Posts By granpgranp

Glace vanille

Glace vanille.
Vers mes sept ans, je m’enrhumais souvent, et toussotais comme beaucoup de mes congénères, je suppose. Mon teint faisait plus dans la pâleur que dans le rubicond, le verdict attribuait aux vers cet état. Ce petit doit avoir des vers disait-on. Les vers me valaient un remède inédit venant des grand-mères, et un remède scientifique venait de la Pharmacie. Le premier me faisait ingurgiter un mélange des cinq cuillères, une de lait, une de vin, une de sucre, une de vinaigre et une d’huile d’olive. Bien touillées, j’ouvrais la bouche le soir avant de me coucher. Je n’ai jamais trouvé mention de cette thérapie nulle part.
Présenté dans une petite bouteille très mince, à col allongé, le Chiarini, sirop vermifuge réputé ( il existe toujours,) avait bon goût. Quant à son efficacité pour mes vers….
il faut dire aussi que la purge mensuelle du jeudi, à l’huile de ricin, se révélait plus …concluante. La cuillère du réveil était suivie du bol de café au lait. Pour l’hiver, j’étais paré avec cette délicieuse huile de foi de morue, souveraine mais non raffinée ! Elle donnait son goût et odeur au petit déjeuner. La bouteille trouvait asile sur la fenêtre, dehors .
Nous avions un jeune docteur qui prenant la succession de son père, conseilla à mes parents de venir le voir à l’entrée des vacances.
Il habitait tout près de chez nous, sur l’Avenus de la gare d’Istres.
Au jour dit, je me trouvais coincé entre les genoux de cet homme de l’art pendant qu’un de ses acolyte m’entortillait d’un drap. Ouvre la bouche ! C’était bien la seule chose que je pouvais ouvrir, ligaturé dans ce drap. En deux temps trois mouvements, un davier prit place, et une sensation de coupage de tissus dans la gorge. Sans que je le sache, on venait de me supprimer les amygdales et pour faire bon poids, les végétations. Des trucs inutiles à l’époque !! Un peu choqué, je rentrais à la maison et me couchais illico avec le conseil de sucer de la glace. A cette époque la glace était surtout une gourmandise de différents parfums, le principal étant la vanille. J’en fis une cure.

Un vol plané

  • Un vol plané.
    Un documentaire sur la Garonne et sa réunion avec sa sœur la Gironde vient de raviver en moi le souvenir du Bec d’Ambès,
    En 1954 j’étais mécanicien radio sur la Base d’Avord. Une grande Base qui formait des pilotes aux bimoteurs, des navigateurs et des radio-navigants. Nos Dassault 311/12/15 passaient épisodiquement chez la maison mère à Bordeaux, pour y subir des révisions ou des modificationS.
    Le 18 janvier je fus désigné pour accompagner le Chef mécanicien afin d’aller chercher à Mérignac, deux de nos avions sortant de modifications. C’était un plaisir de prendre contact avec cette usine Dassault, et surtout d’être invité à dîner . Cela nous changeait agréablement de notre Mess !
    Le nº195, en exercice de navigation, nous déposa à Mérignac avec un autre équipage. Nous ramenerions les 312 nº 200 et 207.
    La prise en compte des lots de rechanges, de l’outillage spécifique, d’une boîte remplie de graisse, des notices et documentations, exigeait l’oeil du Chef mécanicien. Moi, j’étais là pour équiper l’émetteur-récepteur VHF des fréquences radio nécessaires à la navigation. Je mettais les Quartz et procédais aux réglages.
    Les Quartz étaient le cœur des transmissions radio. De la taille d’un morceau de sucre muni de deux fiches de branchement, ils donnaient, chacun d’eux, une fréquence particulière, stable et précise. Basée sur sa piézoélectricité, ce minéral cristallisant en de superbes cristaux en forme d‘aiguilles, a pris dans notre vie courante une place de choix.A cette époque,les * Quartz * faisaient l’objet d’une attention très particulière, héritée de la guerre, et du secret des communications. Bien sûr, de nos jours tout est synthétique.
    Vers 14 heures, notre capitaine chef de bord, décida de partir le premier. Avec le chef mécano nous embarquâmes sur le 200. En monter rapide,je calais le Radio-Compas sur l’Emetteur d’Allouis. J’avais pris place sur le siège du Radio-navigant, derrière les sièges pilote et co-pilote.
    Cet Émetteur ( 162 KHz / 2000 kw) arrosait l’Europe et, situé au centre de la France, près d’Avord,ramenait tous les avions à la Base, en …musique !
    Arrivé en vue du Bec d’Ambès, la température du moteur gauche nécessita son arrêt. Suivi immédiatement d’un demi tour, hélice en drapeau. Posé normal, un tracteur aérodrome vint nous chercher pour nous ramener près des hangars.
    Explications , palabres…. notre capitaine, pressé de rentrer, décida de prendre le 207 qui était prêt, le deuxième équipage ramènerait le 200, après dépannage. .
    J’allais récupérer mon parachute, mes écouteurs, ma trousse à outils et grimpais dans le 207 dont le moteur gauche tournait déjà. Je rentrais la petite échelle, verrouillais la porte et gagnais le premier siège de droite, près de l’aérateur et de la boite de mélange, où je me connectais. Je bouclais la ceinture et nous fûmes en l’air,. Un tour de piste et direction le bercail. Tout semblait parfait.
    Arrivé à la verticale du Bec d’Ambès, un changement de régime me tira de la contemplation de cette immense étendue d’eau, constituée par la Garonne et la Dordogn réunies. Nous faisions demi-tour, l’hélice du gauche en drapeau. Le mème scénario se reproduisait, mais en plus inquiétant. Si la température de ce moteur avait brusquement atteint des limites dangereuses pour sa survie, nécessitant son arrêt, celle du droit atteignait elle aussi la zone dangereuse. Le pilote le coupa lui aussi. Pendant quelques longs instants le silence, et cette sensation de s’enfoncer. Seul le sifflement du vent dans les antennes…
    Le vol monomoteur était enseigné dans cette école de transformation, mais pas le vol à voile. Le chef mécano jugea que le gauche pouvait repartir et la descente s’arrêta avec le ronronnement. Mais sa température remonta, et ce fut une alternance entre le chaud et le froid, des changements de moteurs pendant de longues minutes. Puis enfin la piste apparue droit devant nous. La Tour avait alerté pompiers et ambulance et au posé des roues, ils suivirent de près la fumée noire sortant des pipes d’échappements. Tout le monde nous attendait, et un mécano déclara que j’avais la Baraka. Je n’étais pas le seul!. Repalabres, avec des mécanos consternés.
    Il était l’heure de débrayer pour les ouvriers Dassault. Une navette nous accompagna sur la Base Aérienne qui nous prit en charge. Une chambre spartiate après une distribution de draps/ couvertures par un permanent, et ce fut l’heure du repas.
    Un mess, le soir, est fréquenté par les célibataires ou gens de services. Je me retrouvais avec le Chef mécanicien et autre passager qui revenait d ‘Algérie. Peu de sujets de conversations, chacun semblait réflėchir in petot dans la morosité de la grande salle à manger. Les serveurs étaient véloces, pressés d’en finir. Notre ticket de repas nous donna droit à un repas très acceptable . Il n’en était pas de mème de certains mess, tout dépendait de la gérence, des cuisiniers, des crédits… Certains étaient renommés,comme celui de Boufarik en Algérie, en 63/64.
    Nous nous sommes réfugiés au bar autour d’un café. Peu de monde. Deux jeunes sergents se disputaient un ballon de foot avec des manettes fébrîles, et un groupe d’aficionados se concentrait autour d’une partie de tarots. Ce jeu absolument nébuleux pour moi, avait un certain succès. Mon éducation en matière de jeux de cartes se résumait à Bataille, autant dire insuffisante.
    L’ennui nous fit regagner nos pénates. Je raflais un Sud-Ouest abandonné sur une table, la lecture m’était neccessaire pour m’endormir.
    En 1949 , j’avais acheté dans une librairie d ‘Auxerre, un petit livre, et le vendeur avait emballé mon achat dans une demie page du journal local.
    Le soir, prenant connaissance des nouvelles, j’étais tombé sur un entrefilet relatant un accident sur un passage à niveau. C’est ainsi que j’avais appris la mort de mes deux cousins côté maternel, deux frères transporteurs à Rive de Gier . De quoi s’interroger sur le hasard, ou une forme de communication ésotérique car je ne lisais jamais aucun journal. Pour moi, le hasard était grand, très grand.
    Je fis mon lit à la va-vite, me lavais sommairement en utilisant un coin de drap comme serviette. Cette situation n’était pas nouvelle, bien qu’arrivant rarement.
    Au matin nous nous retrouvâmes au mess devant un bol de café dans une atmosphère post sommeil, avant de rejoindre les hangars de Dassault par la mème navette. Nos deux MD 312 étaient prêts à faire feu, côte à côte, expression un peu osée !
    Des explications furent données, par un aréopage de spécialistes. Les moteurs n’ayant pas tourné depuis des jours nécessaires aux modificatins, le pilote avait reçu conseil de faire un tour de piste, avant de mettre le cap sur Avord.
    La calamine, dépôt charbonneux de combustion, accrochée aux cylindres avait mis plus de trente minutes pour se détacher et venir obturer les filtres à huile. Or vous savez que l’huile est l’âme de la mécanique.
    Nous rentrâmes en vol de groupe, une formation rare mais qui permettait d’admirer cet avion frère survolant le fameux Bec d’ Ambès en toute quiétude, dans un ronronnement de nos 12S lubrifiés.
    L’aiguille du Radio-compas oscillait doucement vers la maison.

Réminiscences

Réminiscence.

Toi ma fille ô ma sagesse
Ton petit corps vif et doré
Se dérobe à ma caresse
Et s’enfuit pour être ignoré

Tu sens le lait ô ma paresse
Tous les matins dans tes baisers
A ce moment là rien ne presse
Pourquoi donc se débarbouiller

Et le soir ô mon allégresse
Quand tu t’endors sur mes genoux
En me chuchotant ta tendresse
Comme tes deux bras me sont doux

Tu partiras ô ma détresse
Un soir d’été en emportant
Ma joie ma vie et ma jeunesse
Le sourire de tes vingt ans

Quand les grands étaient petits

Vacances

Ce matin, premier jour des vacances de la Toussaint. Thomas arrive nonchalant, tête baissée, les pouces agités spasmodiquement sur une Game Boy qui ne le quittera pas de la matinée, sauf pour faire quelque devoir sur des opérations. Louise trotte sur ses chaussures neuves qui « font courir vite comme un cheval ». Elle semble très en forme et tient sa petite chatte serrée contre elle pas les pattes avants.
Une belle journée pluvieuse commence.
Ils suçotent d’abord quelques olives noires dénoyautées pendant que je découpe, en fines lamelles, un reste de la baguette de la veille. Frottées d’ail et de trois gouttes d’huile d’olive, elles constituent une gourmandise depuis qu’ils savent que ma grand-mère,quand j’étais petit me faisait les mêmes
En quelques minutes, arrosé d’eau qui pique,nom plus
évocateur de la limonade, tout est dévoré.
Thomas réagite ses pouces. Elle, essaie de faire boire du lait à la chatte, qui n’en veut pas, et qui d’un œil surveille le réfrigérateur au cas ou il s’ouvrirait, et de l’autre me supplie d’occuper cette quinquennaire à d’autres jeux. À tout hasard je lance :
– Et si tu peignais ?
-Ouiii ! cri strident d’approbation. Je fais un drapeau. »
Un peu étonné de ce choix, je cherche dans le dico la planche qui va bien mais, dédaignant de jeter un regard sur cette profusion de bannières colorées, elle veut faire « Français, une bande bleue, la feuille, une bande rouge ».
Super, vive la simplicité. Je range mon encyclopédie.
-Va chercher une feuille blanche.
Elle part au galop et revient illico après avoir sorti d’un tiroir du secrétaire, réservé à son usage, une poignée de feuilles.»
La voilà installée sur la table de la cuisine, sur un journal de précaution, un tube de bleu, un tube de rouge, un pinceau étique (elle les ronge) un peu d’eau et avant que je réagisse, la moitié de bleu est sortie prendre l’air ! Enfin vu la grandeur de l’oeuvre et la taille de l’outil, elle en a pour un moment. J’en profite pour aller ramasser une brassée de feuilles éparpillées par terre, la clé du tiroir tombée sous le radiateur, et une étonnante feuille d’endive, sur le buffet, dont la provenance m’échappe totalement. Je m’affale dans un fauteuil pour réfléchir à la suite des opérations. Tiens, mon stylo à disparu et la bonbonnière en a perdu son couvercle d’émotion.
Quand, la revoilà, toute bleue mais pleine d’énergie pour « faire du rouge ». Je prépare le deuxième acte pendant que son frère l’appelle pour lui demander d’un air inquisiteur :
« -Tu es sure que tu n’as rien à faire ? »
Silence, agitation modérée côté véranda.
Un peu plus tard je trouverai mon stylo auprès d’un cahier où elle devait recopier des ‘le’ et des ‘la’. Un seul ‘le’ tourmenté témoignera de ses efforts acharnés pour maîtriser l’écriture.
Je change la page détrempée du journal protecteur, rince le poil du pinceau, mets un petit pois de rouge dans un bouchon de bouteille de lait et… elle n’est plus là !
Je la retrouve couchée sur un lit, essayant de ronronner avec la chatte qui a réussi, en nous faussant compagnie, à s’immiscer entre le drap et la couverture. Je ramène tout ce monde à la cuisine, la chatte alléchée pas le voyage qu’elle estime gratifiant en friskies, Louise que j’atèle au drapeau.
« -Grand-père, il faut un bâton pour l’agiter. »
Ben oui ! où avais-je la tête. Je vais au jardin choisir un rejet du noisetier, que j’épluche en revenant. Le drapeau est noyé. Elle peint avec le manche du pinceau dont le poil est parti et elle rechigne à la tache.
Pour résoudre le problème, je lui coupe subrepticement une petite mèche de cheveux (sans aucun dommage, elle en a tellement) que je ligature avec du fil à coudre sur le manche, aminci au cutter. Je fignole la pointe de ce petit pinceau couleur des blés pendant qu’elle s’éclipse à toute allure, le pantalon déjà baissé sur une petite culotte blanche, pour aller faire pipi.
Cela dure…dure. Je m’inquiète car dérouler le papier toilette la fascine. Je rembobine. Inutile d’actionner la chasse, tout le réservoir y est déjà passé deux fois.
L’œuvre nationale terminée d’apparente à du Picasso, un tantinet informe. Sur une cacophonie d’un dessin animé où l’on ne voit que des bouches vociférantes, elle m’informe :
« -Il faut que ça cesse ! »
Séchons, séchons, d’autant que sa grand-mère l’embauche pour râper du fromage et mouliner la purée de midi.
Je pars à la recherche de la chatte qui a disparu sur la pointe des pattes, encore une fois. Elle fait preuve d’une suite dans les idées remarquable. La voici vautrée sur le couvre-lit, les paupières obstinément baissées malgré mes rappels à l’ordre.
Thomas a abandonné (enfin ou hélas) sa Game Boy, la chatte n’a aucune chance. Elle est aussitôt saisie pas des pouces habitués aux efforts et trimballées, pliée en deux, à la cuisine où la table se met avec des craintes pour la manière désinvolte de manipuler les assiettes et les verres rescapés des bandes dessinées de Lucky Luke.
Des cris « moi je suis là » « Non, MOI ». Diplomatie subtile, le temps de se laver les mains et de les laisser se servir de cette délicieuse purée faite par Louise, accompagnée d’une escalope.
Maniement du couteau à l’envers… tout baigne… pas longtemps car les repas sont une perte de temps. Vite un ‘Super Mamie chocolaté’, ingurgité en trois coup de louche, malgré nos exhortations à la dégustation, et nous reprenons le fil des activités.
Elle me demande un journal pour découper. Bonne idée. En voilà justement un qui passe, plein de pages, complet, et une paire de ciseaux immense, à bouts ronds.
Elle s’affaire assise pas terre et son frère, allongé sur le tapis à son coté, a repris une agitation digitale, le ventre en l’air avec accompagnement de musique métallique lancinante. Ouf ! Cool !
Je prends les informations tout en préparant un petit Nescaf. Soudain, elle surgit derrière moi affublée d’un vieux collant dont les jambes lui font deux nattes qu’elle agite, ravie de ressembles à une sorcière « aloven »
« -Grand-père, je peux avoir un café ? »
Sa voix est déformée par le tissus qui lui comprime les lèvres.
Recasserole. Resucre. Retasse et la voilà en train de siroter son lait teinté. Moment convivial, bien que ce ne soit pas simple, avec ce truc sur le visage, de parler et de boire. Mais elle extirpe, par enchantement, une paille coudée de derrière son balai et ça marche. Trop vite même car elle s’éclipse pendant que je range les ustensiles, au passage, la télécommande s’en va pour aller grossir la masse des objets égarés mais… j’ai l’œil !
Encore quelques bribes d’informations avant que j’entende le silence. Que se passe-t-il ? Je trouve une statue de la désolation, en train de baigner sa main droite dans une cuvette d’eau chaude, additionnée de Javel, pour faire ‘mûrir’ une épine dans son doigt, récoltée Dieu sait comment. La recette est de sa Grand-mère qui à trouvé une astuce pour la stabiliser.
Je repars tranquille. Soudain un cri perçant nous fait sursauter la chatte et moi. Pleurs, gémissements, impossible d’en comprendre la raison, balbutiée avec force dans les larmes et les hoquets.
Et puis le choc ! Son doudou a disparu (lui aussi). Alors là, c’est l’apocalypse, elle ne sait jamais où elle abandonne ce fichu carré d’écharpe. Nous cherchons fébrilement (sauf elle). Évidemment il est par terre, sous ses pieds. Rassurée, elle retourne à son bain de main où une minuscule rougeur vient d’apparaître avec défense de l’éxaminer..
Je regagne le refauteuil pour réfléchir au calme. Thomas a profité d’un rayon de soleil pour filer dehors.
Je la retrouve étendue sur le tapis à malaxer fébrilement son doudou refuge en suçant son pouce, le regard dans le spleen, un peu indolente. Je m’assieds près de cette petite sorcière édentée, aux yeux d’azur. Serait-ce la minute de grâce ? Des petits bisous mitrailleuse sur son front pour m’assurer de la chose et… le charme s’envole avec les notes du carillon de l’entrée. D’un bond, elle est à la porte pour accueillir les jumeaux, un garçon et une fille, qui viennent aux nouvelles. Une cabane se construit depuis quelques jours au fond du jardin avec des boîtes en carton et du plastique. Thomas y est déjà. Vite les bottes, le ‘Kavoué’, le drapeau, le doudou, un petit Tic Tac pour la route et ils dévalent l’escalier.
Je cherche des chaussures pour les accompagner mais impossible de mettre le pied dessus. Elles sont toutes emballées séparément dans les pages du journal, en paquets cadeaux et sont empilées dans un coin, en compagnie de tous les petits pots de la salle de bain, bien rangés dans un sac en plastique.
Tant pis, j’irai demain… s’il fait beau ! Après tout c’est l’heure d’un peu de repos et la chatte dort dans le fauteuil les quatre pattes en l’air alors… Je vais la rejoindre.

