ancre en vue du palais Royal en Colchide.
Surpris de voir débarquer un amateur de peau, ce roi qui voyait croître le tourisme sur son île grâce à elle, commença par refuser puis imposa à Jason des épreuves invraisemblables pour le dissuader, mais celui-ci tenait à conquérir son trône et accepta. Bientôt il n’en resta plus qu’une.
Le roi avait une fille Médée qui, comme sa tante Circée, était une habile magicienne. Bien sûr elle tomba amoureuse de ce bel aventurier et lui proposa son aide, en douceur, secrètement.
Labourer une méchante terre aride pour y semer des dents de dragons ne semble pas difficile, mais avec un attelage de taureaux solipèdés en airain, réticents,violents, crachant eux aussi du feu pour le plaisir de détruire les récoltes……et des semailles desquelles naissent des guerriers Spartes qui vous attaquent de tous côtes, complique la chose.
Heureusement, cette magicienne de Médée avait prévu une pommade contre les coups et les brûlures à base de graisse d’oie, et un talisman contre ces Spartes terre à terre à base de cailloux semeurs de disputes. Ils s’entre-tuèrent.
Pas content du résultat imprévu et de sa traitresse de fille, Eétès refusa de tenir sa promesse.
Une seule solution, voler la toison.
Un soir, Médée et ses herbes magiques drogua le dragon en le plongeant dans une turpitude pour la nuit. Puis avec la toison ils se hâtèrent de réembarquer, sans bruits et en amenant le petit frère Apsyrtos. Lorsque les poursuivants montés sur une galère de course se raprochèrent, Médée ne fit ni une ni deux, et découpant son frère en jeta les morceaux à la mer, le temps de tous les récupérer, l’Argo état loin malgré les protestations de sa conscience en bois, qui demanda une purification de cette meurtrière pour continuer à naviguer.
De retour au port,une mauvaise nouvelle attendait les Argonautes. Ce malfaisant de Pélias avait trucidé toute la famille de Jason pour rester souverain incontesté.
Encore une fois Médée alla ramasser des herbes pour préparer une mixture cuisant dans un grand chaudron, elle y plongea un bélier âgé qui en ressortit comme un sous neuf ! Puis, elle suggéra aux filles du roi d’en faire autant pour leur vieux père. Cela lui ferait une surprise, surtout avec des herbes sans aucun pouvoir que leur donna cette magicienne herboriste hors pair mais un peu méphistophélique.
Seul, Acastre le tout jeune fils de Pélias ira pleurer la cuisson de son père dans les bras de Jason.
Ému, s’estimant responsable de cet homicide, ce héros se retira sur Corinthe.
Pendant une dizaine d’années, il profita de son exil, fabriqua deux enfants, et …..céda au démon de midi en abandonnant sa famille pour épouser Creuse fille de Créons.
Erreur fatale ! Quand on a une femme comme Médée, il est fou de vouloir s’en séparer même si parfois elle pousse le bouchon un peu loin. .
Sa réaction fut immédiate, elle offrit une robe à la mariée. Malheureusement cette robe s’enflamma et Creuse disparue en fumée.
Les méchantes langues assurent que le Palais brûla entièrement.
Dans sa folie elle tua aussi ses enfants et s’envola sur le char du Soleil,avec sa complicité.
Jason esseulé, bourré de remords, monta enfin sur son trône avec l’aide de son ami Pélée et un jour qu’il se reposait à l’ombre de son Argo décrépi, une pièce en bois se détacha de la proue et le tua. Il y avait longtemps qu’elle ne parlait plus.

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