Une hirondelle.

hirondelle
Je pris mon Hirondelle ( c’est  ainsi que j’appelle mon vélo car  acheté avant la guerre, à la Manufacture de St- Etienne, une entreprise sérieuse qui fabriquait tout ce dont on pouvait avoir besoin dans la vie ou ailleurs ) et je partis faire mon marché comme tous les mercredis au matin avant de passer voir mon boucher, un  vieil ami qui me met en boîte en disant : ton Hirondelle ne fait pas le printemps, mais mon saucisson Le Printemps fait 110 rondelles. Une plaisanterie vieille comme mes robes.
                   Ma rue est en forte pente et je n’eus pas besoin de pédaler pour prendre de la vitesse….même un peu trop car en voulant me  ralentir,le câble du frein arrière se cassa. Inutile de compter sur celui de l’avant,les tampons en caoutchouc avaient rendu l’âme depuis belle lurette.
Dans le virage à gauche, à mi parcours,je compris que la négociation  était impossible même en essayant de racler le sol avec mes semelles déjà usées, il ne me restait  qu’une option, entrer dans le commissariat de police qui est juste dans le virage, et dont la porte était grande ouverte. Et hop !
Mon arrivée impromptue et son arrêt  brutal contre le comptoir provoqua un reflex de panique de la part des deux  policiers de garde  qui bondirent sur moi, immobilisèrent mes mains avec des menottes, m’extirpèrent de mon Hirondelle, me mirent à plat ventre avec une dextérité exemplaire prouvant un entraînement quotidien.
Je ne pus que bafouiller des excuses arguant que mes freins…..
Ils n’écoutèrent pas et après s’être assuré que je n’avais pas une ceinture d’explosifs autour des reins, me demandèrent mes papiers.
Des papiers !? Dans ma hâte de partir, je les avait oubliés. De plus ils venaient de ma fouiller de fond en comble. La question me parue superflue !
Ce cas rare à leurs yeux nécessitait un séjour dans la cage, le temps que les idées et frayeurs se calment. Ils me  demandèrent de quitter mes chaussures, une mesure de sécurité empêchant les évasions ! Nous y étions trois malgré l’heure matinale,à réfléchir dans cette boîte grillagée. Une rescapée de la nuit qui exigeait d’aller aux toilettes, à cor et à cri pour faire pipi et se heurtait à l’indifférence du brigadier de service occupé à trier des P.V,et dans un coin,un barbu chevelu qui s’efforçait de coincer la bulle calmement, appuyé sur le bas flan,un drôle d’oiseau.
La rescapée commença à soulever sa robe et à s’accroupir pour mettre ses menaces à exécution. Le jeune stagiaire écarquilla  de grands yeux et devançant l’intention, ouvrit la porte pour l’accompagner aux toilettes. Il n’eut pas le temps de dire ouf.
L’endormi barbu bondit comme un tigre, se précipita dehors,le poussa dedans,ferma la porte, bouscula le brigadier  qui s’effondra sous le comptoir,et disparu par la porte toujours ouverte.
Revenus de leur surprise, ils ne purent que se rendre à l’évidence…..le barbu  fuyait sur mon Hirondelle empruntée au passage.
La rescapée avait trouvé les toilettes en habituée et revenait le sourire aux lèvres. Appels radio frénétiques à la patrouille pour rechercher  un barbu monté  sur un vélo volé, les pieds nus. Enfin les pieds nus la chose n’était pas certaine car lorsqu’ils se décidèrent à me relaxer faute de preuves flagrantes, je ne pus retrouver  mes chaussures. La colère commença à me gagner en me mettant les nerfs en pelote et je décidai de porter plainte pour vol de mon hirondelle et de mes baskets. Mais comment déposer plainte sans identité. Ils me mirent dehors en ma conseillant de revenir avec mon pédigrè. C’est alors que la voiture de patrouille arriva avec mon vélo accroché au hayon arrière.
Je remarquais immédiatement que la roue avant était voilée, pendant que les deux patrouilleurs faisait sortir, menotté dans le dos, le chevelu  barbu avec un pansement sur la tête. Ils le firent entrer manu militaris dans le commissariat  et je remarquais là aussi, qu’il portait mes chaussures. En fuyant à fond de cale,il n’avait pu s’arrêter bien sûr, et avait percutè la voiture de police à sa recherche en se fendant un peu le front. Les explications furent longues, confuses,car le prévenu ne parlait pas français mais un sabir inintelligible, véhément. Je réclamais à mon tour mes chaussures, des dommages pour l’Hirondelle à tel point que, de guerre lasse d’entendre ce pataquès ils nous remirent dans la cage. La rescapée qui jusque là n’avait rien dit demanda à sortir de cette histoire car elle vraiment. était la preuve évidente de l’erreur justicière et de l’abu de pouvoir flagrant d’une police débordée incapable de surveiller ses prisonniers et d’écouter les honnêtes gens dans leurs plaintes légitimes ils entendraient parler d’elle car elle avait des relations et  haussa tellement le ton dans les aigüs qu’ils  résolurent d’élargir ce moulin à paroles  pour ne plus supporter ses jérémiades de mégère, après tout un peu de vagabondage nocturne n’est pas crime.
Avant de lui ouvrir cette boîte à Pandore ils se mirent tous les quatre devant la porte en surveillent le barbu chevelu qui avait l’air un peu crispé quand un hurlement de freins suivi d’un choc de carrosseries nous figea sur place.