Acétylène

L ‘ acétyléne

J’ai toujours aimé bricoler. Ce terme un peu réducteur, désigne un penchant à se servir de ses mains pour réparer, transformer à l’aide d’outils. L’efficacité était souvent nulle, mais les moyens dont je disposais pour arriver au génie étaient quasiment inexistants. La guerre ne faisait qu’empirer les chose, mais pas mes idées.
Mon livre de Chimie de cinquième m’avait ouvert les yeux sur les propriétés de l’acétylène, ce gaz mystérieux utilisé dans les lampes à lueurs vives, éblouissantes.
L’hiver, habitant en bordure de l’étang de l’Olivier,qui jouxte celui de Berre, mon père tentait de pêcher le muge, de nuit…. je dis tentait. Le pourtour de l’étang s’illuminait la nuit tombée, de ces lampes au carbure pour pêcher ce poisson très estimé. Il avait la partucularité de vivre en eau douce et en eau salée et d’être attiré par la lumière, un défaut mortel pour lui..
Un moment de détente, pratiqué par tous, avec plus ou moins de bonheur. Armé d’une fouïne, sorte de trident à long manche comme Neptune, la ficelle en plus pour ne pas la perdre, le jeu était d’arponner ce poisson curieux, attiré par le cercle de lumière d’une lampe à carbure, braquée dans l’eau. L espoir pouvait durer uné soirée, dans le froid, l’habilité faisait le reste.
Emmitouflé dans ma pèlerine, mon béret enfoncé sur le crâne,il m’arrivait d’être le porteur de cette loupiotte qui empestait le carbure, une odeur écœurante et tenace. Le choix de la place était important, légèrement surélevée pour voir arriver la victime, la lampe au raz de l’eau je braquais le flux lumineux le cœur plein d’attente. Une attente ancestrale je suppose. Je ne priais pas Saint Pierre par méconnaissence de ses capacités à aider les pêcheurs,je faisais plus confiance aux petites boulettes de mie de pain, que je lançais comme appâts supplémentaires. Vous dire à quoi pensait un gamin de 10 ans, tenant une lampe tentatrice, dans le froid d’un bord d’étang, de nuit, ne m’a pas laissé de souvenirs, à part l’espoir de voir surgir de l’ombre un mulet, autre nom plus connu de la proie.
Nous rentrions pour le souper, heure de la soupe vespérale. Le mot dîner était le repas de midi, le déjeuner, avec café au lait et pain trempé, celui du matin, enfin chez le peuple, avec un peu de beurre le dimanche, avec droit de….tramper !
Nous revenions quelquefois,avec un poisson percé de trous, comme Saint Sébastien de flèches. Le lendemain il avait droit à un court bouillon avec aïoli et pommes de terre, ou les jours fastes, au four avec vin blanc et citron. .
Les éclairages des vélocipèdes, absolument obligatoires comme les plaques de redevance, utilisaient ce type de lampe, après un cérémonial d’initié pour la recharger. J’étais un initié, expert dans le nettoyage de cette espèce de suie un peu grasse, et l’étanchéité du robinet d’eau à pointeau, qui s’entartrait
En lisant l’allégresse de ce gaz pour exploser avec un mélange ad-hoc d’oxygéne, je décidai de vérifier de visu.
Pour quelques monnaies, le quincailler tira d’une boite en fer étanche, quelques morceaux de carbure de calcium, sorte de cailloux grisâtres. Moi aussi j’avais prévu une petite boîte de pastilles vide. La moindre humidité était proscrite,car le carbure se délite en silence.
J’avais tout prévu. Une assiette et un pot de fleur en terre suffisaient. Un jeudi je posai l’assiette sur un muret avec un petit morceau de carbure et y renversai le pot dessus. La boite d’allumette en main, je versai un peu d’eau dans l’assiette et présentai la flamme devant le trou du fond du pot. Bien sûr l’explosion ne tarda pas. Le pot fut projeté en me rasant les moustaches et redescendit en se brisant en quelques morceaux. La leçon fut immédiatement suivie d’effets. Je ne pouvais sacrifier ces potiches pour la science. Il fut remplacé par une boite de conserve vide, préablement percée d’un trou et l’allumette de mise à feu remplacée par un morceau de bougie. Il suffisait d’allumer la bougie collée prés du trou, avant de verser de l’eau. La boite montait à 4/5 métrés. Mes groupies exultaient, moi aussi.
Ayant trouvé un morceau de tuyaux de chauffage central de 50 centimètres, plié en angle droit à une extrémité, et un vieux bidon d’huile moteur vide, je voulus améliorer la technique de tir.
Le Tuyau s’encastrait dans le bidon en forçant, un hasard prometteur. Une petite boite devant servir de projectile et de mise à feu, se fixait au bout de ce canon original.
Le dimanche il était de tradition de mettre ses beaux habits, de s’endimancher, surtout pour aller à la messe.
A cette époque, les gens « bien » s’y retrouvaient à la sortie, pour dire du mal des absents.
Un dimanche je passai à l’action. .le bidon chargé de carbure et d’eau, je boutai le feu à la bougie. Le résultat fut imprévu car le bidon explosa en projetant les composants un peu partout, et surtout sur mon beau pull. Une eau blanchâtre, à odeur éceurante, dont je fus félicité abondamment pour ses nouvelles couleurs. J’abandonnai ces cailloux du diable car un article sur les inventeurs de la poudre noire, les Chinois, vantait la beauté des feux d’artifices. Si le salpêtre ne posait aucune difficulté dans nos écuries désaffectées, il suffisait de racler les murs, le charbon de bois pulvérisé ne manquait pas, le soufre oui. Mais un jour….

Poste à galène

Vers mes 10 ans, mon frère m’avait initié à la construction de postes à galène. Ce truc incroyable qui permettait avec un casque d’écoute téléphonique, d’entendre de la musique, un petit morceau de sulfure de plomb, cristallisant dans une roche genre quartz suffisait.Il avait la propriété de se comporter en semi conducteur et donc en transformant les ondes radioélectriques, d’exciter les membranes d’un casque… Pouvu que le signal capté soit assez puissant. Ce qui était le cas à proximité immédiate des émetteurs locaux grandes ondes, émettant dans quelques villes.
L’âme de cet engin, qui ne nécessitait aucune source de tension, était une simple aiguille qui cherchait par tâtonnement sur la galène, un point de contact favorable à la détection. Une bobine de fil électrique émaillé, un condensateur, une antenne, complétaient la panoplie, avec des variantes plus axées, pour moi, sur l’empirisme que sur le savoir.
Marseille Réaltor était le seul émetteur audible à cette époque, dans la région. J’étais un fan, souvent déçu de ne rien entendre, mais l’espoir m’animait.
Tous les empiriques en sont là, l’espoir supplait le savoir.
Pour simplifier, il était possible avec un casque et un petit cristal de galène, de capter toutes ces onndes qui tournicotaient autour de nous. Pour des raisons de couches d’air fluctuantes, la nuit favorisait la réception.
Un jour, j’appris par un de mes condisciples, qu’une vieille dame venant de perdre son mari, vendait des affaires devenues inutiles dont un Poste à galène. J’avalais ma salive et je me précipitais à l’adresse toute proche de la Place aux Herbes. Une charmante grand-mère, un peu surprise de voir ce gamin en acheteur, me mena près de sa table de salle à manger où elle avait disposé les objets à vendre.
Mon sang ne fit qu’un tour en apercevant une énorme self bobinée et un casque d’écoute. Le modeste prix m’incita à saisir un coffret en bois verni,séduisant et fermant à clé, dans lequel des compas en cuivre et acier poli m’invitaient à les admirer. Et puis, trois cahiers d’écolier attirèrent ma curiosité. Ils étaient remplis de poèmes, d’une écriture régulière, dans une mise en page très soignée. Je n’avais pas, à cet âge. des dispositions particulières pour la poésie. Alors je ne sais ce qui me poussa à acheter ces trois cahiers. Une prémonition de l’avenir ? J’avais compris confusément que c’était l’âme du vieux monsieur, une passion d’une vie que j’emportais avec moi, pour la sauver.
Je n’avais que quelques francs en pièces de monnaie pour acquérir mes trésors. Mes seuls revenus venaient des rares cadeaux de Noël, où d’anniversaires.
Je lui demandais timidement si elle acceptait de me faire crédit pour le reliqua dû. Je me présentais….le nom était très connu de tous les vieux Uzètiens. Elle accepta, à mon grand soulagement.
Regagnant mes pénates. les yeux dans le rêve, j’osais demander un prêt de quelques centimes pour acquitter ma dette. Le fait surprit par sa rareté, mais la cause était bonne.
Le poste objet de mes désirs, magnifié par mon imagination, se révéla inutile en persistant dans son mutisme, seuls les écouteurs étaient un plus par leur fabrication soignée, et leur sensibilité. Cependant je n’abandonnais pas, et à la fin de l’été, j’avais construit un poste ondes courtes. Les voix étrangères du monde entier se bousculaient la nuit, dans un capharnaüm déconcertant. Mais le seul fait d’entendre ces voix venues des profondeurs de la nuit, me suffisait en me faisant prendre conscience que les ondes radioélectriques, ces mystérieuses ondes, étaient partout, comme un filet, autour de nous. Entendre Radio Brazzaville et la mention d’un général De Gaulle, mème un court instant, m’enthousiasmais hors du contexte politique. Pour moi, c’était l’exploit sur le plan technique uniquement.
Le coffret de compas me servit à tirer des cercles sur la planète. Après plus de 70 ans, des déménagements nombreux, des deuils, il est revenu près de moi.
Les objets peuvent-ils nous aimer ?
Je lui dois d’avoir conservé un petit mot glissé, à cette époque, sous son capitonnage de moire bleue : 1850 Vetraz. date et lieu de naissance de mon grand-père savoyard, mort en 1915. Une volonté précoce d’en savoir plus un jour et de ne pas oublier,sans aucun doute.
Ce petit mot, je l’ai redécouvert toujours dissimulé, en retrouvant mes compas dans les années 80 .Ce fut le déclic pour entreprendre des recherches généalogiques passionnantes. Un nom entre deux dates ne représente rien, par rapport à ce qu’il nous ouvre sur la vie des époques. Les testaments dictés à l’approche de la mort. Le don particulier d’une petite vigne à un aîné, pour le chagrin qu’il aura de sa disparition,les inventaires des pauvres biens d’une mère pour ne pas léser ses enfants, les contrats de mariages de ces jeunes couples, au tout début de leurs amours, sont des instants d’histoire, des photos écrites.
Et puis cette longue lignée des femmes, de ces donneuses de vie, transmise jusqu’à moi par des prénoms.
Je garde un regret très vif de ne plus avoir retrouvé ces trois cahiers de poémes. Ils n’avaient aucune valeur, exceptée celle que ce vieux Monsieur accordait à ce monde sensible, et celle éphémère, de mon ressenti d’adolescent.
Ce n’est qu’un peu plus tard que je fus séduit et m’essayais aux rimes. Ces cahiers rejoignirent les étoiles des mots perdus, des rimes envolées, et j’aime l’idée qu’ils retrouvérent ce vieux poète disparu.
Ainsi ces achats concrétisèrent ma vie, curieusement.
Ma vie professionnelle consacrée à la radiotechnique, ma vie familliale consacrée par la connaissance des miens, ma vie spirituelle par la lecture, l’écriture, la poésie. Quelle fut la part de l’inconscient, du destin, du chemin tracé ? Nous étions en guerre, la tragédie déferlait sur le monde, nous n’avions rien, c’était une richesse de pouvoir trouver en nous-mème un avenir, un espoir. Nos vies sont elles tracées dès notre naissance. En avons- nous conscience ?

