Émotions

Émotions

Au fil des ans de nos vies, nous éprouvons des émotions diverses et je me suis demandé ce qui provoquait chez moi ce sentiment fort qui parfois amène des larmes dans les yeux.
Je ne veux pas parler des misères de tous les jours, celles qui jalonnent le quotidien et qui parfois font douter les croyants de la bonté d’un Dieu, je ne veux pas parler des guerres pour un pouvoir illusoire qui détruisent l’humanité ! Cela est trop triste .
Non je veux parler de la joie intime éprouvée en nous-même, lorsque nos sens sont sollicités dans le beau. Un coucher ou un lever du soleil en mer ou montagne nous rappellent cette pérénité de la vie, cette vie qui meurt dans une symphonie de couleurs pour nous laisser les hôtes de la nuit qui adoucit les inquiétudes de l’homme  » ce puits d’inquiétude  » ou les ravive, faisant taire les bruits de nos agitations dans le silence des ténèbres, et ces matins triomphants, vainqueurs de la mort apparente et de nos peurs ancestrales. Des instants brefs qui font entrevoir à notre conscience une très faible idée de l’éternité, qui se renouvellent depuis des temps immémoriaux, depuis la première lumière de notre premier monde, de notre première émotion humaine.
Les tableaux de maîtres me laissent muet dans la splendeur de leurs perfections, et là, le talent m’émeut car c’est une grâce que certains ont en eux, inexplicable pour moi, unique, où la main obéit au moindre souffle de l’esprit. Le talent qui nous amène à l’admiration du génie de l’humanité émergeant de nos lâchetés, de notre bêtise, un triomphe de notre spiritualité sur l’ignorance. Une revanche de la virtuosité du geste.
La musique est elle aussi une source profonde d’émotions. Les musiciens sont comme les poètes. Ils font avec sept notes une symphonie qui nous fait vibrer intimement. Je ne peux écouter Mozart et son concerto de clarinette sans communier avec l’interprète ainsi qu’avec l’orchestre symphonique dont la science et l’unité me transporte de joies intimes et d’étonnemant. Il en est de même avec certains airs d’opéras et de la prouesse surprenante de ses interprètes souvent prestigieux. La question pourquoi certaines combinaisons de sons font résonner en nous l’émotion et pas d’autres ? Cette Mimi de Puccini va peu à la messe mais m’ enchante et fait vibrer en moi une lamelle de l’harmonica de ma jeunesse.
Pourquoi j’aime Vilon à la recherche des neiges d’antan, Ronsard, le soir à la chandelle, Péguy et les adieux de Jeanne à sa Meuse endormeuse et ces dizaines de jongleurs de mots qui nous ravissent et nous bercent, dans la mélodie de leurs rimes que je me récite avec cette voix intérieure que nous écoutons tous, et dont nous sommes les seuls à entendre. Est-elle notre Jiminy Cricket de notre conscience ?Et puis et puis,les larmes d’un athlète en écoutant un hymne national durant lequel défilent ses sacrifices, ses peines, ses espérances dans le kaléidoscope rapide de sa vie et de sa victoire….
Ce midi, j’aide à la préparation du repas en coupant un concombre en tranches quand mon arriéré petite-fille trottine vers moi. Je lui offre une de ces fines rondelles qu’elle mâchouille toujours avec délice. En la prenant, elle qui ne parle encore que rarement, me regarde avec le sourire de ses deux ans et murmure : i an per. Je suis bouleversé de ce merci, il est vrai que nous autres les vieux avons développé une sensibilité hors du commun,sinon pourquoi mes lunettes se sont-elles embuées ?

2 Comments

  1. Répondre
    granpgranp 27 juillet 2013

    S

  2. Répondre
    vassillia chagourine 23 septembre 2013

    Je lis toujours vos textes avec un plaisir immense et surtout beaucoup d’émotion…………quel hommage sublime à la sensibilité de l’homme et à son humanité, quel sublime hommage à ces petits plaisirs sensoriels procurés par la poésie, la peinture , toute l’âme de l’individu et qui nous permet de ne point douter de son génie comme de la beauté de la vie . Vous possédez vous cet art inimitable de décrire les profondeurs de votre âme avec talent, pudeur ,et les larmes me viennent aux yeux à la lecture de ces lignes jetées comme des confidences qui sont littérature sous votre plume .
    Chapeau bas Monsieur Henri …..

    Vassillia

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