Deux hommes masqués par des têtes de stroumpfes, arme au poing, firent irruption surprise et, refermant la porte, menaçèrent les représentants de l’ordre établi qui en restèrent ébahis, comme des ronds de flanc, les  désarmèrent avec dextérité et nous renfermèrent tous dans la cage.en deux temps trois mouvements.
– Les gars, c’est un hold up. Lança le Farceur d’un air jovial.
La porte s’ouvrit et un homme en blouse blanche n’eut que le temps de demander s’il y avait des blessés dans l’accident avant d’être embastillé avec nous. Ce bon Samaritain était le docteur d’à côté.
Puis le téléphone qui s’était tenu coi crut bon de solliciter notre attention. Après avoir écouté, stroumpfe farceur répondit un bref     » Nous arrivons.  » et raccrocha en éclatant de rire.
– Vous détenez un petit colis à nous depuis hier au soir, nous venons le chercher, ne perdons pas de temps !
annonça le vieux Stroumpfe.
Un couple âgé se présenta à son tour avec une demande pour des cartes d’identités. Ils eurent beaucoup de mal à comprendre pourquoi ils étaient invités, comme les autre, à nous rejoindre dans la cage. Le téléphone recommença à sonner avant d’être violemment interrompu par le plus vieux…..Clic clac.
– Alors oû est ce colis ?
– Nous n’étions pas de service hier, cherchez aux objets.trouvés.  répondit le brigadier plein de bonne volonté réticente, nous ne sommes pas au courant
– Oû ?
– L’armoire,dans la pièce à côté.
Le téléphone se remit à sonner et ses fils arrachés le calmèrent aussitôt.
L’armoire ne semblait pas  vouloir livrer ses secret de gaité de coeur mais un traitement à base de coups sourds et violents la persuadèrent.
– un seul parapluie à l’intérieur. Pas de colis.cria stroumpfe farceur en continuant ses recherches.
                     C’est alors que deux autres individus firent irruption sans crier gare, sans bruit, avec des masques de Donald et de Mickey, revolvers braqués. Voyant la place déjà occupée ils  n’hésitèrent pas une seconde et tombèrent à bras racornis  sur le vieux stroumpfe  avant qu’il réfléchisse, et le mirent au goulpe dans un état commateux. Nous commencions à jouer les sardines et le questionnaire recommença :
– Où est le paquet  que vous nous avez pris hier au soir ?
Il n’entendit jamais la réponse  assommé par un coup de crosse sur la tête assumé par le farceur revenu sur la pointe des pieds, en douce, de la pièce d’à coté.  Donald stupéfait de voir cet autre stroumpfe, se laissa dépouiller et eu droit à notre régime de sardines. L’assommé, inanimé,fut trimballé sur le carreau à coté du chevelu barbu qui ricanait.
Quatorze personnes, cela devenait  déprimant, mais seule une dizaine émettaient des sons  car les autres étaient soit dans les vaps soit muettes de stupeur étonnée ou comme moi inquiet pour mon vélo laissé dehors.
Il s’avéra que Donald avait l’intention de rester seul sur l’affaire, il n’était pas utile de sortie de Saint-Cyr pour deviner ses intentions, le colis devait valoir son pesant de cacahouètes.         .Il entrepris une fouille systématique des lieux malgré une pluies d’injures venant des sardines frustrées qui le voué aux gémonies.
Enfin un eurêka  de victoire…… Voilà le colis. Eh bien Messieursdames  je vous laisse, sans regrets, les affaires sont les affaires.
– On te retrouvera et alors…..
– Ne nous laissez pas la dedans.
– Tu es un homme mort
Même le chevelu barbu imprécationnait avec son turban. La rescapée demanda avec insistance à allez faire un tour aux toilettes mais le vainqueur enveloppa son butin dans un bout de journal et d’un air martial ouvrit la porte et se trouva nez â nez avec six policiers casqués, bottés, gilet pare balles, armement complet qui s’apprêtaient à rentrer en force.
Il recula, étonné et fut emballé,délesté de son revolver et de son colis puis invité à rejoindre notre cohorte en attendant que le commissaire arrive.
                     Sans réponses du commissariat au bigophone, ni de la patrouille, la préfecture, méfiante sur ce qui se passe partout, avait jugé bon de déployer des forces devant ce silence et une brève reconnaissance montrant la voiture de patrouille en accordéon fatigué, en sandwich entre un 4 X 4 et le mur.
Les explications mirent un certain temps à s’éclaircir car le chevelu barbu y alla de son sabir ce qui ne contribua en rien à éclaircir le débat. Cela devint du  Clochemerle surtout quand il fallu séparer le bon grain de l’ivraie.
Le brigadier et le stagiaire  essayèrent de remonter l’historique,
Pour expliquer la présence de quatorze personnes dans ce pétrin ils évoquèrent mon arrivée en Hirondelle. Là, les yeux me fixèrent avec intérêt jusqu’à ce qu’ils comprennent que j’avais favorisé la fuite du prisonnier avec …un vélo et non un volatile.
J’écopai d’une amende pour conduite d’un engin dangereux sur la voie publique, et d’une amende pour défaut de papiers d’identité.
La nuit tombait, moi aussi mais de fatigue.

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