Poste à galène

Carla

Carla
Vers la fin des années 40, je voyageais de nuit par les réseaux du Chemin de Fer. Rejoindre une école de l’Armée de l’Air, partir ou revenir de permission ne se faisait que la nuit. Les trains rapides circulaient sur les grandes lignes, mais la France était accessible en majorité par de petites lignes, desservies par des express et des omnibus dits tortillards. Ils s’arrêtaient à la moindre gare, quelques minutes,le temps neccessire et bref à l’entretien d’une respiration régionale, dans le transit de colis et de bicyclettes, engins indispensables.
Ces lignes assuraient les transversalles Ouest/est permettant aux petites villes et villages de vivre et d’entretenir des liens de proximité nécessaires.
Une nuit, perdu dans le centre de la France, venant je ne sais plus d’où, et rentrant à Nîmes- Courbesac, je vis arriver dans mon wagon vide, un contrôleur SNCF, tenant par la main une petite fille de trois/quatre ans. Le contrôleur avec sa grosse sacoches cuir en bandouillère, la petite agrippée à une mallette minuscule de poupée.
Nous nous saluâmes, et il m’expliqua qu’il avait reçu cette enfant d’un confrère, avec mission de la confier à un autre chef de train qui la remettrait à ses parents, en gare de Longwy. Elle voyageait ainsi depuis le Portugal.
Il déploya une couverture tirée d’un sac à dos, et improvisa un petit lit pour y coucher sa protégée. Elle s’endormit tout de suite.
Après quelques échanges, il me demanda de la surveiller et s’absenta pour remplir ses obligations. Il éteignit la lunière, et ferma la porte du compartiment éclairé par le couloir. .
Les balancements du wagon, l’éclat rapide des lumiéres surgissantes en flachs le long des voies, le tactac régulier des joints des rails, me plongèrent dans cette sorte de torpeur, de veille, le moment où le corps s’abandonne, mais où l’esprit pense encore. La chute de la minuscule valise au passage d’un aiguillage, me tira de l’engourdissement.
Je la ramassais en tâtonnant et, curieux, l’ouvris pour y découvrir une simple pomme. Sa rondeur expliquait la légère boursoufflure du couvercle.
Je n’avais pas l’âge, ni la maturité pour me représenter dans toute son ampleur, la signification de cette découverte.
Je ne pouvais imaginer l’angoisse d’une grand-mère glissant cette offrande dans un jouet. Je n’étais que spectateur d’une histoire, d’une péripétie dans ma vie déjà fort occupée.
Le Cheminot revint à l’approche d’une gare de changements importants des directions. Nous descendîmes vers le Buffet, havre de tous les voyageurs nocturnes, avec les salles d’attente de Iere et de 2eme classe. L’attente n’était pas la mème et selon la richesse, plus confortable.
Je portais la valise, lui portait comme un trésor la fillette encore somnolente. Elle avait autour de son cou un morceau de carton, retenu par une ficelle  » Carla….gare Longwy  » écrit en caractères maladroits, à l’encre noire.
Le temps à effacé son nom de ma mémoire, mais n’a point effacé ce petit visage chiffonné, aux yeux noirs étonnés, qui dans les profondeurs de la nuit, regardait avec gravité ce monde inconnu, sans se plaindre.
Elle but sagement son chocolat au lait, encouragée par les rudiments de portugais que cet homme, plein de sollicitude, connaissait. Il appela la jeune femme qui servait les très rares clients, lui chuchotât je ne sais quoi. Elle sourit, prit doucement la main de la voyageuse et l’entraina au fond de la salle, en la rassurant tout bas.
Il m’avait confié qu’ils étaient plusieurs à aider ces familles. Les temps ėtaient durs, et ils arrivaient de toutes parts ces étrangers, appelés à notre aide, tous….
portugais,espagnols,polonais,italiens,arabes….une Tour de Babel moderne de travailleurs résignés.
Des ouvriers de la première heure, venus tenter une autre vie de misère, perdus dans une géographie inconnue, et un difficile parcours dans un réseau complexe.
Il avait un fils engagé dans les parachutistes à Pau, et une fille de 16 ans qui voulait devenir infirmiére. Moi je suivais une formation de mécanicien radio, j’avais une petite-nièce comme elle, et je désignais du menton la petite tête brune qui dodelinait de fatigue.
Quand le successeur de ce bon Samaritain arriva, averti par cette chaîne de solidarité occulte, ils échangèrent quelques consignes rapides, dans un tutoiement fraternel.
L’enfant s’était rendormie sur la table
Je les quittais pour poursuivre mes rêves nocturnes, j’avais tout le restant de la nuit, l’aube pointait déjà son nez, blanchissant les heures.
Le dernier maillon, tenant dans ses bras une petite vie emmitouflée dans la couverture, s’éloignait sur le quai d’une gare anonyme, dans un éclairage blafard, sa lourde sacoche de cuir en bandouillère, un sac à dos et une petite valise contenant un trésor de tendresse, une pomme. La locomotive soufflait lentement sa vapeur en chuintant, il monta dans le dernier wagon.
L’heure des souvenirs a fait resurgir en moi cette dernière image, pastellisée par le temps. Et voila que mon esprit imagine la misère de ces êtres venus travailler à nos côtés, dans nos mines, nos aciéries,la reconstrustions d’une France détruite, des acteurs de ces trente glorieuses, partagent nos peines, apprenant à devenir Français. Mon esprit imagine les angoisses d’une mère confiant sa petite fille à des inconnus, pour qu’elle retrouve son nouveau foyer, à l’avenir incertain.
Et puis la joie dans les larmes de soulagement, de voir apparaître sa Carla, tenant la main d’un homme à la lourde sacoche de cuir, au bout d’un quai ensoleillé par le bonheur et la joie, et son viatique serré contre son coeur.
Certes d’autres enfants voyagèrent sous la responsabilité de ce personnel de la SNCF, une entreprise humaine, au service des autres. Certains se souviennent encore de ce saut dans l’inconnu, de cette école où il fallut apprendre le français, avant d’aider les parents esseulés, cette école qui leur ouvrait les chemins de la vie..
La vieillesse à ceci de bon, au milieux des misères quotidiennes liées à l’âge, c’est de nous faire voir la face cachée, à sentir les êtres et les évènements différemment, dans leur globalité, à comprendre un peu mieux ce monde qui nous échappe un peu plus tous les jours. Et puis ce temps qui passe, en nous laissant ce raccourci saisissant de ces vies rencontrées, croisées et oubliées. Un livre dont les dernières pages sont manquantes.

IMG_6471

Le vieux jardin

Un petit brin d’osier qui penche
Un coucou raide et très curieux
Regardent la douce pervenche
Et une orchis aux mille yeux

La folle avoine se balance
Au poids d’un papillon joueur
Et le volubilis s’élance
A la conquête de sa fleur

Un pissenlit que le vent sème
Deux coquelicots tout confus
La marguerite des je t’aime
Un bouton d’or soleil diffus

Mon vieux jardin est en désordre
Les fleurs les idées éclosent
En liberté et sans astreindre
L’esprit et le corps s’y reposent

Mon vieux jardin

IMG_6471

 

Le vieux jardin
Un petit brin d’osier qui penche
Un coucou raide et très curieux
Regardent la douce pervenche
Et une orchis aux mille yeux
La folle avoine se balance
Au poids d’un papillon joueur
Et le volubilis s’élance
A la conquête de sa fleur
Un pissenlit que le vent sème
Deux coquelicots tout confus
La marguerite des je t’aime
Un bouton d’or soleil diffus
Mon vieux jardin est en désordre
Les fleurs les idées éclosent
En liberté et sans astreindre
L’esprit  et le corps s’y reposent

Poème inachevé

Poème inachevé

Poème inachevé

Poème inachevé.

Nous avions tous des rêves effacés par le temps.
La vie les a repris,nous laissant le regret
De n’avoir pu mener des projets en chantant,
Conçus dans la jouvence, avec un grand secret.

Dans notre hiver venu, ils surgissent la nuit,
Dans les nuits d’insomnie qui attendent le jour,
Le jour qui nous délivre des visions de minuit,
Ces chimères oubliées mortes dans un amour.

Les pensées s’adoucissent, au fil des souvenances
De ce qui aurait pu être et le fut jamais.
Ces châteaux en Espagne, riches d’une espérance,
D’une jeunesse heureuse, et que rien ne brimait.

Je regarde le temps qui décompte mes jours,
Ces horizons rêvés ne sont plus un encrage.
La tendresse a prit place, sans esprit de retour,
Pour mes enfants devenus mon unique entourage.

Ils surveillent sans bruits, attentifs, aux aguets,
La flamme vacillante qui garde mon présent.
Ma mémoire s’effrite, et n’ai plus de regrets,
Car cette vie fut belle…..

Noêl 2016

Marathon.

Un peu d’histoire.
Vers 390, les Gaulois, menés par Brennos, envahissent l’Étrurie pour s’approprier les richesses de la péninsule italienne. Vainqueurs de l’armée romaine sur la rivière Allia, ils s’emparent de Rome qu’ils trouvent désertée, ses portes ouvertes. La population s’est enfuie,
Les Romains, réfugiés dans le Capitole, parviennent à résister à l’assaut gaulois.
Conscients de la vanité de leurs efforts, les Gaulois décident d’assiéger la ville. Le siège du Capitole commence alors et dure sept longs mois. Selon la légende, les oies du Capitole réveillent les Romains par leurs cris, les alertant ainsi d’une attaque surprise des Gaulois. Grâce à quoi, les défenseurs réussissent à repousser cet assaut nocturne qui aurait pu être particulièrement meurtrier. Un autre jour, les Romains, pourtant au bord de la famine, jettent du pain aux assiégeants pour leur faire croire qu’ils ont des réserves infinies et ainsi les démoraliser.
Devant cette résistance inattendue, Brennus accepte de traiter avec le tribun militaire romain Quintus Sulpicius Longus : les Gaulois se retireront moyennant le versement d’une forte rançon, 1 000 livres d’or (soit 327,45 kg).
Une grande balance est alors préparée sur une place de Rome. Afin d’alourdir encore la rançon, les Gaulois y placent de faux poids. Devant les protestations des Romains qui s’aperçoivent de la supercherie (« De quel droit utilises-tu des poids truqués ? »), Brennus ajoute encore à leur déshonneur : leur répondant « Du droit des vainqueurs ! », il jette son épée et son baudrier sur la balance en ajoutant « Vae victis » « Malheur aux vaincus »
Cet épisode de gloire de nos ancêtres les Gaulois, frappa les imaginations comme celui du fameux vase de Soisson. Henri Gauquiet. ( 1848/1927 ) sculpteur français, fit un bronze ( 60 cm ) représentant Brennos, ce farouche vainqueur, lançant son sabre dans la balance.
Une copie de ce bronze fut offerte à un marathonien, comme récompense de ses victoires. Les organisateurs des années 1900 avaient des moyens, et un sens aigu des beaux arts.
Ce coureur de fond, sans moyens, était natif d’Uzès, dans le Gard, En1903/4 il devint le mentor du jeune Jean Bouin ( olympique de
Marseille ) et couru avec lui.
Il fut champion de France du premier marathon en 1912, puis champion du monde en Italie en 1913. A l’occasion de ces jeux olympiques, et de cette épreuve reine, je lui doit un petit hommage familial, et à son ascendance Savoyarde.
Il s’appelait Louis Pautex, ( 1883 / 1933 ). Il était mon oncle, et le stade d’Uzès porte son nom.

image

Douceur

Un ruban en ses cheveux d’or
Et son petit chaton qui joue
Le bleu de là mer en décor
Avec ses yeux pour seul bijou
En belle robe des dimanches
Elle rêve de s’envoler
Rejoindre les mouettes blanches
Pour avec joie caracoler

image-904x678 Douceur

L’ étameur

L’étameur

Dans les années de mes 6/7 ans, nous avions des couverts en étain et en fer étamé. Je me souviens des cuillères à soupe en étain, un peu lourdes, et surtout déformables. Par jeu, elles pouvaient devenir des truelles ou des louches, à condition de ne pas nous faire voir en les tordant, mon frère et moi, tout en mangeant notre soupe de pain dans du lait. Les fourchettes étamées s’usaient en bouts, et périodiquement, il fallait les recharger en étain… les rétamer.
A cette époque, les tablettes de chocolat étaient emballées dans du papier d’étain. L’aluminium viendra plus tard. Ces feuilles, soigneusement récupérées, formaient des boules compactes auxquelles chaque tablette ajoutait ses strates.
Une fois par an, un rémouleur passait dans la ville, proposant ses services pour affûter couteaux, haches, voire outils de jardinage ou simplement les scies à bois. Il adjoignait à ses talents celui de réparateur de porcelaine, de parapluies ( et oui ) et de rétameur. Un homme orchestre, apprécié de tous.
Nous faisions appel volontiers à ses services, et les boules du papier chocolat servaient, en partie, pour rétamer nos couverts et la bassine à confitures en cuivre, de ma grand- mère.
Il s’installait dans notre cour, à l’abri du vent, et du soleil, pour faire fondre de l’étain dans une casserole en fer. Un petit poêle à bois suffisait pour entretenir la fusion. Nos boules disparaissaient lentement, happées par cette mer aux reflets argentés. J’étais captivé par cette transmutation qui s’opérait, depuis le passage purificateur à l’esprit de sel, aux vapeurs âcres et suffocantes de chlore, jusqu’au bain final dans cette régénérescence miroitante.
Nos couverts garderaient, le temps de quelques vaisselles, cet éclat de vif argent. Une impression de richesse, vite estompée.
Cet artisan profitait de notre accueil pour installer sa roue, sorte de carriole fourre-tout hétéroclite, et l’affûtage m’ouvrait un monde d’étincelles et de crissements, dans un pédalement régulier et grinçant. Les ciseaux de ma mère retrouvaient le fil, et la vieille scie son avoyage perdu.
Le voisinage venait avec ses trésors éclopés, pour essayer de les prolonger. Tout devait durer des années, voire une vie !
Ces temps sont révolus, avec ces métiers de pauvres hères qui arpentaient nos villes, nos campagnes, pour quelques pièces en bronze et petits sous percés. Leurs cris pour annoncer une arrivée attendue, résonnent toujours en moi. Quoique gamin, je n’ai pas oublié  » lei broussos « , ces petits fromages allongés, au lait caillé de brebis, soigneusement rangés sur des joncs dans le panier de la marchande, et que ma mère me tartinait pour mon quatre heure,avec parfois un peu de sucre ou de sel. Pour moi, le délice venait avec le marchant de beignets  » chichi fraîchi » soupoudrés de sucre glace.
Et encore ce  » pèau de lèvre, pèau di lapin  » vendues pour une malheureuse pièce à un viel homme, qui les accrochait à son vélo hors d’âge. Nous conservions ces peaux de lapins à la cave, bourrées de papier, en attendant de les vendre. Car ma grand- mère avait recours à son élevage pour améliorer les menus de fêtes. Quant au dépouillement du civet, j’ai appris ce rituel très tôt, il fallait vivre, sans gaspillage, et sans émotions culinaires.
Dans quelques années, la guerre arrivera avec son cortège de privations et de deuils, nous serons prêts, comme les scouts,pour un ascétisme souvent difficile
Il m’arrive de songer parfois à cette époque, et comme le poète :
Je me souviens des jours anciens
Et je pleure.»

L' étameur

L’ étameur

La golfeuse

Golf

Golf

La golfeuse

La belle était stylée et avait bien du charme
En ces temps d’art déco en brandissant son club
Mettant en valeur des formes qui désarment
Même si le gazon souffrait par ce fan club.

Elle ensorcelait le Green de sa présence
Le parcours devenait la déambulation
Où les par n’avaient plus aucune créance
Dans l’esprit des joueurs perdus d’admiration

La balle s’envolait souvent au raz de terre
Sous l’effet de ses pull elle allait emboutir
Les obstacles herbageux ou bunker en cratère
D’où des clubs attendris l’aideraient à sortir.

Le porteur de golf-bag choisissait avec art
Le fer qui sauverait par sa conformation
Les trous non occupés de ce jeu de billard
En rendant à Vénus un peu de vermillon.
30 novembre, 20:43 · J’aime

Solar impulse 2

Solar impulse2

Solar impulse2

Solar impulse 2

Le ciel s’éclaircissait dans les ors de l’aurore
Prenant un bleu profond messager de beau temps
L’horizon découpait un ruban séculaire
Le monde s’éveillait en ce jour de printemps

Dans le ronronnement feutré de ses moteurs
Solar Impulse2 surgissait de la nuit
Après avoir vaincu le néant et ses peurs
Il s’imposait enfin par un vol qui séduit

Icare triomphait dans son obstination,
S’était fat un ami de ce Dieux important
Puisant une énergie sans délimitation
Avec ce roi soleil et ses rayons chargeant

Le pilote voyait défiler avec joie
La terre lentement sans perte d’énergie l
La légende était belle et nous ouvrait la voie
Aux lendemains meilleurs pour une écologie.

HP 8/14

Au fil de l’eau

Au fil de l'eau

Au fil de l’eau

Au fil de l’eau.

La dame était assise esseulée sur un banc
Contemplant nostalgique l’eau qui s’enfuyait
Pareille à ses amours gardant tel un ruban
Le souvenir d’amants qui la désespérait

La place inoccupée témoignait de l’absence
D’un être merveilleux souvent imaginé
L’espoir s’amenuisait devant sa réticence
A ne pas retomber dans un amour ruiné

Il serait l’homme dans sa magnificence
Une révélation objet de tous les jours
Son âme aspirait à cette connaissance
Une fusion des êtres en se faisant la cour

Sa tendresse pleurait sur tout ce temps perdu
D’un cœur dessillié et à bout de ressource
Les feuilles mélangeaient leurs couleurs confondues
L’eau insensible continuait sa course.

La dame était assise esseulée sur un banc……

Théâtre d’Orange

Théâtre d’Orange.

Voilà 2000 ans que le théâtre d’Orange acceuille des populations avec des fortunes diverses. Hier au soir, à l’occasion des Chorégies d’Orange, ces vieilles pierres chargées d’une éblouissante Histoire de l’Art, retrouvent la multitude des passionnés se pressant sur ces gradins millénaires, tandis que la nuit tombe dans sa douceur provençale. Ils sont tous là serrés comme au premier siècle, réunis dans le même amour de la musique et de la comédie. Cette foule qui communie avec foi, me rassure sur la pérénité de l’homme dans ce qu’il a de grandeur dans sa culture du beau, Le vieil Empereur Auguste regarde, impassible, cet hommage rendu à la Gloire éternelle à nos aïeux, mais je suis sûr qu’il est tout aise de retrouver les accents de son Italie chez un barbier de qualité.
Une surprise cette année, une hommage à la Bretagne avec la venue du Bagad de Lann-Bihoué, cette formation unique que nous aimons tant. Elle incarne une continuité dans les traditions qui disparaissent. Ces filles et ces garçons font passer le souffle d’un admirable cantique : Amazing Grâce de John Newton, dans un déferlement de couleurs qui, jusqu’au final, nous tiendra sous le charme.
Un final réunissant tous les artistes dans une Traviata étonnante par la diversité des talents. Une soirée mémorable par les quelques heures de magie musicale passées dans la nuit qui s’immisce lentement, faisant disparaître nos contingences pour ne garder que le charme des lieux.
21 juin 2014Théâtre d'Orange

Ma Contoise

On appelait cette dame une comtoise, elle venait du Haut Jura, son âme d’acier abritée dans une grande caisse de sapin vernie. Ses chiffres romains ajoutaient pour moi au mystère de cette mécanique. Mes années d’enfance furent bercées par son tic-tac de métronome, apaisant, faisant avancer le temps dans un balancement méthodique et berceur. Tous les dimanches et les jeudis, juché sur une chaise, je remontais avec précaution les poids faisant battre le cœur de cette vieille dame. Une pièce de deux sous percée servait d’arrêtoir à la fine corde.
Elle était une compagnie le soir, dans le silence de la cuisine. Je faisait mes devoirs où lisais des aventures rocambolesques, pendant que ma tante tricotait où cousait sous la vieille suspension à gaz un peu chuintante . Il m’arrivait d’être fasciné par le disque solaire de son brillant balancier, au milieu duquel un petit cheval blanc prenait vie, dans un galop lent et rythmé. Un faible déclic annonçait la sonnerie de l’heure fatidique où je devais aller me coucher. J’abandonnais ma lecture à regret, prenais la lampe Pigeon garantie inexplosible, allumais sa mèche à l’aide d’une de ces allumettes soufrées et suffocantes, et montais dans ma chambre, entouré de mes peurs enfantines qui donnaient vie à toutes les ombres. La fée électrique viendrait plus tard pour chasser les démons, et je me coulais dans mon lit, sous les couvertures, comme dans une coquille protectrice. L’hiver, la toile rude des draps était glaciale, mais j’étais ce trappeur téméraire, qui se battait contre les indiens de Fenimore Cooper.
Depuis, une autre comtoise a sonné les heures tristes, les heures gaies de notre quotidien, dans l’impassibilité de son tic tac. Aujourd’hui, le temps qui me reste ne me permet plus d’entendre cet esprit qu’elle égrène, modeste et fidèle. Elle bat ma vie si discrètement, si discrètement comme ma vie qui bat, et s’enfonce dans la nuit.
Sa sonnerie s’est tue, pour ne plus souligner ces heures insaisissables qui s’enfuient dans le temps, perdues dans le silence.
Et me reviennent en mémoire ces récitations d’enfance de Louis Mercier, apprises laborieusement, mais inoubliables.
Ou comme le pouls d’une artère
Ou le battement d’un cœur lourd
Elle fait son bruit solitaire
Toujours toujours toujours toujours.

Mars 2015.

photo2

Grégorien

image-904x400

Les voix s’élevaient dans un recueillement
Que chacun ressentait au sein de là chorale
La catholicité s’exprimait en plain- chant
Dans une psalmodie toute primordiale

L’antiphonaire en ses signes cubistes
Gardien de pureté des vieux versets chantés.
Rappelait à tous ces orants latinistes
La gloire de leur Dieu en psaumes modulés.

Le grégorien chantait en notes de douceur.
Un salve Régina mère d’une douleur
La foi et la piété en latin déserté

La prière montait au gothique tardif
Dans un dépouillement en mode récité
Pour imposer la paix au monde combatif.

Un canard revenait après un long voyage

Retour

Retour

Un canard revenait après un long voyage
Avec ses compagnons il survolait enfin
Ces paysages aimes depuis son plus jeune âge.
Le lac était en vu derrière ce sapin.

Solar Impulse 2

Solar impulse 2

Le ciel s’éclaircissait dans les ors de l’aurore
Prenant un bleu profond messager de beau temps
L’horizon découpait un ruban séculaire
Le monde s’éveillait en ce jour de printemps

Dans le ronronnement feutré de ses moteurs
Solar Impulse2 surgissait de la nuit
Après avoir vaincu le néant et ses peurs
Il s’imposait enfin sur un vol qui séduit

Icare triomphait dans son obstination,
S’était fat un ami de ce Dieux important
Puisant une énergie sans délimitation
Avec ce roi soleil et ses rayons chargeant

Le pilote voyait défiler avec joie
La terre lentement sans perte d’énergie l
La légende était belle et nous ouvrait la voie
Aux lendemains meilleurs pour une écologie.

HP 8/14

isolar impulse 2

Douceur blonde

Douceur blonde

Douceur blonde

Dans un escalier de pierres vénérables
Sur un simple muret s’appuyait une enfant
Cette petite fille intriguée se penchait
Dans une opalescence adorable
Pour voir en papillon un Tristan conquérant
S’enivrer d’une fleur au parfum plein d’attrait
L’azur se mariait à de fins cheveax blonds
La pose était exquise et aurait bien charmé
Un Renoir vieillissant aux talents si féconds
Qu’un tableau immortel resterait sublimé.

Folle avoine

Folle avoine

Un coquelicot empourpré
Contait fleurette à une avoine
Survint un bleuet désœuvré
Aux reflets de calcédoine

La belle aussitôt subjuguée
Par ce coloris sublimable
Pencha sa tête énamourée
Vers un azur plus estimable

Un papillon joueur posa un court instant
Son Elfe fatigué sur cette céréale
Pliant sous ce poids la belle fut conquise
D’un désir éperdu se retrouva soumise
Quand il s’envola vers une autre fringale
L’avoine devint folle veuve d un courtisan

Le sage bouton d’or consola son amie
Gardez- vous désormais d’aimer une folie
Mais si cela échoit profitez de l’aubaine
Quand l’amour est là buvez à sa fontaine.

Repos

Repos. .
L’automne apparaissait au bout de ce chemin
Et déjà on sentait ses fraîcheurs matinales
Le sol se recouvrait de feuilles qui demain
Voleraient sous nos pas en rondes joviales

Un portillon ouvert invitait au sous bois
Dont l’opacité conjurant la lumière
Offrait au mystère un bel attrait de choix
Pour nous faire errer à travers la bruyère

Des lampadaires en fer jalonnaient le gravier
D’une allée bordées en feuilles d’émeraudes
Vers une chapelle qui faisait flamboyer
Gothique tardif pierres et teintes chaudes

Enfouie dans un écrin ce bijou surprenant
Mêlait à ses ocres le nom d’un Saint perdu
La ferveur des âmes le rendait guérissant
D’un mal invalidant autant qu’inattendu

Sur un banc décrépit le corps s’y reposait
En silence propice à la méditation
Dans la paix retrouvée l’esprit se libérait
Pour atteindre le temps de son élévation

Août 2014
image

Abricots

image Les Abricots
Jusqu’à mes 12 ans, j’ai habité Istres, en bordure de ce délicieux étang de Berre. Un petit village que la vieille Base Aérienne faisait vivre aux vrombissements des avions en toile et aux hélices en bois. Périodiquement nous entendions parler des records prestigieux d’altitude, de vitesse, de distance. Les aviatrices militaient pour le droit des femmes à voter, et accomplissaient des exploits avant de se tuer, comme la belle Hélène Boucher, à bord d’un racer de course au nom prédestiné : Rafale.
Honneur à ces femmes et à ces hommes qui portèrent nos trois couleurs dans tous les cieux du monde. Nos héros volaient plus vite, plus haut, plus loin et leurs avions avaient des constructeurs prestigieux …Potez, Bernard, Bréguet, et des noms évocateurs… l’Oiseau Blanc, le Point d’Interrogation, l’Oiseau Tango, l’Oiseau Canari…
Le groupe scolaire était tout simplement appelé l’Ecole du Bout d’Istres par esprit de simplification, et surtout parce qu’il était véritablement au bout du village, adossé aux arènes et au toril, la tradition de courir à perdre haleine avec une bête de 800 kilos de rancune sur ses talons, perdurait.
La mixité par contre n’était pas dans les mœurs et l’école partagée, à gauche les garçons, à droite les filles. N’y voyez aucune malignité.
Les Maîtres et Maîtresse amenaient avec compétence cette population hétéroclite jusqu’au certificat d’étude. Ce diplôme modeste était le Graal pour beaucoup d’entre nous. Il consacrait la fin des études et l’entrée dans le monde des adultes. Sous forme d’apprentissage.
Je dis  » hétéroclite  » car cette terre d’accueil, rive de la Mare Nostrum voyait des Italiens, Espagnols, Africains, Arabes, et autres, venir apprendre à nos côtés, et je n’ai aucun souvenir d’un ostracisme à leurs égards. Une année, un petit italien avec lequel je partageais un banc, m’apprit des rudiments de sa langue qui, dans le fond chantait comme la mienne. » Il gatto miacola vernerdi  » étranges replis de la mémoire qui me font souvenir de ma première leçon 80 ans après. Ces gosses étaient méritants et leurs parents ne pouvaient pas les aider dans l’acquisition vitale du français. Certains avaient fuit un régime politique de dictature
J’étais un bon élève avec l’aide de ma famille, et tous les mois, d’après le résultat des compositions, nous changions de place, suivant notre classement. Un rite. Les premiers caracolaient et il m’arrivait d’être tête de gondole et de recevoir une vignette de Tableau d’Honneur rutilante des ors de la victoire, les derniers se retrouvaient dans le calme du fond de la classe, un peu moins exposés aux interrogations intempestives sur les conjugaisons, que nous devions apprendre  » par cœur  » curieuse expression, ou les tables de multiplication ânonnées en cadence, avec air et paroles. Cent lignes par punition,pour les distraits, à recopier des phrases lapidaires où les temps présents et passés, aidaient nos cerveaux rebelles à se développer rapidement, pour le futur.
Le mois de juin arrivait avec ses premières chaleurs et ses torpeurs estivales, à tel point que nous ne rentrions plus en classe l’après-midi, vers le début de juillet.
Les grandes vacances commençaient le 14 juillet et se terminaient au 1er Octobre.
Que faire dans cette canicule ? Une étrange coutume se mettait en place, une sorte de monnaie parallèle…le noyau d’abricot.
Il permettait des opérations banquières d’achats/ventes/locations et préfigurait notre vie future avec ses riches et ses pauvres. Heureux ceux dont les mères confituraient ou les nababs possesseurs d’un abricotier, l’arbre aux écus ! Les autres dont j’était, devaient gagner cette manne aux jeux de billes ou d’osselets, bref se décarcasser…la vie quoi !
Le corps enseignant s’installait à l’ombre du préau et coinçait la bulle en papotant. Nous faisions pareil, prés de l’unique robinet d’eau tiède. Pour ma part, je louais des revues et lisais avec délice ces bandes dessinées relatant les aventure d’Un Mandrak, ce prince des magiciens. J’essayais aussi de gagner quelques noyaux pour continuer, car l’offre des illustrés fleurissait. Les malins sous-louaient leurs Mickey sous les regards courroucés des propriétaires frustrés. D’autres mangeaient leur fond si l’amende n’était pas amère car cela pouvait arriver. Les minutieux flegmatiques transformaient leurs biens en sifflets. Il suffisait d’user les deux faces du noyau en les frottant sur le ciment, de percer un petit trou sur chacun des côtés, de vider patiemment l’amende avec un clou, et de souffler. Un travail de Bénédictin, pour un résultat aléatoire. Les nantis trimbalaient un sac en toile rebondi et pouvaient acheter, pour quelques centimes, la sensation de richesse. Des loteries organisées séduisaient les parieurs avec pour lots des…noyaux !
Et les grandes vacances nous apportaient une autre sensation…la liberté.
Nous allions chercher la fraîcheur sous l’ombre des pins de l’Etang de Berre. Il était unique par ses eaux plus chaudes et salées que Fos sur mer, cette plage aux frontières de le Camargue.
On y trouvait, dans le crin crin monotone de ces imprévoyantes cigales, des moules, des hippocampes, des crabes et ces petits poissons vifs comme la poudre , des gobies.
Une pêche tout à fait particulière, un jeu à qui serait le plue rapide. Une moule entr’ouverte tenue entre pouce et index, et l’affamé arrivait en frétillant et tentait d’arracher un petit morceau de l’appât. En refermant rapidement le piège, ce champion des démarrages foudroyants se retrouvait coincé par les ouïes. Oh ! pas de quoi nourrir mon chat, que j’amusais avec un hanneton attaché par un fil à la patte. Il volait obstinément en décrivant des cercles, sous un œil attentif et doré.
Sur le chemin du retour, je ramassais des feuilles de mûrier, cet arbre témoin de l’épopée soyeuse de la Provence. J’avais un élevage de ces vers sympathiques et dodus qui rampaient dans un grand carton en dévorant, à longueur de journée, des feuilles de mûrier, exclusivement. Puis l’envie de s’encoconner prenait à ces tisserands de s’établir entre des rameaux, dans un hamac de soie élaboré avec adresses. Fascinant pour un gamin qui n’attendait plus qu’une autre merveille, voir sortir de ces cocons jaunes un papillon lourdaud,malhabile,avec une seule idée en tête… se reproduire en semant ses petites graines de vie. Un curieux processus.
J’ajoute à la liste des réjouissances estivales, le cahier sacro- saint des devoirs de vacances. Tous les matins, des questions saugrenues titillaient méninges et encre violette. Une heure de gâchée alors que tout était encore en projet, sur les plaisirs escomptés de ces journées radieuses de liberté. Mais n’est ce pas le schémas de notre vie d’adulte ?

Amertume

photo-1
Amertume

Sur toutes sortes de papiers
Des bleus des blancs des gris des rouges
En petits mots doux bien pliés
Banderoles au vent qui bougent

Avec des crayons sans rancune
Stylos à bille encriers
Assis sur des croissants de lune
Pâquerettes ou madriers

J’ai écrit vers de mirlitons
Pour la brune ou pour la blonde
Mais joyeuses comme l’onde

Fuyant rieuse sous mes doigts
Elles brûlaient tous mes exploits
Pour jeter les cendres aux buissons.

Coupe du Monde

Coupe du Monde

Coupe du monde.
À six ans, je venais de perdre ma mère et mon père, arbitre de le Ligue du Sud-Est, était tenu, tous les dimanche, d’aller arbitrer des matchs de foot entre des équipes provençales.
Ne pouvant rester seul, je l’accompagnais dans sa Trèfle. J’embarquais à bords de cet ULM Citroën à roulettes avec pour compagnons quelques jouets, des livres d’images archi connus et, plié dans un papier, mon goûter de pain et de chocolat de mon  » quatre heure  » Le froid me faisait parfois rester assis avec une couverture, mais j’allais volontiers explorer le terrain, tout en restant prudemment à l’écart des affectionates clairsemés. Ils hurlaient toujours des imprécations ou des encouragements à l’équipe locale. Une façon comme une autre de participer. L’équipe des visiteurs, constamment injuriée, n’avait pas un fan, sinon, à l’autre bout du terrain, une petite amie fidèle quoique transie, et le chauffeur du car qui les ayant trimballés dans ce guet-apens.
À mon âge, je n’avais aucune idée des règles complexes de ce jeu, sinon qu’il fallait faire entrer un ballon dans les bois adverses. Aussi, je ne suivais rien et même me désintéressais totalement de l’action. Mais j’entendais les commentaires flatteurs destinés à mon père : vendu, à mort, pauvre mec…lorsque le score annonçait la défaite sur un coup pas très franc. Les retours aux vestiaires pouvaient devenir houleux et les vainqueurs, ces affreux, se transformaient parfois en gardes du corps bénévoles. La violence n’était pas exclue et, le lendemain, la presse locale se faisait une joie de relater à sa façon, ces joutes fraternelles entre villes ou villages,et d’assassiner l’arbitre selon le résultat.
Ne vous étonnez pas si je n’ai gardé de ces temps sportifs qu’une once d’affection très limitée. Les bleus, les blancs, les rouges sont, pour moi, dans un système héonté d’argent, soigneusement entretenu, et au détriment d’autres sports qui mettent en valeur les qualités humaines, mais non commerciales.

Jeunesse

Pour les ciels bleus devant ma porte
L’éclat de mes rêves lassés
Le lustre de mon vieux passé
Que leur jeunesse me rapporte

Par les souvenirs de merveille
Et les joies retrouvées d’antan
Avec pour eux mes dix huit ans
De mon cœur neuf qui s’émerveille

Avec leurs jours grisâtres et ternes
L’ennui gisant dans les tréfonds
Puis comme à regret les pardons
Effaçant la peur qui les cerne

Pour leurs rires et leur sérieux
Avec des brumes très secrètes
Et des abandons de défaites
Dans leurs larmes j’aime tes yeux.

Tentation

Tentation

En flânant on aperçoit dans les vitrines
Des antiquaires tentateurs
D’adorables figurines
Témoignages parfaits des vieux temps enchanteurs

Formes troublantes à la beauté discrète
Elles gardent de leur passé
Nostalgiques et muettes
La sagesse oubliée de ce siècle pressé

J’aime des contours la grâce nonchalante
Empreinte sûre du génie
Qui d’une main très savante
Les fit naître un jour à rien donnant la vie

La lumière s’irise en teintes pâles
Hésite s’enfuie de leur corps
Lentement l’âme s’exhale
Des ivoires saxes aux reflets d’or

Petits objets polis vous êtes précieux
Et mes doigts à vous caresser
Trouveraient frissons amoureux
Petits objets j’aimerais tant vous posséder.Tentation

Questions surprises

Assemblee

Assemblee

Un moment fort de la vie d’un parlementaire : Questions au Gouvernement.
Diffusée l’après midi, cette émission télé ne peut pas être suivie par beaucoup de téléspectateurs, c’est parfois dommage.
On y apprend comment majorité et opposition s’affrontent à épées mouchetées ou à balles à blanc. Il y a les ténors avec des questions sournoises ou angéliques, réservées aux débats de fond, des seconds couteaux qui essaient de se faire un nom dans la communication, des spadassins envoyés au feu avec des banderilles pour des broutilles, et des affectionados lénifiants ou cauteleux. Les plus loquaces se croient obligés de remonter aux calendes grecques pour mieux faire comprendre l’importance de leur interpellation. Pour eux, pratiquer la politique de l’autruche est néfaste. Ils sont rappelés à l’ordre par le Président de séance pour qui les minutes de parole sont réparties et comptées. D’autres, les  » quand allez-vous…  » fustigent sans attendre de réponses à leurs interrogations angoissées car elles relèvent d’une figure de style. La durée du temps est souvent une inconnue dans les programmes ou intentions des législateurs en place. Les ripostes des membres du gouvernement ainsi interpellés, sont le fait de gens connaissant le dossier incriminé dans ses derniers développements, aidés efficacement par des bretteurs blanchis sous le harnais. Selon que le curieux appartient au camp des vainqueurs ou à celui des contestataires, la réponse explicative est pleine de compréhension, voire paternelle, mais d’une condescendance apitoyée pour ces ignares minoritaires. Bien souvent le boutefeu n’a plus qu’à mettre la réponse lapidaire dans sa poche, son mouchoir par dessus, sous les regards goguenards et les mines satisfaites. Décidément, cette minorité a toutes les raisons d’avoir tort, elle fait, hélas, partie de l’héritage calamiteux du prédécesseur.
L’argument massue, propre aux deux bords, est imparable : vous n’avaient rien fait lorsque vous étiez au pouvoir.
La constatation est évidente même pour les quidams attentifs qui assistent, dans le poulailler, à ces dialogues brocardeurs. L’immuable courtoisie du début : Monsieur le Président, mes chers collègues, monsieur le député Trucmuch’…( nom du vétilleux quémandeur )est cependant une des règles.
En général, tout pédale dans la semoule, l’heure est à la digestion ou au courrier en retard,voire à une agitation suspecte des pouces. Il arrive qu’un troublion, emporté par son verbe, conjugue mal les injures et déclenche une riposte horrifiée, au milieu des gloussements ( parfois de volatiles) et des bruits de bancs remués. L’hémicycle ce vide sous les imprécations, et les indignés vont,je pense, vider la querelle en mégotant au Bar de l’Assemblé, en potinant aussi façon café du commerce.Le fait est rare mais réjouissant. Nos élus sont vigilants et prompts pour assurer leurs convictions profondes,plus que nous. Avec le changement des têtes, j’ose espérer que nous prendrons désormais la voix royale et que des pétroleuses pourront enrichir les débats.

Les bucoliques

Et nous prendrons la clé des champs …..bringuebalants au rythme de notre âne, conduits par les folies de nos âmes , rois sur notre charrette parmi les bleuets et les boutons d’or . Et nous irons , sourires au vent, avec la liberté pour seul itinéraire flâner aux côtés de nos rêves ……
Je t’attends pour le grand départ.
Vassillia mars14. Et sur ses mots un peu de rires

55
Je t’attends pour un grand départ

Et nous prendrons la clé des champs
Brinquebalants à notre rythme
Avec la charrette hors du temps
Et cet âne doux qui l’anime

Nous irons la folie en tête
Nos âmes apaisées se tairons
Dans des rires joyeux de fête
Et les vrilles de liserons

La liberté pour seul royaume
Marchand à côté de nos pas
Avec nos rêves comme baume
Sur le chagrin qui s’éteindra

Nous serons des rois en couronne
De boutons d’or et de bleuets
Et comme les amants de Vérone
Nous nous aimeront enlacés

Rêve

sur les plages fines qui s’égrènent au loin
Je voudrais un jour d’emmener ma mie
Sur le sable blanc qui s’étend sans fin
Pour mieux te garder toi qui est ma vie

Dans les criques bleues baignées par la mer
Je te cacherais et sur tes seins nus
Tout éclaboussés par le flot amer
Je boirais l’amour en baisers menus

D’algues et de varechs au creux des rochers
Je ferais un lit et pour d’y coucher
Je t ’emporterais tout comme un voleur

Sans plus réfréner mes folles ardeurs
Bien loin des curieux j’aimerais encor
Mais tu ne dis rien…ah hélas tu dors.

Fillette

Fillette

Où courrez- vous fillette
Là bas là bas
Faire conter fleurette
Tout bas tout bas

Qu’attendez- vous fillette
L’amour l’amour
Et l’amant qui me guette
Toujours toujours

Que faites- vous fillette
Jolie jolie
Je dévore jeunette
La vie la vie

Que pleurez- vous fillette
Lasse lasse
Je reviens déçue tête
Basse basse

Qu’espérez- vous fillette
Si fort si fort
L’oubli où me jette
La mort la mort

Souvenance

Souvenance

Pourquoi certains soirs les filles sont si jolies
Il monte de leurs corps ainsi qu’un encensoir
Des parfums si subtils si chargés de folies
Que nous restons tremblants éperdus plein d’espoir

Pourquoi certains soirs les filles sont si belles
Le désir monte en nous dans un puissant vouloir
Mais devant leur beauté la raison se rebelle
Et nous restons tremblants éperdus sans pouvoir.

Scout

Scout

Scout

Je réponds à votre appel de témoignages sur le scoutisme. A 88 ans, je n’ai rien oublié de cette période de jeunesse dans les scouts de France. Votre demande réveille en nous, les anciens, une réminiscence émouvante mais encore vive.
Je suis entré en scoutisme en 1939 prenant la succession d’un aîné et bien sûr son chapeau emblématique et son ceinturon à fleur de lys. Nous étions en guerre et avons participé à aider des habitants par les collectes diverses,ou menus services, à Uzès dans le Gard, puis à Marseille en tant qu’assistant du chef d’une troupe nouvellement formée, sous la direction d’un réfugié dunkerquois qui, par nostalgie, l’avait baptisée  » Jean Bart « , bien que nous n’eussions rien de…maritime. Jusqu’en 1946 où je suis entré dans l’Armée de l’Air. Une autre communauté.
Une école de formation, sans aucun doute. Tout d’abord sur le plan pratique. Les camps d’été étaient l’occasion de développer à tour de rôle, par patrouille, nos talents de cuisiniers ou de constructeurs de meubles en bois ( bien avant un certain fabricant plein d’ Idées ) Les badges témoins de maturité. nous apprenaient surtout à faire des nœuds, avec des cordes qui n’avaient pas encore une théorie,mais une technique éprouvée. Ils nous assuraient un prestige d’anciens expérimentés. La palette était large dans les compétences. Une panoplie de…bricoleurs avertis.
Les camps de vacances concrétisaient l’apprentissage de l’effort autour parfois d’une charrette à bout de souffle, comme nous.
Des instants de joie et de liberté malgré la tragédie qui déferlait sur le monde
Le voyage de 1er classe nous lançait tout un WE dans la campagne avec quelque morceau de pain, nous y apprenions la cartographie, l’Étoile Polaire, et la solitude du marcheur. Dans cette période très troublée et difficile, je peux attester n’avoir subi aucune pressions politiques.nous étions occupés tous les jeudis après midi, et un dimanche par mois avec un programme de jeux, de chants, de réflexions.
L’occupation Allemande nous privant de messe de minuit à la Noël, nous permettait d’errer cette nuit là, dans les champs à la recherche d’un Mas accueillant pour notre aumônier, et sa paille odorante pour une poignée d’amateurs de crèches ! Un journal mensuel entretenait la flamme et Guy de la Rigaudie vivait toujours dans ses écrits.
Ce que je retiens surtout de cette période d’adolescence, c’est une certaine discipline morale. La Loi scoute y était commentée et la B A donnait les prémices d’une vie d’aides aux autres, Un début de spiritualité commencait avec la promesse. Cet engagement revêtait une certaine solennité par une veillée de recueillement, une sorte de retraite pour nous habituer à la méditation.
Et voila que remonte en ma mémoire ce chant, grâce à internet :
Devant tous je m’engage, sur mon honneur….
A 13 ans, ce sont des instants que nous ne pouvons oublier et qui ont marqué notre vie.
Ce chant rituel d’une cérémonie de promesse se terminait ainsi :

Fidèle à ma Patrie
Je le serai
Tous les jours de ma vie
Je servirai

Par-dessus les frontières
Je tends la main
Le monde de mes frères
Naîtra demain

Un programme pour notre vie future. Ah bien sûr la promiscuité n’était pas de mise. Les filles étaient Guides de France ou s’occupaient des petits Louveteaux.
Et à travers le temps qui a pastellisé les images,je me retrouve, gamin de 13 ans dans une clairière avec la troupe au complet, avec les petits Louveteaux et leurs cheftaines dont un petit loup passait dans une patrouille, avec quelques invités ou parents, en train de dire d’une voix peu assurée :
 » Devant tous je m’engage sur mon honneur……à servir de mon mieux…. »
Aujourd’hui,en me retournant sur notre jeunesse qui n’avait rien, une sorte de richesse car elle était obligée de trouver en elle même ses propres ressources, je me rends compte que le scoutisme m’a fait traverser l’adolescence dans une sorte de quiétude en me donnant de multiples occupations et surtout une spiritualité, un besoin de réflexions,.Certes il n’a pas fait de moi l’ homme parfait, loin de là, mais il a contribué à cette résistance pour la facilité,et un goût pour l’effort qui a perduré.
Que me reste-t’il ? …une petite croix potencée, insigne de boutonnière, conservée par une sorte de fidélité à travers des années et une envie de mettre encore la flamme aux bois résineux pour écouter chanter l’âme……

Relève

Relève

Nous étions en mars 1918, cela fait 5 jours que le régiment tenait en première ligne sans être relevé à cause des bombardements ininterrompus, et des coups de mains incessants dans les rares accalmies. Les tranchées bouleversées, en ruines totales n’offraient plus que des trous d’obus souvent à moitié pleins d’eau, et très sommairement aménagés en abris éphémères et illusoires. Les pertes étaient très lourdes et des fantômes d’hommes fébriles ou abattus n’attendaient plus, dans leur désespoir, que la nuit pour accueillir une relève qui les délivrerait, un temps, de cet enfer. Le régiment avait perdu un tiers de son effectif.
Enfin, vers les minuit, l’ordre couru de se rassembler pour regagner les cantonnements précaires et ce qui restait des compagnies quitta ce secteur, au fur et a mesure que d’autres hommes prenaient leurs places dans les jurons maugrées à voix basse, et dans les inévitables chutes dans l’obscurité.
Regroupé tant bien que mal, le 3 ème bataillon prit la route du village détruit qui les avait accueillis quelques jours avant, et censé leur apporter un réconfort et un repos provisoire.
Quelques kilomètres, dans l’empressement de quitter ces lieux, en soutenant les derniers éclopés qui pouvaient encore se trainer et les pans en ruine de ce qui avait été un village plein de vie, apparurent, silhouettes lugubres se découpant dans les lueurs lointaines des explosions du bombardement ininterrompu, que les allemands déversaient sur nos lignes.
Vers les deux heures , une pluies fine les enveloppa d’un linceul de brume froide. Les abris offerts dans les ruines du village étaient rares et les escouades se disperssairent pour chercher un sommeil oublieux, sous de misérables bâches déchirées, sur une paille souillée et humide, sous un pan de toiture préservée.
A 4 heures un coureur exténué réveilla le commandant du bataillons pour lui remettre un pli du colonel commandant le régiment.
Devant l’attaque générale déclenchée par l’ennemi, le bataillon devait immédiatement remonter en ligne pour occuper les deuxièmes lignes de défense, à l’Est de la corne du bois. Le bombardement avait cessé, cela confirmait les mesures prises. L’infanterie allemande attaquait.
Le commandant envoya le clairon sonner le rassemblement et convoqua tous ses officiers et sous-officiers pour prendre ses ordres.
Les ruines s’animèrent d’imprécations, de jurons, et le commandant compris la difficulté de remettre en route ces hommes harassés. Depuis 4 ans il menait avec eux des luttes insensées, des marches épuisantes, il connaissait la poignée d’anciens et leur courage, les ouvriers de la première heure comme il aimait les appeler, réchappés par miracle aux hécatombes. De la mer du Nord aux Vosges, ils avaient défendu des parcelles de France sans faiblir. Cette nuit, il lui fallait couper court à toutes tentatives de découragement et exécuter les ordres reçus.
Il demanda au porte-drapeau de le rejoindre et lui expliqua dans le détail ce qu’il attendait de lui. Ce capitaine pâle et défait lui confia qu’il venait d’apprendre la mort de son plus jeune frère, tué en Salonique par un obus Bulgare, le plus âgé de la fratrie ayant disparu en Lorraine aux premiers jours de la guerre.
Tandis que le bataillon essayait de se regrouper et percevait les munitions, une rumeur se répandit…le drapeau… le drapeau… et au bout de l’unique rue, dans ce jour blafard, dans ce crachin qui donnait aux choses et aux étres un aspect surnaturel, le drapeau et sa garde de deux caporaux baïonnette au canon apparut.
Pendant quelques instants on n’entendit plus que le pas cadencé de ces trois soldats soudés l’un à l’autre pour ne pas chuter sur cette terre martyrisée, arborant tous les trois sur leurs capotes souillées de boue, leurs décorations de Croix et de Médailles. Ils s’immobilisèrent sur le bas côté, contre un pan de mur noirci. Dans un silence respectueux et étonné, tous s’étaient levés et s’alignaient sans un murmure, en se rééquipant, les visages durcis.
Le commandant s’étant porté à six pas, salua longuement dans un garde-à-vous rigide et remarqua, le cœur serré, que les larmes de son porte-drapeau se mêlaient à la pluie fine. Et il pensa à son fils, ce gamin de 20 ans, cette Marie-Louise qui se battait lui aussi il ne savait pas où.
Il ferma les yeux de lassitude.
L’étamine du drapeau était déchirée, une frange décousue pendait, ses ors ternis, et si les heures de gloire des batailles passées restaient dissimulées dans ses plis, le rouge de sa cravate de la Légion d’Honneur en haut de sa hampe, redonnait vie à ces milliers de morts
Pour quatre coins de terre
Couchés dessus le sol
A la face de Dieu.
et à l’héroïsme, depuis quatre longues années, qu’il avait fallu à ces hommes ordinaires pour se transcender et mériter cet honneur.
En passant devant cette garde figée, immobile, et son emblème, chacun de ces hommes, harassé, dur à la peine, se redressa, la tête haute et la rage au cœur, pour reprendre le chemin d’un sacrifice annoncé.
Quand ils arrivèrent à la lisière sud de ce qui avait été le Bois des Corbeaux, une mitrailleuse française, dans un lointain se faisant proche, ouvrit un feu têtu et rageur suivi par les explosions et les tirs des armes individuelles. Par sections, ils se glissèrent vers des postes de résistance, et assurèrent le contact avec le reste des compagnies du régiment.
Les brancardiers ramenaient encore et encore les civières des morts et des blessés recueillis, près d’un poste de premiers secours installé à la hâte. Un capitaine médecin titubant de fatigue s’efforçait de juger dans l’urgence la gravité des blessures des vivants mélangés, dans une dernière fraternité de misère, aux moribons. Un infirmier le suivait un falot à la main et accrochait des fiches d’évacuation aux uniformes.
Sur un brancard, un adjudant de 24 ans gisait le haut de la cuisse traversé par une balle. C’était sa troisième blessure. Sur les manches de sa vareuse, 4 chevrons à gauche et 2 à droite attestaient, pour les initiés, des mois passés aux combats et du sang versé. Il s’appelait François.
Dans quelques années, je l’appellerai Papa,
Sans rien savoir de ces années de deuils, de larmes et de désespoir.
Sans rien savoir des angoisses d’une jeune mère attendant tous les jours, avec son petit garçon, un facteur désiré et redouté à la fois.
Sans rien savoir de la disparition dramatique de ses amis ou de sa parenté avec des garçons de son âge.
Sans rien savoir du déchirement des retours au front, des derniers instants, des derniers regards sur un quai de gare bruyant. Des larmes d’une angoisse quotidienne.
Sans rien savoir de mon grand-père et de ma grand-mère et de leur désespoir en voyant partir leurs cinq fils. Lui avait fait la guerre de 1870 dans l’artillerie de campagne, et connaissait les dangers et les horreurs.
Sans rien savoir des deux sœurs pleurant un petit frère aimé,reposant en terre étrangère, et de leur aîné aux pieds gelés porteurs d’un tétanos impitoyable, dans une nécropole de Verdun, et dont je reprendrai leurs deux prénoms par fidélité. Elles seront mes tantes sans jamais faire allusion, elles non plus, à cette période, une occultation pour ne pas réveiller les douleurs enfouies au fond du cœur. Un mutisme volontaire pour ne pas évoquer les fantômes, rouvrir des plaies.
J’ai, par chance, retrouvé une poignée de photographies, jalons de quelques permissions ou convalescences. En ces quelques années les visages ont perdu leur jeunesse, les traits creusés, fatigués, en témoignent,les sourires sont tristes. Et je scrute le moindre détail, cherche à faire parler ces instants éphémères, prisonniers des clichés, pour qu’ils me racontent les voix qui se sont tues. Seul le silence répond et me laisse imaginer ce qui fut il y a cent ans et va s’éteindre avec ma dernière veilleuse.
J’ai, par chance, retrouvé cinq ou six lettres, écrites au crayon sur des papiers de fortune aux plis fragilisés par les années, et des relectures fréquentes. Les dernières reçues avant une
disparition redoutée, et conservées pieusement. Les textes s’effacent inéluctablement comme nos souvenirs, mais une chose reste présente, la tendresse et l’amour, j’en suis sûr maintenant, qui leur a permis de tenir dans l’épreuve, et s’exhalent en parfums du passé sur des mots qui disparaissent comme écrits sur le sable du temps.

Relève

Relève

Ma. Muse

Ma. Muse

Ma muse

Ma muse est gaie ma muse est triste
Elle hante mes jours et mes nuits
Mais je ne suis pas un artiste
Elle m’abandonne et me fuit

Je fais tout pour qu’elle revienne
Hélas mes vers sont mirliton
Ma vie sans doute est trop sereine
Celui qui dort dîne dit- on

Je vais me mettre en quarantaine
Suivre un régime pour souffrir
Torturer mon âme de peine
Lentement me laisser mourir

A moins que solution extrême
Je la chasse dès aujourd’hui
Pour prendre une muse qui m’aime
Et m’inspire tel que je suis

Inquiétude

Inquiétude

Inquiétude

Mon petit saxe est bien malade
Et dans ses yeux de velours bleu
La peur un court instant s’attarde
Près de moi papa vient un peu

Et sa voix où le désir tremble
Ranime en moi les cris d’antan
J’ accours je vole il semble
Pour m’assoir près de mon enfant

Toussaint

Toussaint

Toussaints de ma jeunesse vous vivez dans mon cœur
Je me revois enfant insouciant et tendre
Offrir au vieux tombeau quelque gerbe de fleurs
Sans connaître ses morts et sans trop bien comprendre

Depuis bien des cercueils ont mélangé leurs cendres
Les êtres que j’aimais sont parti sans retour
Leur souvenir surgit et je crois les entendre
Me chuchoter ce soir les mêmes mots d’amour

Ils sont tous là dressés dans leur suaire gris
Leur cohorte m’entoure et je garde le nom
Des preux ou des manants m’ayant donné la vie
Pour l’apporter au jour de la résurrection

Toussaints de ma vieillesse vous vivez dans mon cœur
J’enverrai des enfants insouciants et tendres
Offrir au vieux tombeau quelques gerbes de fleurs
En attendant le jour où je devrais m’y étendre .

Automne

Automne

Automne

Mignonne voici l’octobre
Le soleil part en exil
Le ciel met sa teinte sobre
Et partout on voit le fil
De Vierge trainer à l’ alentour
Pour en retenir les beaux jours.

Jason

Jason.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Nous connaissons tous ces vers de Du Bellay, comme nous connaissons tous Ulysse, ce fidèle, mais qui est cestuy-là qui parade avec une toison ? Oui, il est Jason pour les plus calés, mais encore ? Eh bien il est un héros de la Grèce antique, à la tête d’une bande de potes baptisés les Argonautes. Une confrérie qui regroupe entre autres Castor, son frangin Pollux, frères de la superbe, mais légère Hélène, et Héraclès ce travailleur de force flanqué de sa virevoltante massue.
Pour Jason la vie ne fut pas un long fleuve tranquille .
Il avait un oncle Pélias, redoutable bonhomme qui avait dépossédé Eson, son père avec violences à tél point que sa mère Alcimède, apeurée le déclara mort-né à sa naissance et pour éviter une vengeance terrible, alla le déposer sur le mont Pélion ou vivait le Centaure. Ces créatures étranges n’étaient pas de bonne compagnie sauf Chiron, la crème des Centaures, il devait son grand savoir à Apollon. Cet homme-cheval éleva l’enfant dans les règles de l’art, lequel revendiqua à sa majorité, le trône dont Pélias l’avait privé.
C’était de bonne guerre, cet oncle cupide aquieça à condition que ce neveu intrépide et prétentieux, lui ramène cette fameuse toison d’or dont tout le monde rêvait et fantasmait.
Son existence n’était pas banale.
Le regard de Poséidon se posa un jour sur Théophanée. Une nymphe nitescente de beauté dont bien sûr il tomba amoureux. Un péché mignon dont il était coutumier, ( on ne compte plus ses conquêtes )
vLes prétendants très nombreux, excitèrent sa jalousie et il exila Théo sur une île dont il transforma les habitants en moutons. Bonne idée car la plus belle brebis se trouvait à l’abri de la concupiscence. Idée malencontreuse car les soupirants ayant retrouvé sa trace, mangeaient les habitants-moutons à la broche. Il transforma ces hurluberlus affamées en loups puis, posant son trident, se transforma lui-même en un bélier superbe, irrésistible, et Théophanée donna le jour à un autre encore plus beau, avec les reflets dorés de sa toison érubescente : Chrysomallos.
Athamas était le roi d’Orchomène qui avait épousé Néphélé une nymphe olé olé, qui lui donna Ptryxos et Heilé un garçon et une fille. Un jour, il s’en lassa pour épouser Ino. L’herbe paraît toujours plus verte à côté. Cette intriguente lui fit deux fils, chassa comme un coucou les enfants du premier nid pour les offrir en sacrifice expiatoire, bécause une erreur de sa jeunesse qui avait privé la population d’activités vivrières !
Inquiète pour sa progéniture, Néphélé demanda aide à Hermès qui leur envoya Chrysomallos, fabuleux bélier flavescent, qui lui aussi savait voler, et les enfants s’évadèrent par la voie des airs. Malheureusement Heilé ne pu s’empêcher de regarder la terre malgré l’interdit, et tomba dans la mer victime du vertige et des transports aériens ( en souvenir, ce lieu s’appelle l’Hellespont )
Arrivé en Colchide, le premier soin de Ptryxos fut de tuer ce brave bélier et d’offrir ce sacrifice à Zeus puis de donner cette dépouille flavescente au roi Eétès. Flatté de recevoir ce présent doré sur tranche, celui- ci le suspendît à un arbre et ordonna à quelques gens d’armes de veiller au grain ainsi qu’à un dragon de monter la garde pour faire bonne mesure. Il faut dire que ces bêtes volaient elles aussi,et surtout crachaient du feu comme un vrai lance-flamme. Ils n’avaient pas inventé le fil à couper le beurre, mais leur méchanceté compensait. C’est la raison pour laquelle on les employait pour garder des trésors, de plus ils ne dormaient jamais.
C’est cette toison que Jason devait aller quérir, mais pour cela il lui fallait un bateau solide. Il en chargea un charpentier de marine, Argos, ( dit Argos voit tout car affublé de plusieurs yeux ) Aidé par cette ingénieuse Athéna, il abattit toute une forêt avec ses copains, appela son coursièr des mers Argo, en prévision des futures balises sans doute. Curieusement, Athèna ajouta une pièce de bois qui fit parler ce bateau, une voix de la conscience pour cette déesse de la sagesse.
Aux mugissements des buccins, les Argonautes embarquèrent avec armes et bagages pour une conquète prestigieuse…..la toison d’Or.
Le voyage était dangereux, plein d’embûches et…..long.
Arrivés dans l’île de Lemnos, ils furent les bien venus car Aphrodite avait tué tous les hommes pour avoir abandonné leurs femmes au prétexte qu’elles sentaient mauvais ! Ce en quoi ils n’avaient pas tort depuis que cette déesse leur avait envoyé un sort par Hermès le facteur. ( il tuera plus tard Argos dont les yeux allèrent décorer la queue d’un paon, il ne faut pas gâcher )
Si les voies du seigneur sont imprévisibles, que dire des voies de ces divinités susceptibles et ombrageuses ?
Les Argonautes intercédèrent et repeuplèrent l’île redevenue parfumée dit-on. Notre héros apporta sa contribution en faisant deux fils à la reine Hypsipyle, avant de poursuivre vers ces fameuses musiciennes qui avec leurs voix charmeuses de Sirènes, incitaient les pauvres marins à venir se baigner avec elles, au fond des eaux, dans le plus simple appareil !
Orphée tira de sa lyre à neuf cordes une mélodie bien supérieure à leurs chants, et les laissa muettes de stupéfaction étonnée.
Sur l’île de l’Ours, en mer de Marmara, ils se ravitaillèrent. On déboucha une amphore de vin du pays en leur honneur. Des géants plein de bras en profitèrent pour essayer de détruire Argo. Les malheureux ne connaissaient pas Hercule et sa massue, ils ne firent pas long feu avant de gésir sur la plage, dans un chaos de membres emmmélés.
En Bithynie , ce bon géant éploré se lança à la poursuite d’un……amant et abandonna l’équipage. Le coeur a ses raisons……
Arrivés à Salmidessos, le roi Amicos les défia car il adorait occire les vaincus de ses joutes, par cruauté pure. Pollux, lutteur émérite, se chargea de lui enseigner sa botte secrète, si secrète que personne n’avait le temps d’y réfléchir, on voyait tout de suite plein d’étoiles à midi.
En relâchant chez Phinée, ce roi trop bavard éventeur de secrets divins, ils trouvérent un être effondré, rendu aveugle et en proie aux Harpies envoyées en représailles par les Dieux. Ces oiseaux aux têtes de femmes laides et caquetantes, instruments de la vengeance divine, détruisaient toutes nourritures en les souillant et les déchiquetant. Phinée dépérissait à vue d’œil. Les Argonautes demandèrent à Calaïs et à Zetes de chasser et poursuivre ces affreuses au cours d’un grand repas organisé pour les piéger. Eux seuls savaient voler, un sport qui a complètement disparu depuis.
Ils volèrent donc dans des oiseaux déplumés, honteux et pressés de disparaître.
Enfin ils jetèrent l’ancre en vue du palais Royal en Colchide.
Surpris de voir débarquer un amateur de peau, ce roi qui voyait croître le tourisme sur son île grâce à elle, commença par refuser puis imposa à Jason des épreuves invraisemblables pour le dissuader, mais celui-ci tenait à conquérir son trône et accepta. Bientôt il n’en resta plus qu’une.
Le roi avait une fille Médée qui, comme sa tante Circée, était une habile magicienne. Bien sûr elle tomba amoureuse de ce bel aventurier et lui proposa son aide, en douceur, secrètement.
Labourer une méchante terre aride pour y semer des dents de dragons ne semble pas difficile, mais avec un attelage de taureaux solipèdés en airain, réticents,violents, crachant eux aussi du feu pour le plaisir de détruire les récoltes……et des semailles desquelles naissent des guerriers Spartes qui vous attaquent de tous côtes, complique la chose.
Heureusement, cette magicienne de Médée avait prévu une pommade contre les coups et les brûlures à base de graisse d’oie, et un talisman contre ces Spartes terre à terre à base de cailloux semeurs de disputes. Ils s’entre-tuèrent.
Pas content du résultat imprévu et de sa traitresse de fille, Eétès refusa de tenir sa promesse.
Une seule solution, voler la toison.
Un soir, Médée et ses herbes magiques drogua le dragon en le plongeant dans une turpitude pour la nuit. Puis avec la toison ils se hâtèrent de réembarquer, sans bruits et en amenant le petit frère Apsyrtos. Lorsque les poursuivants montés sur une galère de course se raprochèrent, Médée ne fit ni une ni deux, et découpant son frère en jeta les morceaux à la mer, le temps de tous les récupérer, l’Argo état loin malgré les protestations de sa conscience en bois, qui demanda une purification de cette meurtrière pour continuer à naviguer.
De retour au port,une mauvaise nouvelle attendait les Argonautes. Ce malfaisant de Pélias avait trucidé toute la famille de Jason pour rester souverain incontesté.
Encore une fois Médée alla ramasser des herbes pour préparer une mixture cuisant dans un grand chaudron, elle y plongea un bélier âgé qui en ressortit comme un sous neuf ! Puis, elle suggéra aux filles du roi d’en faire autant pour leur vieux père. Cela lui ferait une surprise, surtout avec des herbes sans aucun pouvoir que leur donna cette magicienne herboriste hors pair mais un peu méphistophélique.
Seul, Acastre le tout jeune fils de Pélias ira pleurer la cuisson de son père dans les bras de Jason.
Ému, s’estimant responsable de cet homicide, ce héros se retira sur Corinthe.
Pendant une dizaine d’années, il profita de son exil, fabriqua deux enfants, et …..céda au démon de midi en abandonnant sa famille pour épouser Creuse fille de Créons.
Erreur fatale ! Quand on a une femme comme Médée, il est fou de vouloir s’en séparer même si parfois elle pousse le bouchon un peu loin. .
Sa réaction fut immédiate, elle offrit une robe à la mariée. Malheureusement cette robe s’enflamma et Creuse disparue en fumée.
Les méchantes langues assurent que le Palais brûla entièrement.
Dans sa folie elle tua aussi ses enfants et s’envola sur le char du Soleil,avec sa complicité.
Jason esseulé, bourré de remords, monta enfin sur son trône avec l’aide de son ami Pélée et un jour qu’il se reposait à l’ombre de son Argo décrépi, une pièce en bois se détacha de la proue et le tua. Il y avait longtemps qu’elle ne parlait plus.

Émotions

Émotions

Au fil des ans de nos vies, nous éprouvons des émotions diverses et je me suis demandé ce qui provoquait chez moi ce sentiment fort qui parfois amène des larmes dans les yeux.
Je ne veux pas parler des misères de tous les jours, celles qui jalonnent le quotidien et qui parfois font douter les croyants de la bonté d’un Dieu, je ne veux pas parler des guerres pour un pouvoir illusoire qui détruisent l’humanité ! Cela est trop triste .
Non je veux parler de la joie intime éprouvée en nous-même, lorsque nos sens sont sollicités dans le beau. Un coucher ou un lever du soleil en mer ou montagne nous rappellent cette pérénité de la vie, cette vie qui meurt dans une symphonie de couleurs pour nous laisser les hôtes de la nuit qui adoucit les inquiétudes de l’homme  » ce puits d’inquiétude  » ou les ravive, faisant taire les bruits de nos agitations dans le silence des ténèbres, et ces matins triomphants, vainqueurs de la mort apparente et de nos peurs ancestrales. Des instants brefs qui font entrevoir à notre conscience une très faible idée de l’éternité, qui se renouvellent depuis des temps immémoriaux, depuis la première lumière de notre premier monde, de notre première émotion humaine.
Les tableaux de maîtres me laissent muet dans la splendeur de leurs perfections, et là, le talent m’émeut car c’est une grâce que certains ont en eux, inexplicable pour moi, unique, où la main obéit au moindre souffle de l’esprit. Le talent qui nous amène à l’admiration du génie de l’humanité émergeant de nos lâchetés, de notre bêtise, un triomphe de notre spiritualité sur l’ignorance. Une revanche de la virtuosité du geste.
La musique est elle aussi une source profonde d’émotions. Les musiciens sont comme les poètes. Ils font avec sept notes une symphonie qui nous fait vibrer intimement. Je ne peux écouter Mozart et son concerto de clarinette sans communier avec l’interprète ainsi qu’avec l’orchestre symphonique dont la science et l’unité me transporte de joies intimes et d’étonnemant. Il en est de même avec certains airs d’opéras et de la prouesse surprenante de ses interprètes souvent prestigieux. La question pourquoi certaines combinaisons de sons font résonner en nous l’émotion et pas d’autres ? Cette Mimi de Puccini va peu à la messe mais m’ enchante et fait vibrer en moi une lamelle de l’harmonica de ma jeunesse.
Pourquoi j’aime Vilon à la recherche des neiges d’antan, Ronsard, le soir à la chandelle, Péguy et les adieux de Jeanne à sa Meuse endormeuse et ces dizaines de jongleurs de mots qui nous ravissent et nous bercent, dans la mélodie de leurs rimes que je me récite avec cette voix intérieure que nous écoutons tous, et dont nous sommes les seuls à entendre. Est-elle notre Jiminy Cricket de notre conscience ?Et puis et puis,les larmes d’un athlète en écoutant un hymne national durant lequel défilent ses sacrifices, ses peines, ses espérances dans le kaléidoscope rapide de sa vie et de sa victoire….
Ce midi, j’aide à la préparation du repas en coupant un concombre en tranches quand mon arriéré petite-fille trottine vers moi. Je lui offre une de ces fines rondelles qu’elle mâchouille toujours avec délice. En la prenant, elle qui ne parle encore que rarement, me regarde avec le sourire de ses deux ans et murmure : i an per. Je suis bouleversé de ce merci, il est vrai que nous autres les vieux avons développé une sensibilité hors du commun,sinon pourquoi mes lunettes se sont-elles embuées ?

Amitié

L’amitié vient en tapinois
Sans qu’on s’en doute
Un mot un regard une voix
Sont clé de voûte

Dès qu’elle est lancée croyez moi
Elle va vite
Et ne s’arrête que parfois
Faute d’invite

Un jour le cœur se trouve épris
De tant de choses
Qu’il va vers ses nouveaux awamis
Offrir ses rosesi

C’est merveilleux d’être compris
Par ceux qu’il aime
Et l’on rend grâce à la vie
Plus qu’à soi-même

L’amitié meurt très lentement
Dans un sourire
Pour se quitter sur un serment
De bien s’écrire

On souffre un peu obscurément
Dans les soirs tristes
Quand l’ennui vient sournoisement
Dire j’existe

Puis passent passent les années
Hasard ou chance
On se revoit tout étonnés
Rires jouvence

Mais les roses qui sont fanées
Tombent aux silences.

Le labyrinthe

Le labyrinthe

Le labyrinthe

Le Labyrinthe

Dans la chaleur de nos étés, des cultivateurs jeunes et téméraires érigent, dans une partie de leurs champs, des labyrinthes de verdure. Souvent au milieu des maïs,avec des trésors d’ingéniosités et d’inventions pour trouver un thème conducteur dans ces dédales. Des aventuriers modernes n’hésitent pas à s’engager, avec femmes et enfants, sans eau et sans biscuits, dans ces chemins tournants et à
tourner des heures pour trouver une sortie introuvable. Même un GPS ne leur sert à rien. Cela montre les limites de nos inventions.
Ce parcours amusant qui nous vient de la nuit des temps est grec. Nous le connaissons surtout grâce l’expression du « fil d’Ariane  » sans trop connaître le fin mot de l’histoire,sinon qu’il est souhaitable d’en trouver le bon bout pour nous sortir de situations scabreuses. Elle est pourtant d’une simplicité compliquée.
La Grèce est une floraison d’îles qui, jadis, avaient toutes des rois et des reines comme administrateurs, quand ce n’étaient pas des divinités avec leurs résidences d’été,
Egée, était un descendant direct des fondateurs d’Athènes. Cela ne l’empêchait pas de ne pas avoir droit aux allocations car sans enfants. De guerre lasse, il alla trouver à Delphe un oracle réputé qui bafouilla un avis si alanbiqué que son client n’y comprit que couic. Sans doute une technique savante pour noyer le poisson. Un peu interloqué, il s’en vint trouver son cousin qui étant roi de Trézène, donc plus qualifié que lui en interprètations, pouvait lui expliquer ce rébus. Pittée le reçut avec forces libations, écouta d’une oreille et oublia de l’autre tant les vapeurs liquoreuses devenaient épaisses. Mais il n’oublia pas de glisser dans le lit du quémandeur un tantinet dans les vaps, sa fille Aethra. Son but n’était pas plus clair que ses idées, et bien sûr il arriva ce qui devait arriver. Au matin,Egée se douta d’un piège et avant de repartir averti cette charmante personne qu’en cas……. il cacherait sous une roche des armes que son éventuel fils devrait trouver. Un moyen à long terme pour une reconnaissance de paternité. Et surtout une vue à long terme digne de lui.
C’est ainsi que naquit Thésée que sa fille-mère éleva dans le respect des traditions et dans les exercices corporels. Fidèle à ses consignes elle l’amena à ses 16 ans faire un pelerinage auprès d’une roche et il trouva sans effort les armes attestant ses origines.
Il restait à trouver son géniteur qui batifolait à Athènes.
Il se mît en route muni des exortations de maman concernant la prudence car déjà à cette époque les bandits des grands chemins écumaient les voyageurs ou plutôt leurs bourses et leurs vies.
Au détour d’un sentier,il rencontra Périphitès, célèbre pour sa massue en chêne massif que lui seul pouvait manier avec désinvolture.
En trois sets, il perdit la vie assommé par son arme.
Dans un bois,ce fut Sirin, un géant bon enfant dont le passe-temps favori était d’écarteler les voyageurs aidé par deux pins sylvestres qu’il courbait délicatement et relâchait brusquement. Cette technique demandait une préparation méticuleuse mais la massue de Périphites était incontestablement plus rapide.
Arrivé dans la plaine, une laie se disant fille cruelle de Typhon, (une divinité qui avait la manie d’engendrer des malfaisants tels Cerbère ou le Sphinx ) voulu lui brouter les orteils, elle ne fit pas le poids. Attiré par les cris, Sciron,arriva émoustillé. Ce méticuleux de la propreté contraignait les braves passants à lui laver les pieds avant de les précipiter dans la mer,il n’eu pas plus de chance et but lui- même la tasse, laissant place nette à un très redoutable manipulateur, inventeur d’une machine à niveler l’humanité : Procuste, un fils de Poséidon, l’utopiste!
Les voyageurs étaient couchés dans un lit agrée aux normes.
Les petits se retrouvaient- étirés au standart, les grands sciés au gabarit. Simple, efficace. Les mesures étaient si précises que les très rares rescapés, déclarés conformes, payaient une amende qui les mettait sur la paille. Thésée fit obstruction à un sciage inutile en détruisant ce plumard pour ne pas perdre les siennes, et la massue choqua Procuste pour le compte.
Ses exploits étonnants se répendirent comme une trainée de poudre noire et bien avant son entrée dans Athènes il fut considéré comme un champion des justes causes. Son paternel signa sa reconnaissance officielle mais ses cousins,jaloux, lui mirent des bâtons dans ses roues pour l’empêcher de grimper sur le trône. Il reprit sa massue est alla leur expliquer les nouvelles règles du jeux. Ainsi sa parenté, plus d’une cinquantaine, s’éteignit en rang d’oignon, sans que cela lui porte ombrage. Une autres épreuve l’attendait et le bon peuple mis tous ses espoirs en lui.
Une chicane entre voisins, un meurtre non digéré obligeait les habitants à envoyer sept garçons et sept fille se faire trucider en sacrifices expiatoire, une fois par an !.
Ils étaient livrés à un monstre affamé qui vivait sous terre.
Lorsque Minos, un des fils de Zeus et d’Europe, réclama la souveraineté de l’île de Crête, Poseidon dieu de la mer lui demanda, pour accéder à sa demande, de lui sacrifier un taureau. Chose promise chose non due car ce futur roi trouva cet animal si beau dans sa blancheur qu’il en oublia d’aiguiser son couteau. La chose déplut évidemment en haut lieu et pour se venger,Poséidon envoya par coureur un charme à Pasiphaé femme de Minos. Elle tomba derechef éperdument amoureuse de ce superbe taureau blanc et voulu se le ….payer ! Après tout son mari était un chaud lapin, si coureur de tuniques courtes qu’elle avait dû lui jeter un sort : il n’éjaculerait que des serpents si jamais le démon de midi le reprenait. Les sorts à cette époque faisaient florès et engendraient la peur. Celui- ci jeta la panique chez la gens féminine.
Dédale ingénieur doué et bricoleur reçu l’ordre de construire une vache en bois, munie de tout le confort à l’intérieur où Pasiphaé pouvait prendre place le temps nécessaire. Ce leurre sur roulettes alla trôner dans l’herbe verte sous les naseaux de cette bête magnifique. C’est ainsi que sans tambours ni trompettes naquit Astérios le Minautore. Un monstre avec un corps d’homme ,un cou et une tête de taureau surmontée de cornes immenses pour faire bonne mesure.
Dire que Minos fut ravi serait exagéré,il attrapa un coup de sang, et pour cacher son infortune, demanda à Dédale de construire une prison hors normes dans laquelle il pourrait oublier ce fruit défenduu. Aidé de son fils Icare, cet architecte rotor et complexé édifia sous terre le Labyrinthe. Un truc dément d’où le Minautore ne pouvait jamais sortir et d’où il dévorait la jeunesse d’Athènes.
Cette mission nationale de tuer cet homme-taureau cruel et imposant, Egée l’accepta avec calme, à cœur vaillent rien d’impossible, et il entrepris aussitôt de se mêler au troupeau larmoyant de cette jeunesse sacrifiée qui prenait le large. Chemin faisant, il croisa le regard d’une ravissante fille et reçu un coup dit de foudre. Ariane, fille du roi Minos et accessoirement demi- sœur du Minautore (et oui) amoureuse de ce héros, lui offrit son aide sous la promesse de l’épouser au retour de cette expédition à hauts risques.
Cette tricoteuse, fée du logis, lui confia une pelote de laine dont elle tiendrait fermement un bout, le reste irait de soi. En amour les filles sont souvent malignes dans la simplicité.
Que fut ce combat ? Nous l’ignorons car il se déroula sous terre et les chroniqueurs de l’époque en furent réduit à imaginer, chose qu’ils font depuis lors car les labyrinthes sont nombreux dans la presse.
Pour la petite histoire, Minos qui avait gardé une dent contre ce fabricant de vaches en bois, l’enferma dans ce goulpe avec son Icare de fils, afin de lui,apprendre les bonnes manières. Mais cet ingénieux confectionna des ailes collées par de la cires et ils s’évadérent en survolant ces dédales. Malheureusement Icare grisé par ce premier vol voulu approcher le roi soleil de trop près et la cire s’envola elle aussi avec les ailes. Ce fur la première victime de l’aviation.
Toujours est-il que le mariage eu un succès fou. Athènes fêtait sa libération. Les ‘nôvis’ embarquèrent pour rentrer chez eux, mais arrivés à Naxos, le héros abandonna son épouse sur cette île sans crier gare et sans que l’on ne sache trop pourquoi ! On se perd en conjonctures.
En vue de son royaume,il oublia dans son émotion de hisser une voile blanche gage de victoire et conserva le gréement noir de son départ plein d’incertitudes. Son père en déduisit la mort de ce fils bien aimé et en voyant ce navire approché du port se jeta dans la mer.
En hommage,cette mer porte son nom : la mer Egée.
La douce Ariane réussi à charmer Dyonisos, fils de Zeus qui la rendit immortelle en lui faisant offrir un diadème qu’elle emmena avec elle dans l’Olympe. Depuis, la constellation de l’Aurore Boréale brille dans nos nuits de terriens.

Remerciements

Je reçois par intermittence quelques commentaires sur mon blog de granpgranp . Je les reçois comme un bouquet et ils m’étonnent par leur indulgence vis à vis de son contenu hétéroclite. Ce site de WordPress est de langue anglaise que je ne pratique pas si ce n’est que par l’intermédiaire de l’aide estimable de Reverso.
Vous dire que ces traductions sont compréhensibles dans un contexte
grammatical….non ! Mais dans une compréhension flatteuse dans leur ensemble ….oui. Une chose m’étonne considérablement, comment avez- vous connaissance des subtilités de l’écriture, des citations ou des allusions typiquement françaises qui émaillent ces histoires si diverses.
Peut- être que le fait de venir de si loin donne à ces écrits initialement destinés à un premier cercle d’amitiés, et à ces commentaires en retour, le temps de réflexion nécessaire à les assimiler, de vous les traduire .
Quoiqu’il en soit, je ne peux entrer en contact avec les lecteurs pour faire connaissance et les remercier, les lunettes embuées, de leur opinions flatteuses. De surcroît, je ne possède qu’un simple iPad au caractère bien trempé. Soyez donc remerciés, vous tous qui avez la gentillesse de vous manifester,

Une hirondelle.

hirondelle
Je pris mon Hirondelle ( c’est  ainsi que j’appelle mon vélo car  acheté avant la guerre, à la Manufacture de St- Etienne, une entreprise sérieuse qui fabriquait tout ce dont on pouvait avoir besoin dans la vie ou ailleurs ) et je partis faire mon marché comme tous les mercredis au matin avant de passer voir mon boucher, un  vieil ami qui me met en boîte en disant : ton Hirondelle ne fait pas le printemps, mais mon saucisson Le Printemps fait 110 rondelles. Une plaisanterie vieille comme mes robes.
                   Ma rue est en forte pente et je n’eus pas besoin de pédaler pour prendre de la vitesse….même un peu trop car en voulant me  ralentir,le câble du frein arrière se cassa. Inutile de compter sur celui de l’avant,les tampons en caoutchouc avaient rendu l’âme depuis belle lurette.
Dans le virage à gauche, à mi parcours,je compris que la négociation  était impossible même en essayant de racler le sol avec mes semelles déjà usées, il ne me restait  qu’une option, entrer dans le commissariat de police qui est juste dans le virage, et dont la porte était grande ouverte. Et hop !
Mon arrivée impromptue et son arrêt  brutal contre le comptoir provoqua un reflex de panique de la part des deux  policiers de garde  qui bondirent sur moi, immobilisèrent mes mains avec des menottes, m’extirpèrent de mon Hirondelle, me mirent à plat ventre avec une dextérité exemplaire prouvant un entraînement quotidien.
Je ne pus que bafouiller des excuses arguant que mes freins…..
Ils n’écoutèrent pas et après s’être assuré que je n’avais pas une ceinture d’explosifs autour des reins, me demandèrent mes papiers.
Des papiers !? Dans ma hâte de partir, je les avait oubliés. De plus ils venaient de ma fouiller de fond en comble. La question me parue superflue !
Ce cas rare à leurs yeux nécessitait un séjour dans la cage, le temps que les idées et frayeurs se calment. Ils me  demandèrent de quitter mes chaussures, une mesure de sécurité empêchant les évasions ! Nous y étions trois malgré l’heure matinale,à réfléchir dans cette boîte grillagée. Une rescapée de la nuit qui exigeait d’aller aux toilettes, à cor et à cri pour faire pipi et se heurtait à l’indifférence du brigadier de service occupé à trier des P.V,et dans un coin,un barbu chevelu qui s’efforçait de coincer la bulle calmement, appuyé sur le bas flan,un drôle d’oiseau.
La rescapée commença à soulever sa robe et à s’accroupir pour mettre ses menaces à exécution. Le jeune stagiaire écarquilla  de grands yeux et devançant l’intention, ouvrit la porte pour l’accompagner aux toilettes. Il n’eut pas le temps de dire ouf.
L’endormi barbu bondit comme un tigre, se précipita dehors,le poussa dedans,ferma la porte, bouscula le brigadier  qui s’effondra sous le comptoir,et disparu par la porte toujours ouverte.
Revenus de leur surprise, ils ne purent que se rendre à l’évidence…..le barbu  fuyait sur mon Hirondelle empruntée au passage.
La rescapée avait trouvé les toilettes en habituée et revenait le sourire aux lèvres. Appels radio frénétiques à la patrouille pour rechercher  un barbu monté  sur un vélo volé, les pieds nus. Enfin les pieds nus la chose n’était pas certaine car lorsqu’ils se décidèrent à me relaxer faute de preuves flagrantes, je ne pus retrouver  mes chaussures. La colère commença à me gagner en me mettant les nerfs en pelote et je décidai de porter plainte pour vol de mon hirondelle et de mes baskets. Mais comment déposer plainte sans identité. Ils me mirent dehors en ma conseillant de revenir avec mon pédigrè. C’est alors que la voiture de patrouille arriva avec mon vélo accroché au hayon arrière.
Je remarquais immédiatement que la roue avant était voilée, pendant que les deux patrouilleurs faisait sortir, menotté dans le dos, le chevelu  barbu avec un pansement sur la tête. Ils le firent entrer manu militaris dans le commissariat  et je remarquais là aussi, qu’il portait mes chaussures. En fuyant à fond de cale,il n’avait pu s’arrêter bien sûr, et avait percutè la voiture de police à sa recherche en se fendant un peu le front. Les explications furent longues, confuses,car le prévenu ne parlait pas français mais un sabir inintelligible, véhément. Je réclamais à mon tour mes chaussures, des dommages pour l’Hirondelle à tel point que, de guerre lasse d’entendre ce pataquès ils nous remirent dans la cage. La rescapée qui jusque là n’avait rien dit demanda à sortir de cette histoire car elle vraiment. était la preuve évidente de l’erreur justicière et de l’abu de pouvoir flagrant d’une police débordée incapable de surveiller ses prisonniers et d’écouter les honnêtes gens dans leurs plaintes légitimes ils entendraient parler d’elle car elle avait des relations et  haussa tellement le ton dans les aigüs qu’ils  résolurent d’élargir ce moulin à paroles  pour ne plus supporter ses jérémiades de mégère, après tout un peu de vagabondage nocturne n’est pas crime.
Avant de lui ouvrir cette boîte à Pandore ils se mirent tous les quatre devant la porte en surveillent le barbu chevelu qui avait l’air un peu crispé quand un hurlement de freins suivi d’un choc de carrosseries nous figea sur place.
Deux hommes masqués par des têtes de stroumpfes, arme au poing, firent irruption surprise et, refermant la porte, menaçèrent les représentants de l’ordre établi qui en restèrent ébahis, comme des ronds de flanc, les  désarmèrent avec dextérité et nous renfermèrent tous dans la cage.en deux temps trois mouvements.
– Les gars, c’est un hold up. Lança le Farceur d’un air jovial.
La porte s’ouvrit et un homme en blouse blanche n’eut que le temps de demander s’il y avait des blessés dans l’accident avant d’être embastillé avec nous. Ce bon Samaritain était le docteur d’à côté.
Puis le téléphone qui s’était tenu coi crut bon de solliciter notre attention. Après avoir écouté, stroumpfe farceur répondit un bref     » Nous arrivons.  » et raccrocha en éclatant de rire.
– Vous détenez un petit colis à nous depuis hier au soir, nous venons le chercher, ne perdons pas de temps !
annonça le vieux Stroumpfe.
Un couple âgé se présenta à son tour avec une demande pour des cartes d’identités. Ils eurent beaucoup de mal à comprendre pourquoi ils étaient invités, comme les autre, à nous rejoindre dans la cage. Le téléphone recommença à sonner avant d’être violemment interrompu par le plus vieux…..Clic clac.
– Alors oû est ce colis ?
– Nous n’étions pas de service hier, cherchez aux objets.trouvés.  répondit le brigadier plein de bonne volonté réticente, nous ne sommes pas au courant
– Oû ?
– L’armoire,dans la pièce à côté.
Le téléphone se remit à sonner et ses fils arrachés le calmèrent aussitôt.
L’armoire ne semblait pas  vouloir livrer ses secret de gaité de coeur mais un traitement à base de coups sourds et violents la persuadèrent.
– un seul parapluie à l’intérieur. Pas de colis.cria stroumpfe farceur en continuant ses recherches.
                     C’est alors que deux autres individus firent irruption sans crier gare, sans bruit, avec des masques de Donald et de Mickey, revolvers braqués. Voyant la place déjà occupée ils  n’hésitèrent pas une seconde et tombèrent à bras racornis  sur le vieux stroumpfe  avant qu’il réfléchisse, et le mirent au goulpe dans un état commateux. Nous commencions à jouer les sardines et le questionnaire recommença :
– Où est le paquet  que vous nous avez pris hier au soir ?
Il n’entendit jamais la réponse  assommé par un coup de crosse sur la tête assumé par le farceur revenu sur la pointe des pieds, en douce, de la pièce d’à coté.  Donald stupéfait de voir cet autre stroumpfe, se laissa dépouiller et eu droit à notre régime de sardines. L’assommé, inanimé,fut trimballé sur le carreau à coté du chevelu barbu qui ricanait.
Quatorze personnes, cela devenait  déprimant, mais seule une dizaine émettaient des sons  car les autres étaient soit dans les vaps soit muettes de stupeur étonnée ou comme moi inquiet pour mon vélo laissé dehors.
Il s’avéra que Donald avait l’intention de rester seul sur l’affaire, il n’était pas utile de sortie de Saint-Cyr pour deviner ses intentions, le colis devait valoir son pesant de cacahouètes.         .Il entrepris une fouille systématique des lieux malgré une pluies d’injures venant des sardines frustrées qui le voué aux gémonies.
Enfin un eurêka  de victoire…… Voilà le colis. Eh bien Messieursdames  je vous laisse, sans regrets, les affaires sont les affaires.
– On te retrouvera et alors…..
– Ne nous laissez pas la dedans.
– Tu es un homme mort
Même le chevelu barbu imprécationnait avec son turban. La rescapée demanda avec insistance à allez faire un tour aux toilettes mais le vainqueur enveloppa son butin dans un bout de journal et d’un air martial ouvrit la porte et se trouva nez â nez avec six policiers casqués, bottés, gilet pare balles, armement complet qui s’apprêtaient à rentrer en force.
Il recula, étonné et fut emballé,délesté de son revolver et de son colis puis invité à rejoindre notre cohorte en attendant que le commissaire arrive.
                     Sans réponses du commissariat au bigophone, ni de la patrouille, la préfecture, méfiante sur ce qui se passe partout, avait jugé bon de déployer des forces devant ce silence et une brève reconnaissance montrant la voiture de patrouille en accordéon fatigué, en sandwich entre un 4 X 4 et le mur.
Les explications mirent un certain temps à s’éclaircir car le chevelu barbu y alla de son sabir ce qui ne contribua en rien à éclaircir le débat. Cela devint du  Clochemerle surtout quand il fallu séparer le bon grain de l’ivraie.
Le brigadier et le stagiaire  essayèrent de remonter l’historique,
Pour expliquer la présence de quatorze personnes dans ce pétrin ils évoquèrent mon arrivée en Hirondelle. Là, les yeux me fixèrent avec intérêt jusqu’à ce qu’ils comprennent que j’avais favorisé la fuite du prisonnier avec …un vélo et non un volatile.
J’écopai d’une amende pour conduite d’un engin dangereux sur la voie publique, et d’une amende pour défaut de papiers d’identité.
La nuit tombait, moi aussi mais de fatigue.

Disparition

Disparition

Disparition

Une image terrible de voir la disparition d’une ancienne église ayant reçu les  peines et les joies des hommes. Ces prières qui montaient vers les voûtes, ardentes, désespérés parfois, dans des actes de foi qui sanctifiaient ces vieilles pierres noircies. Une image terrible car elle signe nos croyances perdues.
Nous voici orphelins de la pensée du ciel, celle qui a soutenu nos ancêtres dans leurs vies de douleurs, celle de leur croyances  sculptant  les cathédrales, celle de ces êtres uniques que l’on dénommait Saints. Celle des joies qui éclairaient leurs nuits.
Nous voici orphelins de nos mères souffrantes qui tournaient vers ces voûtes  leur espérance vers une vierge qui les délivrerait de leurs douleurs des jours..
Ces murs sont désormais  comme des châsses  vides, aux reliques perdues dans la houle du temps. Ces chant humbles et naïfs ne bercent plus les foules dans la liesse de la résurrection, ces cloches ne carillonnent plus les alléluias de nos Noël d’enfants. Seule une petite touffe de violettes s’obstine à fleuris encore entre les pierres disjointes du vieil  autel ruiné, comme pour témoigner à la face du monde, des derniers vestiges d’une spiritualité perdue.

 

À ceux que j’aime

Voici un petit texte que j’apprécie . Il dit plein de choses que nous aimerions dire.

À ceux que j’aime et ceux qui m’aiment

Quand je ne serai plus là, relâchez-moi.

Laissez moi partir, j’ai tellement de choses à faire et à voir.

Ne pleurez pas en pensant à moi, soyez reconnaissants pour les belles années, je vous ai donné mon amitié, vous pouvez seulement deviner le bonheur que vous m’avez apporté.

Je vous remercie de l’Amour que chacun m’a démontré, maintenant il est temps de voyager seul.

Pour un court moment, vous pouvez avoir de la peine.

La Foi vous apportera réconfort et consolation.

Nous serons séparés pour quelques temps.

Laissez les souvenirs apaiser votre douleur, je ne suis pas loin et la Vie continue…

Si vous en avez de besoin, appelez-moi et je viendrai.

Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là.

Et si vous écoutez votre coeur, vous éprouverez clairement la douceur de l’amour que j’apporterai.

Et quand il sera temps pour vous de partir, je serai là pour vous accueillir.

Absent de mon corps, présent avec Dieu.

N’allez pas sur ma tombe pour pleurer, je ne suis pas là, je ne dors pas.

Je suis les mille vents qui souffle.

Je suis la lumière qui traverse les champs de blé.

Je suis la douce pluie d’automne.

Je suis l’éveil des oiseaux dans le calme du matin.

Je suis celui qui brille dans la nuit.

N’allez pas sur ma tombe pour pleurer je ne suis pas là, je ne suis pas mort

Matcaci

*Texte écrit par Charlotte Néwashish-Flamand lors du décès de son oncle survenu subitement.
Matcaci veut dire Au Revoir
Fait étonnant, pas longtemps après, Charlotte nous quittait suite à une longue et pénible maladie….